|
|
[Page 131]
Traduit par S. Staroswiecki Une bourgade d'artisans et de pauvres commerçants. Une école russe ou les pauvres gens ne peuvent envoyer leurs enfants.
C 'est ainsi que je me rappelle la ville en 1905.Et puis, tout a changé. Les premières étincelles de lumière. Un mouvement ouvrier, le Bund, des manifestations, des grèves, des arrestations Le knout, mais également des chants. Des provocateurs, des Pobitnikes mais également de l'héroïsme, de l'abnégation.
Et aussi des héros, des personnes dévouées, et une jeunesse chaleureuse et l'esprit ouvert qui s'éloignait des écoles élémentaires religieuses et des yeshivot. Et la lumière grandissait ..
1917 David Bekerman, Alter Tchelandnitski, David Zilberman, Mendel Groushke, Pinie Groushke, Shlomo Welondek, Abraham Gluzman, Israël Reichenbach, Meïr Fishel Zorman, Yaakov Kapote, Abraham Goldberg, Akiva Hendler, Shmuel Altenberg, Pienknawiech, et des dizaines d'autres personnes actives.
Nous avons fondé une association culturelle, une bibliothèque juive, et ensuite, des partis.
Des locaux bourrés, des conférences, des discussions politiques et littéraires, des cours du soir et cours d'art dramatique avec à leur tête le régisseur Israël Reichenbach.
On jouait du Shulem Aleykhem, Peretz, Asch, et la vie culturelle florissait.
En 1918, 1919 une nouvelle génération de jeunes est devenue adulte : mes camarades, comme il est bon de les rappeler : Israël Milgrom, Moshé Goldberg, Shmuel Eizerstein, David Felner, Levy Itzhak Segalik, Berl Felner, Guedalia Skovronek, Moshé Kreitman, Meïr Yagodzynski, Sheindel Zlote, Dvorah, Otsop, Henie Kapote, Zilberman, Une telle jeunesse juive chaleureuse.
Les premières étincelles se sont transformées en lumière.
Le village avait changé de visage, des associations culturelles, des syndicats professionnels et le sport, dans tous les domaines et ainsi, jusqu'en 1939 ..
Treblinka, Maïdanek, Auschwitz, Buchenwald, Dachau. Partout, les corps et les cendres de êtres chers ont été disperses. Les étincelles étaient devenues lumières et ensuite, tout est parti dans les flammes .. Tout ce qui était n'existe plus. Excusez-moi, Ô êtres chers ! Nous ne vous oublierons jamais.
Traduit par S. Staroswiecki Tous nos camarades ne vivent-ils donc pas encore?
Je les vois encore tous, dans les écoles, les synagogues, dans les organisations, souriants, chantant avec un tel courage et une volonté de vivre, alors que la vie avait maltraité un grand nombre d'entre eux.
Et pourtant, ils avaient tous la foi et rêvaient qu'un plus beau jour se lèverait et par conséquent ils avaient le moral et étaient solides.
C'est ainsi que beaucoup d'enfants talentueux ont grandi dans la pauvreté et partout : à la jeunesse ouvrière, à l'Hashomer Hatsair, chez les Pionniers, au Tsukunft et au Freyheit. Il y avait partout de la vie, des conférences, des représentations, de la culture, du sport et de la camaraderie. Les veillées au shtetl : Je vois et me rappelle comment la jeunesse sortait se promener, comment les rues et tous les clubs était pleins de jeunes.
Est-ce vraiment possible ?
Tout cela a-t-il été éradiqué et est-il mort ?
[Page 132]
Traduit par S. Staroswiecki
Nous étions en 1902- Une épidémie faisait rage à Ka³uszyn. La même année, un grand incendie s'était déclaré et toute la rue Kocielna, jusqu'à l'église était partie dans les flammes. Les hassidim en attribuaient la faute aux impies, à tous ceux qui '' écumaient les trottoirs '' et aux confréries.
Dans les confréries, on se prenait un verre d'alcool pour se donner du courage, on psalmodiait des mélodies hassidiques, mais également des airs nouveaux qu'on commençait déjà à entendre.
Les confréries, constituées de gens du peuple et d'artisans, commençaient à s'occuper de questions relatives au travail et aux conditions de travail. Tous ceux qui jusqu'à présent travaillaient du matin jusqu'au soir, commençaient à manifester leur mécontentement et n'attendaient qu'un chef pour faire bouger les choses.
A cette époque, la journée de travail durait 16 heures. Le vendredi, on ne travaillait qu'une demi-journée, pour pouvoir se rendre au Mikve[1], mais on payait très cher cette demi-journée de repos. On travaillait le jeudi soir et également à la sortie de shabbat. Immédiatement après la Havdole[2], on s'attelait déjà au travail. Les patrons étaient heureux tandis que les compagnons, les artisans des confréries, emportés, ne parlaient du matin au soir que de justice et de droit.
A cette époque, il y avait à Ka³uszyn de nombreuses usines et artisans. La spécialisation dans les taliths permettait de nourrir des centaines de familles. Les taliths de Ka³uszyn avaient acquis une grande réputation, et étaient vendus dans toute la Pologne, en Russie, en Lituanie et en Lettonie. Un ancien habitant de Ka³uszyn, Feyvish Jelikhover avait ouvert à Varsovie, dans la rue Franciskaner, un grand entrepôt de Taliths fabriqués à Ka³uszyn, et les expédiait dans toute la Pologne et même à l'étranger. Les propriétaires de l'usine de taliths missionnaient aussi des vendeurs, qui, voyageaient de village en village à la recherche de clients dans les maisons d'études.
Les artisans s'étaient diversifiés dans la chaussure bon marché. Environ une centaine de cordonneries expédiaient les chaussures au Podriad[3] pour l'armée. Un millier d'ouvriers y travaillaient. De nombreux ouvriers, environ 500, travaillaient dans le prêt-à-porter, les cordonneries, et vendaient leur marchandises dans les foires.
Il y avait également en ville deux grandes usines de fourrure appartenant à Alter Moshé Groshik et Shlomo Royzman. Chaque usine employait près de cent personnes, et il y avait également deux tanneries employant chacune 40 ouvriers.
Les grèves, qui avaient commencé en 1905 s'étaient propagées petit à petit dans la ville. On ne protestait plus en silence du matin au soir, mais, on commençait à parler à voix haute de revendications, de protestations et de grèves.
Cela commença par les cordonniers, les tailleurs, les fabricants de brosses, jusqu'à s'étendre aux fabricants de taliths, profession que j'exerçais à l'époque.
Dans les usines de taliths, la journée de travail de 16h était encore en vigueur et un jeune homme ne touchait que 50% du salaire. On ne prenait pas en compte ses qualifications. Il était de règle qu'un jeune homme ne touche qu'un demi salaire jusqu'à son mariage.
Les premières exigences des fabricants de taliths furent les suivantes : Une journée de travail de huit heures et, pour un jeune homme, un salaire égal à celui d'un chargé de famille.
C'est au domicile de Layzer Farber, dans les deux oratoires où priaient et étudiaient la confrérie des fabricants de taliths que se tint la première grande assemblée. Une foule compacte de 400 personnes s'était entassée dans les deux pièces. Leyzer Bilke le principal orateur, était un jeune homme de haute taille et costaud, fabricant de taliths travaillant dans l'usine d'Isroël Koshekhs. Il fut à la tête de toutes les actions révolutionnaires et héroïques à Ka³uszyn.
L'assemblée se tint justement un shabbat au soir au moment où les artisans devaient compenser leur congé du Vendredi après-midi. Le but était de cesser de travailler le samedi soir. L'assemblée entama avec joie le souper marquant la fin du shabbat par une chaude soupe au gruau et quand arriva le moment de l'action, on aborda tous les sujets.
Deux décisions furent adoptées. 1- La revendication de huit heures de travail 2- L'abolition de l'usage mentionné plus haut du versement d'un demi salaire pour un jeune homme. Tous s'étaient engagés à faire la grève, au cas où les employeurs ne céderaient pas aux revendications. Afin de s'assurer qu'il n'y aurait pas de briseur de grève, tous les participants avaient juré sur la Torah de mettre en uvre toutes les décisions.
Cependant, ils avaient tous peur d'être le premier à faire la grève. Leyzer Bilke s'engagea à être le premier. Cela se passa vraiment comme il l'avait dit. Leyzer Bilke interrompit le travail le premier, suivi par les ouvriers qui quittèrent leurs postes. Ensuite, Les ouvriers de la première usine se rendirent dans la seconde afin de faire cesser le travail, jusqu'à ce que toutes les usines de taliths soient en grève. Le contremaître Shmouel Zoyermilkh et ses trois fils, ne donnant pas l'autorisation de cesser le travail, les grévistes montrèrent ce dont ils étaient capables et interrompirent le travail à la chaîne.
Les grévistes trouvèrent également d'autres moyens d'action contre les propriétaires qui ne cédaient pas à leurs revendications. Dans toutes les villes et villages, où les Ka³uszyner allaient vendre leurs marchandises, on recherchait les vendeurs de taliths des usines en grève et on les renvoyait chez eux couverts d'opprobre
Leyzer Bilke, déjà mentionné ci-dessus menait ces actions avec la plus grande énergie et avait la haute main sur toutes ces entreprises. Les actions qu'il entreprenait ne faisaient qu'accroitre sa renommée. Toutes ces années, on avait vécu en bonne entente avec les unités de la garde civile et elles ne s'étaient jamais mêlées des affaires de la bourgade. Ce n'est qu'à l'occasion des grèves qu'on envoya en ville spécialement un officier de police avec pour mission de rétablir l'ordre. Et de fait, ce policier commença à créer des problèmes, à s'immiscer partout et à gêner les grévistes et les révolutionnaires.
Un soir, Leyzer Bilke lui enfila un sac sur la tête et le laissa à terre, battu à mort. Après cette affaire, un chef de district vint en ville avec son escorte pour affirmer son autorité.
A cette époque, j'étais membre du '' petit Bund'', et, avec nos camarades du ''grand Bund'', nous nous sommes, nous les jeunes, préparés à la visite du haut fonctionnaire. Suivant les instructions des aînés, nous avons ramassé des pierres en attendant l'heure propice
Le traîneau du haut fonctionnaire arriva à vive allure. Les cosaques aux épées tranchantes galopaient devant. Après être passés devant Ozer Tcheyne, le traîneau les suivant à l'arrière, Leyzer Bilke surgit alors de la ruelle et la rue fut pleine de milliers de grévistes. Le haut fonctionnaire, cerné par la foule se leva, effrayé sur son traîneau et prévint que si on le tuait, un autre prendrait sa place. La foule, Leyzer Bilke à sa tête, exigea que le haut fonctionnaire ne se rende pas à la mairie, mais qu'il reparte à Miñsk Mazowiecki. C'est le chemin que prit la luge et la foule laissa éclater sa joie.
Mais elle fut de courte durée. Ce que le haut fonctionnaire n'avait pas réussi à faire tout seul, il tenta de le faire par des mains juives. Le haut fonctionnaire fit venir de Miñsk Mazowiecki des bandes ''d'assassins '', des éléments criminels expulsés de leur ville natale pour être envoyés au loin sous surveillance policière. Avec les policiers et des soldats, ils fondirent sur la ville et, suivant des listes déjà prêtes, allèrent de maison en maison afin d'en extirper les révolutionnaires et les grévistes, les battirent comme plâtre et conduisirent des centaines d'entre eux à la prison de Miñsk Mazowiecki.
On chantait alors à Ka³uszyn :-« On a déjà assassiné tous les grévistes » . Mais l'uvre révolutionnaire se poursuivait. Les orateurs descendaient en ville, s'installaient à la tribune, le visage masqué. En pleine récitation de la prière du Shmone Esre[4], on postait des gardes devant les fenêtres et les portes de la maison d'étude, de sorte que l'audience ne pouvait se disperser après la prière et, dès que les fidèles avaient fini de prier, l'orateur commençait à parler et les fidèles devaient écouter jusqu'au bout un chapitre de Karl Marx. Un jour, quelqu'un, au beau milieu d'un discours, cria par provocation que les soldats arrivaient. L'auditoire de la maison d'études fit voler en éclats toutes les fenêtres et les portes et pris les jambes à son cou.
Le lendemain, le Bund remplaça toutes les fenêtres et paya pour tous les dommages causés.
Leyzer Bilke le héros dut finalement s'enfuir en Amérique ; mais son nom est resté gravé dans la mémoire de tous ceux qui vécurent cette époque tourmentée.
[Page 135]
Traduit par S. Staroswiecki Un shabbat matin, le régiment de Miñsk Mazowiecki a débarqué à Kałuszyn, accompagné des « assassins » de Miñsk, avec à leur tête un Kałuszyner : Alter Gjej.
Durant toutes ces années, La principale activité d'Alter Gjej avait été de transporter des marchandises vers Varsovie. Il vivait dans la maison des Jagodzinski donnant dans la rue de Varsovie. Là-bas, il y détenait trois paires de grands chevaux blancs et ses commis étaient les fils de la famille Matselder. C'est ce même juif costaud qui est revenu, à la tête des « assassins » de Minsk et qui, accompagné de soldats s'est mis à la recherche des révolutionnaires.
Près de 200 personnes furent arrêtées à l'époque et, sur la route même où elles avaient été arrêtées, Alter fit usage de sa force en frappant et allant jusqu'à tuer des gens, à tel point que les soldats furent fortement troublés par son comportement. Shmerl Tentser et Borekh Yosl Shadkhan faisaient partie des personnes arrêtées.
Le lendemain, quand les charrettes d'Alter prirent la route de Varsovie, les commis furent copieusement frappés et les charrettes renvoyées sans marchandises. Un tribunal révolutionnaire passa Alter Gjej en jugement et le condamna à la peine de mort. La peine aurait du être exécutée le jour de Yom Kippour.
Dans les cercles révolutionnaires, il était habituel qu'un jugement soit exécuté par des camarades d'une autre ville. Dans le cas de Gjej, la tâche en revint aux camarades de Siedlce.
Le jour de Kippour, les « fidèles » de Siedlce se présentèrent, et vinrent « prier » dans la nouvelle synagogue du coté du « Mizrekh-Vant »[1], à l'endroit ou les charretiers, (dont parmi eux Alter Gjej) avaient coutume de prier.
Conformément au plan, les « fidèles » de Siedlce, avec l'aide d'un instructeur de Kałuszyn devaient reconnaître et suivre Alter Gjej au moment de la prière et attendre l'heure propice.
Au fur et à mesure de la journée, d'une prière à l'autre, les « Shedletser »[2] sortaient de la synagogue pour se mettre d'accord afin de mener à bien leur mission à la fin de l'office.
Après la « Neïla »[3] et la prière du soir, et après le retour de l'assistance dans ses foyers, on entendit un coup de feu, et immédiatement après, la rumeur se répandit en ville qu'un juif avait été abattu.
Il s'avéra qu'une erreur avait été commise. A la place d'Alter Gjej, on avait abattu Aharon Dovid Balegole (charretier). Apparemment les Shedletser n'avaient pas bien compris les instructions de l'instructeur de Kałuszyn et confondu Alter Gjej avec Aharon Dovid, parce que tous les deux avaient prié l'un à coté de l'autre.
Le lendemain, on procéda à l'hygiène funéraire de l'innocente victime. La ville lui fit un enterrement de première catégorie , et tout de suite après, la police procéda à de nombreuses arrestations. Elke, la fille de Nathan Optsas fut accusée d'avoir prêté main forte aux terroristes et Laybl Oksn fut accusé d'avoir été un des exécutants. Il fut sévèrement battu lors de son arrestation.
Alter Gjej resta en vie, mais ses chevaux ne le menèrent plus à Varsovie. Les cercles révolutionnaires l'avaient averti qu'il méritait de mourir deux fois, à cause de lui et de la malheureuse victime. Un jour, on tira sur Alter par la fenêtre, et malgré qu'il s'en soit sorti sain et sauf, Alter réalisa que sa vie n'en serait plus une. Il envoya des émissaires aux révolutionnaires pour implorer leur clémence, leur dire qu'il était prêt à céder toute sa fortune, ses biens et qu'il fallait lui pardonner, mais ses suppliques restèrent vaines. Alter Gjej resta cloîtré dans sa maison comme dans une prison. Il dut vendre ses chevaux blancs pour une somme ridicule et il mourut de maladie dans la peur et la solitude au début de l'année 1906.
[Page 136]
Traduit par S. Staroswiecki Récit d'un évènement qui s'est produit lorsque j'avais cinq ans, que je dédie à la mémoire de mon frère : le martyr Meïr Shtulman.
J'avais cinq ans (il a écrit sept ?) à l'époque, et ces évènements, comme tous ce qui se passe quand on est jeune, sont restés profondément gravés dans ma mémoire pour toujours.
Mon père, de mémoire bénie, à la tête du tribunal rabbinique, était à l'époque assis avec ses deux assistants, Noah Mordkhiles et mon beau-frère Yekhiel Meïr et tous étaient occupés à étudier. Il n'y avait pas de jugements ni de consultations rabbiniques au shtetl parce qu'il planait partout une odeur de révolution et personne ne sortait du seuil de sa maison à l'exception des « grévistes » comme on les appelait à l'époque.
Soudain la porte s'ouvrit et trois jeunes personnes de grande taille ont pénétré dans la maison. Il 'agissait d'Avrahamtshe Gelibter, Yosef Dobjinsky, et Leyzer Bilke. Ce dernier a immédiatement brandi son arme et tiré au plafond et le juge, Reb Noah s'est évanoui. Mon beau-frère Yehiel Meïr est resté déconcerté. Moi et mon frère Meïr qui était encore tout jeune, regardions simplement par curiosité.
Et le seul à ne pas perdre pied fut mon père, de mémoire bénie.
-« Que voulez vous, juifs ? Est-ce une façon juive de se comporter, de tirer comme ça ? » a demandé mon père.A ce moment, un des trois, Avrahamtshe Gelibter, s'est approché et a parlé ainsi :
-« Au nom du comité révolutionnaire, nous sommes venus exiger que vous nous donniez l'argent que la bourgeoisie a déposé chez vous quand vous prononciez des jugements ».Alors mon père a entièrement tiré le tiroir de la table du tribunal rabbinique et leur a dit en ces termes :
-« Vous voyez, chers juifs, là dans ce tiroir se trouve beaucoup d'argent »Sur ce, il a commencé à sortir des petits paquets enveloppés de tissus rouges et les leur a montrés.
-« Ce petit paquet avec 100 roubles appartient à un pauvre orphelin ; un héritage de ses parents, et l'autre tissu contenant 200 roubles est la dot d'une pauvre fiancée dont le fiancé a exigé que tant que l'argent ne serait pas déposé chez le rabbin, il ne la prendrait pas pour femme. Tous les autres petits paquets appartiennent à de pauvres orphelins, fiancées et veuves et pour ce qui concerne la « bourgeoisie », comme vous l'appelez, on a effectivement déposé des grosses sommes, mais tout en lettres de change.».Mon père a en effet sorti du tiroir des lettres de change valant des milliers de roubles que des négociants en bois juifs avaient déposés pour une transaction et des achats et il leur a dit :
-« Bon, si vous le voulez prenez l'argent des pauvres fiancées, des veuves et des orphelins. Quant aux lettres de change et les grosses sommes, vous pouvez aussi les prendre, mais vous ne pourrez pas en bénéficier ».Le silence régna dans la maison et dura quelques minutes jusqu'à ce que leur chef, Avrahamtshe Gelibter prononce ces paroles :
-« Ecoutez- moi bien, rebbe, nous ne prendrons pas l'argent des pauvres orphelins et veuves malgré que nous ayons un besoin pressant d'argent ».Puis il a jeté un il au plafond et a dit qu'ils enverraient le lendemain un de leurs hommes réparer le trou fait par le revolver. Sur ce, ils sont aussitôt partis en criant :
-« Que vive la révolution ! »Après leur départ, mon père a dit aux deux juges rabbiniques :
-« Vous voyez ? Une âme juive n'a pas de prix. Même dans leur façon de se comporter il y avait de la compassion envers les orphelins et les veuves et grâce à ce mérite, Dieu les excusera ».
[Page 164]
Traduit par S. Staroswiecki Au printemps 1926, un groupe de jeunes bundistes s'est réuni à l'occasion dune assemblée locale, sous la direction de notre cher Moyshé Goldberg. A la suite de l'exposé de Moyshé Goldberg, la proposition de créer une section sportive fut soumise. Des quinze camarades qui s'étaient présentés à la section, le choix du capitaine se porta sur Moyshé Rosenfeld. Dès le matin suivant, nous avons acheté un ballon avec nos pauvres groschens et commencé nos activités.
Nous nous entrainions derrière la mairie, sur le marché et, après chaque jour de travail épuisant, nous nous retrouvions et jouions jusqu'à la nuit. Nous avons fini par nous retrouver trois fois par semaine, les autres jours étant consacrés aux activités culturelles.
Nous travaillions tous très activement à l'organe de la jeunesse, le '' Tsukunft '' et nous participions à cette époque aux cercles illégaux de cet organe.
Bien que nous ayions commencé par le football, nous avons élargi nos activités dans le cadre des activités physiques et organisé d'autres sections comme le hand-ball, le ping-pong, la gymnastique et un peu d'athlétisme. Comme notre association grandissait vite, nous ouvrions toujours de nouvelles sections.
|
|
| La section gymnastique du '' Morgenshtern'' |
Notre camarade Berl Steinberg dirigeait la section de gymnastique, le fils d'Itshe Vaserfirer, cordonnier de profession, n'avait pas été à l'école, mais était très doué pour le sport et il s'était sacrifié pour que les jeunes pratiquent des activités sportives. Il était toute la journée à l'atelier de cordonnerie, et le soir, il était assis et étudiait tout ce qui avait trait à l'éducation physique jusqu'à ce qu'il finisse par devenir un instructeur dirigeant du « Morgenshtern » de Kałuszyn.
|
|
| La section football du ''Morgenshtern'' |
En plus de nos activités sportives, nous organisions des sorties dans les champs et forêts, et notre façon d'agir éveillait la sympathie des familles de la ville, qui envoyaient avec plaisir leurs enfants afin qu'ils se développent physiquement dans nos sections. Notre association comptait également des membres plus âgés, ils se rendaient à des réunions et payaient leurs cotisations.
De jeunes et fidèles camarades dirigeaient l'association sportive : Moshé Rosenfeld, Isroel Demshtok, Berl Steinberg, Yehuda Arie Slomski, Yoske Kapuze, Meïr Zilberstein et Meïr Traiber. Tous ces camarades donnaient le meilleur de leur temps et veillaient à la vie de leur association, où jeunes hommes et jeunes femmes venaient se détendre après des journées épuisantes dans les ateliers.
En puisant dans nos pauvres finances, nous avons pu entretenir un appartement. Nous avons du acheter diverses machines et des tenues. Tous les membres payaient une cotisation et deux fois par an, nous organisions des fêtes dans la salle de théâtre de la ville, chez les pompiers et nous montrions nos exploits, nos apparitions faisaient du bruit en ville.
Nous allions également dans les villages avoisinants : Siedlce, Wêgrów, Sokołów. Nos activités avaient aussi du succès auprès de nos voisins non-juifs. Nous donnions également des cours sur des thèmes en rapport avec une organisation sportive. Nous sommes redevables à Velvl ¯¹dziñski d'avoir fait rentrer beaucoup d'argent dans notre association. Après avoir accompli son service dans l'armée polonaise, il s'est dévoué corps et âme à nos activités.
Les camarades les plus actifs du Morgenshtern (Moyshé Goldberg, Berl Steinberg, Yoske Kapuze et d'autres) ont partagé le sort de tous les autres juifs : déportés par les allemands et gazés à Maïdanek et Treblinka.
[Page 194]
Traduit par S. Staroswiecki Quand a commencé, et qui fut à l'origine des activités communistes à Kałuszyn ? De tous les originaires de Kałuszyn qui ont survécu, on ne trouvera personne capable de remonter à la période de la première guerre mondiale, quand, contrairement au sombre despotisme du tsar, les occupants allemands ont commencé à tolérer une vie associative légale et que tous les partis ont surgi de la clandestinité, et parmi eux aussi les précurseurs du futur parti communiste.
Les racines de certains partis, comme le « Bund », remontent aux luttes de 1905.
A l'époque déjà à Kałuszyn, il y avait les partisans de tous les partis ouvriers, même du P.P.S où les juifs se faisaient rares.
On peut supposer, qu'ils se trouvaient aussi des gens de gauche, des « levitsaves [1]» qui, beaucoup plus tard, lors de la création du Kominterm et des partis communistes dans de nombreux pays, et chez nous aussi auront construit l'avant-garde du mouvement communiste.
Une activité concrète dans ce domaine aurait commencé en 1915 par l'initiative de Shlomo Khashes (Yelen). Son offensive est allée en premier lieu en direction du « shtibl [2]» pour y trouver des cadres parmi la jeunesse. Les enseignants (Asher Sokol, Isroel Mankhemer, Yenkl Kapote etc.) et deuxièmement en direction des ouvriers, qui avaient leur nid chez Isroel Tokarzh -Mozheson dans la rue de Mrozy. Sur place, les premiers spectateurs là-bas furent les enfants d'Isroel Tokarzh, Yenkl et Brayndl, le voisin : Yaacov Mendel Gotthelf, Moshé Goldstein, Moshé Obfal, et d'autres. Puis, venant du Centre, le célèbre dirigeant communiste Shkana Karolski les a rejoints.
Le cercle s'est élargi, et au fil du temps, eu de nouveaux adhérents : Feyge et Yehiel Lis, Toybe Sitn, Ite Volovtshik, Feyge Ovrotshcki, Yosef Karmazyn et Bendit. Le polonais Pilvatshevski s'est aussi présenté (un cousin et associé du maire, le notable Staczek). Comme tous les partis, ceux de gauche (à l'époque, les SDKPL) avaient un local sous le nom de « viedva » (connaissance) dans la maison des Mankhemer à côté du « pont de Varsovie » et leur activité était encore très modeste.
|
|
| Isroel Mankhemer |
La fin de la première guerre mondiale et la nouvelle indépendance polonaise ont coïncidé avec les discussions fiévreuses entre les partisans des partis qui existaient déjà : le « Bund » et le « Poale Tsion », et les nouveaux mouvements en cours de création. Cela s'est passé dans les années consécutives à la révolution d'Octobre quand l'Armée Rouge avait été pendant un court moment à Kałuszyn, lors de leur célèbre marche sur Varsovie.
L'Armée Rouge n'est restée chez nous que huit jours. Ces jours comptés, ont éveillé auprès de la population juive de Kałuszyn une croyance dans l'idéal universel d'égalité et de libération. Les rues étaient pleines de gens. Une foule incroyable venait entendre les orateurs de l'Armée Rouge. Les gens des autres partis se tenaient aux coté des partisans de gauche, les aidaient à organiser l'administration municipale, et récoltaient de l'argent en faveur de l'Armée Rouge, dont les soldats, pieds nus et en haillons prenaient avec enthousiasme la direction de Varsovie.
Je vois encore devant moi le Bundiste Shlomo Popovski, vêtu de ses vêtements juifs traditionnels, la barbe bien peignée, aller récolter de l'argent en compagnie de la « linker [3]», la camarade Toybe Sitin. Dans la milice municipale également, outre « les rouges », les Bundistes Shmuel Dobzhinski, Yenkl Vaksmen, et Itzhak Shtutman qui lui, n'était pas affilié à un parti, s'étaient engagés.
De la même fa çon que pour les juifs, la joie et l'enthousiasme furent grands à l'arrivée de l'Armée Rouge, la tristesse fut semblable quand elle se retira, à cause de la peur du retour des armées de Piłsudski.
La grande majorité des hommes avaient rejoints l'Armée Rouge. Seuls quelques-uns avaient passé la frontière. Certains, comme Itzhak Shtutman, avaient été tués par les polonais sur le Bug. Quelques dizaines ont été horriblement égorgées à proximité de Bojmie. Shlomo Popovski, Steinberg et une personne de Mrozy ont été jugés par un tribunal militaire et abattus derrière la ville. Le légendaire Isroel Mankhemer, après une dénonciation tristement célèbre a été jugé à Siedlce et est mort en héros.
Ce sont quelques-uns des évènements qui se sont déroulés sur le sol de notre Kałuszyn familier, le grand bouleversement historique à la fin de la première guerre mondiale, et ils ont provoqué des discussions fiévreuses entre les partis.
Les partisans du Kominterm, étaient en cours de formation. Dans de nombreux foyers et ruelles de notre shtetl, on débattait âprement des 21 conditions d'entrées du Kominterm. A travers le mur de l'appartement de mes parents, je prêtais souvent oreille aux discussions, lors de réunions qui avaient lieu chez mon cousin Butshe et parfois aussi chez ma cousine Malie. Ils étaient affiliés aussi au groupe du Bund communiste, qui était en phase de cristallisation après de longues discussions. Ces groupes de gens soutenaient que le Bund devait rentrer chez les communistes. Je me rappelle des personnes en faisant partie : Isroel I. Meïr I. Shmuel A. Motl R. Haïm Milgrom, Gdaliah Skov, Arieh R. et Yenkl Z. (ces deux derniers sont partis peu après à l'Hachomer Hatsair). Quand le processus de cristallisation fut terminé, ces groupes sont officiellement rentrés dans les groupes déjà existant du parti communiste. Du coté des communistes, c'est Rakhtshe Z. et Bendit qui se sont occupés de l'intégration. Ce n'est qu'à partir de ce moment, que le parti communiste, chez nous dans la ville, a cessé d'être un groupe isolé. Il a commencé à agir et à se donner pour but un plus large spectre d'activités.
Si je ne me trompe pas, le parti communiste a pris part pour la première fois aux luttes du parti ayant trait à la bibliothèque commune qui avait été ouverte en 1921 et fonctionnait dans un misérable grenier au coin de la rue Olshevitz et de la rue de Mrozy. On y organisait là-bas des conférences. Dans cette institution étaient représentés le « Bund », les « Poale Tsion » et les « rouges ». La paix régnait- elle entre les trois partis représentés ? C'est à quelques camarades de le dire. Je me souviens seulement que tôt, un Shabbat, on a déménagé la bibliothèque, ne laissant aucun livre sur les étagères… Ce fut la fin de la bibliothèque commune. Elle fut répartie entre les trois courants.
Les autres partis légaux avaient très facilement mis en place leurs bibliothèques, mais que faisions-nous?
Après avoir cherché pendant longtemps, nous l'avons installée dans la pièce unique de ma cousine Rachel et de Butshe. Ils ont emballé leurs affaires personnelles et réservé leurs armoires à cette sainte institution. La bibliothèque était ouverte chez eux quelques fois par semaine, au cours des mois et des années pour quelques personnes seulement, membres du parti et sympathisants. Pour des raisons de sécurité évidente, on évitait de se rassembler souvent au même local, de peur que ces chers livres ne tombent dans les mains de la police.
Ce n'était qu'une partie de nos activités. Le parti a développé une activité systématique de diffusion des journaux semi- légaux et des appels illégaux qui nous provenaient du Centre, comme l'accrochage des drapeaux rouges aux poteaux télégraphiques.
En accord avec les instructions du parti, notre principale attention se portait sur les travailleurs des branches professionnelles, Scholem R. Yenkl K. et Avraham TS. en étaient responsables. Pour ce qui concerne les ouvriers du cuir, il s'agissait d'Isroëlke A. et Velvl S. Pour les ouvriers de la couture, les deux syndicats étaient sous-direction Bundiste. Pour les ouvriers du bois, dont le secrétaire était Sholem K ; des « Poale Tsion » de gauche, nos porte-paroles étaient Aharon P et Gershon V. Pour les fabricants de brosses qui s'étaient particulièrement distingués par leurs grèves exemplaires, Feyge K. était responsable en notre nom. Quand je suis retourné à l'atelier de tourneur, la profession de mon père (qu'il repose en paix), on m'a confié la mission et je suis devenu le secrétaire du syndicat du bois jusqu'à mon départ de Kałuszyn en août 1929.
|
|
| Le mouvement de jeunesse communiste « les pionniers »-1930 |
La création d'une organisation de jeunesse faisait partie des efforts déployés par les communistes pour des activités de masse. L'inoubliable Hersh Lis, de mémoire bénie en fut le premier initiateur. Il y avait avec lui au comité, Shmuel Rozenbaum, Meïr Engel, Avraham Ovrontski et Shmuel Lis (ce dernier est rapidement parti aux « Poale Tsion » de gauche). Outre le recrutement de nouveaux membres, les activités de la jeunesse se composaient d'auto- formation, par des le çons d'économie politique et des discussions sur des thèmes de politique actuelle. Le principal conférencier était Shmuel A. et parfois Isroel Ovrontshki.
Tout en rappelant le nom de ce dernier, il me revient en mémoire un épisode particulier de la vie de la jeunesse de Kałuszyn. Meïr I. une personne de nature très active, qui avait un penchant prononcé pour les activités artistiques, avait créé un groupe de jeunes autonomes dans l'appartement de Serke, la vieille laitière juive, située dans la maison de Brayndl Spitz. Le propriétaire y mettait à disposition des sucreries, et Meïr, outre ses discours, organisait aussi des distractions, des chants, des déclamations d'acteurs de théâtre. C'était moins monotone ici que dans le cercle des jeunes du parti, cela faisait impression sur l'audience. Cette scission fut de courte durée, et bientôt, tout le groupe est revenu vers nous, Meïr compris.
L'organisation de jeunesse, qui était illégale, comptait un petit nombre de cadres parmi ses membres. La majorité des jeunes s'articulait autour de sections au sens large du terme, réparties entre les professions et ils étaient actifs dans les syndicats professionnels. Ceux qui n'avaient pas de métier étaient organisés séparément. Les meilleurs éléments étaient intégrés au fil du temps en tant que membre du parti ou de la jeunesse
L'appareil est venu à maturité, mais les activités communistes même étaient menées par des groupes restreints. On diffusait la littérature auprès des paysans dans les villages, mais nous ne nous étions pas avisés de leur fournir un contact direct alors qu'en villes nous avions quelques Polonais. Il y avait le cordonnier Tsimrovski, le tailleur Kovaltshik, son fils et gendre Pietshak. La fille de Novaks, Irena, avait sympathisé avec nous. Itshek était chez nous, le spécialiste des activités avec les Polonais.
Vers le milieu des années 20, une nouvelle activité a fait irruption en ville : le football. Au début, ce jeu était l'uvre de « l'intelligentsia », qui ne savait pas trop comment se débrouiller avec leur création, mais très rapidement, le football s'est répandu au sein des ouvriers et des cercles populaires. Chaque parti prenait sous son aile un groupe sportif. Chez les communistes on a créé le « Promien [4]». Le succès fut fulgurant et une controverse éclata à son sujet : Cela devait-il être le sport pour le sport, ou un moyen d'éducation de la jeunesse. Un groupe de partisans du « sport pour le sport » avec Shmuel Dobzhinski et son frère Isser étaient passés du « Promien » au « Gviazda ». Nos footballeurs n'ont cependant pas perdu leur courage. Sous la direction énergique Shmuel Zorman, le rôle social n'a pas seulement été préservé, mais la pure valeur sportive du « Promien » s'est renforcée. Nous sentions notre influence croître petit à petit, mais de fa çon ininterrompue. Par des rassemblements, des « kestl ovnt [5]», des discussions, nous appelions toujours le public à être actif et à apprendre. La littérature que détenait le centre était diffusée avec soin. Dans les nuits les plus sombres, nous allions dans les villages alentour coller nos appels. La police nous épiait, mais comme partout dans la Pologne de l'époque, elle n'était pas la seule à nous surveiller. Il y avait aussi toute sorte de voyous, qui se réjouissaient à l'idée de tuer un communiste, et particulièrement un juif.
Les drapeaux rouges qui surgissaient souvent sur les poteaux téléphoniques de la rue de Varsovie connaissaient un grand succès. Accrocher le premier drapeau durait de longues minutes, jusqu'à ce que Meïr Engel prenne cette affaire sérieusement en charge et que grâce à ses mains adroites, il se transforme lui-même en pur outil, une sorte de « grenouille ». Dès lors que c'était monté sur le poteau, c'était impossible à déloger. On s'amusait de l'incapacité des policiers à descendre les drapeaux qui, pendant de longues minutes, et parfois des heures brillaient de leur éclat comme le symbole d'un idéal lumineux de dévouement de nos militants.
On ne pouvait concevoir de fête révolutionnaire sans les drapeaux rouges du parti communiste (que l'on persécutait). Ils étaient brandis littéralement au nez et à la barbe des policiers, comme ce 3 mai 1929, quand, en honneur de la fête nationale polonaise, un défilé joyeux fut organisé dans la rue de Varsovie, avec la participation de tous les notables de la ville et du rabbin aussi. Au moment précis où le cortège arriva à l'angle de la rue d'Olshevitz, un drapeau rouge tomba du ciel et resta accroché sur les poteaux. La police était folle de rage, mais impuissante. Les dirigeants communautaires de Kałuszyn aussi, étaient mécontents de ces personnes qui se révoltaient contre les autorités, mais Shaye Shpantser et Yoel Zor étaient fiers que leur parti illégal, qui n'avait pas été convié, se rappelle au souvenir du défilé…..
Meïr Engel, épaulé par sa sur Nehama, qui travaillait dans le commerce de tissus (la maison d'Engel, que nous avions fait nôtre) avaient résolu le problème d'approvisionnement en tissu rouge, nécessaire aux drapeaux. Quant à Pessah P. il s'était spécialisé dans la fabrication des drapeaux et la peinture d'inscriptions dorées. Dvora Dil « prêtait » son appartement, dans la maison de Moyshelé Aynbinder (Moyshelé soup çonnait depuis longtemps ses filles de sympathiser avec les « rouges » et il fallait faire attention).
La police ne put cependant pas supporter le culot des communistes. Elle recevait des reproches de leurs instances supérieures parce que nous étions dans toute la région, nous les Kaluszyner, étions des activistes. La police s'est lancée dans une vague d'arrestations préventives contre nous. Huit jours avant chacune des fêtes révolutionnaires, quelques-uns de nos militants furent jetés en prison et même transférés à Minsk, il nous est arrivé deux, trois fois, de faire partie des personnes emmenées, d'entendre quelques « douces » insultes, de rester une nuit au « Koze [6]» et deux, trois nuits au commissariat de Minsk. Je me rappelle y avoir séjourné, avec Itshe K. et Isroel Yovorski, à même les planches, sans manger ni boire. Alors nos camarades étaient pris d'une colère justifiée.
Malgré notre grand succès à devenir un mouvement de masse, nous avions un grand obstacle sur notre route, du fait que nous, contrairement à d'autres partis, nous étions limités à des réunions illégales. Ce qui faisait que des sympathisants moins coriaces hésitaient à venir par peur. Cela rendait impossible de tenir des activités culturelles comme d'autres partis le faisaient, et on cherchait à remédier à cette situation. Nous avons organisé aussi à Kałuszyn des sections d'associations légales de libres penseurs que le mouvement communiste avait créé à cette époque.
Peu de gens sont venus à la première conférence sur le thème que les statuts de l'association des libres penseurs avaient autorisé. Le fait est aussi, que cela flirtait avec une certaine impudence hérétique, et même les non-croyants du shtetl n'aimaient pas beaucoup rompre les liens avec Dieu et ses affiliés. Nous avons tenté d'organiser une autre conférence sur un thème qui attirerait plus de monde, quelque chose qui aurait un rapport avec la deuxième Internationale, et quand nous avons eu l'occasion de nous présenter au haut fonctionnaire de Minsk pour obtenir une autorisation, il nous a pris au mot :
- « Qu'est ce ça veut dire ? » Comment des libres penseurs en sont arrivés à ce thème ? Qui peut être contre la deuxième Internationale si ce n'est les supporters de la troisième ?
Et, observant mes documents, il s'est mis à crier :
- « Comment viens-tu soumettre une demande, tu n'as même pas 21 ans ! »
J'ai fait l'idiot, lui disant que je n'avais aucun rapport avec l'association, mais que son président, Itshek, qui m'avait vu par hasard me rendre à Minsk, m'avait demandé de m'occuper de cette affaire. Le fonctionnaire expérimenté n'a pas été très convaincu par mes explications. Il m'a cependant laissé partir librement, mais a rejeté la demande. Il n'a pas fallu longtemps avant que la légalisation de « l'association des libres penseurs » ne soit été stoppée.
En réalité, j'étais à Minsk ces jours ci pour la réunion hebdomadaire du contre- comité de la jeunesse communiste, et de là-bas, je suis parti à Varsovie pour rencontrer le responsable du parti du mouvement professionnel des ouvriers du bois de la région administrative de Varsovie pour l'entretenir de nos difficultés à être légalisé par la centrale des travailleurs du bois, qui était à l'époque dans les mains du P.P.S.
|
|
| Militants de la Jeunesse communiste |
Nous n'avions cependant pas en tête d'abandonner l'affaire de créer une « couverture » légale, sinon, nous n'aurions fait que stagner et cela était particulièrement nécessaire pour les jeunes faisant partie des équipes de football, qui s'étaient mis en relation avec d'autres villes. Après quelques mois d'attente impatiente, notre club sportif fut légalisé.
Nous avons trouvé un local chez Reuven Mikhalzon, le membre communautaire qui fournissait tout aux juifs de Kałuszyn. C'était, je dois l'avouer, un lieu « cher au cur » des communistes, situés à 10 pas de la maison d'arrêt….
Un beau local avec une antichambre et un bureau, où notre bibliothèque décorée avait finalement trouvé sa place. Il y avait une seconde salle composée de chaises pour un auditoire et une scène avec des coulisses (selon le vieux rêve de Meïr Yag). La salle et la scène avait été très joliment décorées par notre cher Yudzhek Shapiro. Avec des branches de sapin, il avait fait comme un soleil avec ses rayons pour illustrer notre nom « Promien » (rayon). Le jour de l'ouverture, la salle fut pleine de gens de tous les courants, venus admirer notre capacité à mener une vie légale dans notre propre local.
La première activité festive s'est tenue en janvier 1926, une joyeuse académie de commémoration en l'honneur de Lénine, Luxembourg, Liebknecht. Toutes les forces oratoires et artistiques se sont mobilisées pour cette soirée. J'y ai pris part en qualité de conférencier et d'acteur. Shmuel Ayzerstein a aussi pris la parole avant moi. Une chorale, sous la direction de Meïr Yag a chanté la « Marseillaise » et la « Kirchenglokn » d'Abraham Reisen. Un extrait d'Ernst Toler [7]« mose-mentsh [8]» a eu un grand succès. J'ai joué le rôle de l'homme sans nom. Comme une vérité éternelle mes oreilles résonnent encore de ses paroles : « Fun tfiles un geveyn gevint men nisht keyn kinder, mit vaserdike yaikhlekh heylt men nisht key shvindzukht, a boym tsu hakn darf men hobn a hak ! [9]»
En contemplation, les jeunes écoutaient et admiraient. Je vois encore devant moi Simhe Zlotnistski, nous complimenter. C'était le début.
Pour une organisation qui avait toujours vécu dans la clandestinité, un local à soi était comme de l'air pur, toutes nos branches militantes recevaient un nouveau sang et grandissaient. Outre la propagande habituelle et les actions, notre mouvement s'était enrichi d'une belle chorale et d'un cercle dramatique, dirigé par Meïr Yag. Il se créa une deuxième section de football. Yuzhek Shapiro qui avait l'apparence et le talent d'un officier cultivé avait ouvert une nouvelle branche de gymnastique qui eut beaucoup de succès auprès de la jeunesse. Et le plus cher à nos yeux : Nous fumes le premier de tous les partis, à ouvrir un mouvement de jeunesse, « les pionniers ». Dans ce domaine, il fallait être patient et sensible. Au début, Hersh Lis s'est attelé à cette tâche avec l'aide de Haye-Eta Drit, dite Hayah Eyzer, et avec une personne particulièrement compétente : Shmuel Lev. Des cadres sont sortis « des pionniers » comme Moshé Yakl Gal, Hana Lev, Hava Sofirsh, Avraham Goldm, et d'autres.
Les sorties dans la forêt de Mrozy et les Shabbat d'été donnaient un peu de couleur à la triste vie des enfants des familles ouvrières et pauvres. Les mois d'hiver, il y avait plus de cours et de conférences, mais pour chanter leurs chansons ouvrières et de lutte, les pionniers, (comme leur parole) étaient toujours « prêts ».
Les jours de demi-fête de Pessah ou Soukot, il y avait des sorties collectives périodiques des « pionniers » de toute la région et on se préparait à cet évènement pendant des semaines. On attendait avec impatience que la fête arrive. Les cris et les chants n'en étaient que plus forts, et tous les policiers savaient et disaient en polonais « c'est une fête juive ».
Comme d'habitude lors de telles réunions, outre les contacts officiels, des amitiés personnelles se sont nouées. Beaucoup tiennent encore aujourd'hui trente ans après ces rencontres.
Nos contacts avec les villages environnants ne se limitaient pas au mouvement pionnier. Etant les plus nombreux et avec une sérieuse expérience du parti, nous étions vis-à-vis d'eux comme des tuteurs ou comme des grands frères. Nous « dénichions » un conférencier, confectionnons un drapeau et leurs apprenions comment l'accrocher. Les camarades de Dobry ont renouvelé leur bibliothèque, notre chorale s'est rapidement étoffée et pour se rendre chez nous, elle a emprunté des chemins tortueux et étranges. Nous sommes arrivés essoufflés, mais pas en retard, tout s'est passé comme on s'y attendait, les représentants ont parlé, la chorale a chanté et nous avons joué un petit tableau de Shalom Aleychem. Le soir, le talentueux Meïr Engel a grimé les « acteurs » pour la première fois et a rayonné de joie quand ce fut un succès.
Il était convenu d'aller se promener seul ou en groupe à Mrozy et cela faisait partie des affaires courantes. Nous ne comptions pas les journées, soirées et différentes distractions passées ensemble. Toutes les excursions estivales et les matins de shabbat se passaient dans « leurs » bois et ensemble avec eux. Les mois d'hiver, les pires temps et les neiges les plus profondes n'empêchaient pas de nous retrouver en permanence. Eux, ceux de Mrozy, ne se laissaient pas facilement dominer par nous, les Kaluszyner. Eux avaient le train. Ils connaissaient mieux le polonais que nous…. Chez nous, il y avait des jeunes hommes qui voyaient pour la première fois un train quand ils devaient partir se présenter à l'armée. Ils avaient aussi de bonnes capacités artistiques comme les frères Aharon et Tuvia Kiveyke, les surs Have et Feyge Kamienkovski, Rozhe Luxemb, Freydke Kram, Hava Tsim. Nous courions plusieurs fois par semaine répéter ensembles des pièces et des pièces en un acte.
Ces petites localités juives étaient pour notre parti d'ouvriers et de paysans le lien naturel entre la ville et le village. Avec obstination et dévouement, nous avons essayé de porter dans cet ilot de pauvreté polonaise, des paroles de véritable camaraderie et de fraternité. Le triste fait que très peu de polonais prêtaient oreille à notre propagande internationaliste donne encore une valeur supplémentaire aux pures intentions d'une pléiade d'hommes sincères avant-gardistes.
Certaines personnes, comme Rivka Feld de Mrozy et le cordonnier Asher de Dobry avaient senti dans leur chair le gout de la répression de la police politique. Le premier avait été jugé en tant que soldat par un tribunal militaire, à de nombreuses années de prisons pour activités de propagande dans l'armée.
Nos relations avec les gens de Minsk étaient un peu différentes. Cette ville de district n'était pas entièrement juive comme Kałuszyn. Le centre administratif et la garnison militaire avaient donné à la ville de Minsk une apparence moderne. Là-bas, les gens avaient de la tenue et étaient véritablement plus modernes et urbanisés. Là-bas, se trouvait le siège du comité de région. Dans ces instances, après quelques changements nous avions délégué Itshe, du parti, et l'auteur de ces lignes à la jeunesse.
A part un certain temps où deux fractions : majorité et minorité ont existé au sein du parti polonais, et où les discussions ont accaparé beaucoup de temps et d'énergie, les activités étaient régulières.
La présence des intellectuels polonais dans les instances soulignait avec force le caractère international du mouvement communiste. Par contre, les représentants de la province de Varsovie étaient juifs, comme Weiss, du parti (beau-frère de notre Ruzhe Shafran-Rosenfeld) et Atshke (fils d'Itzhak Grinboym). Il était rare que des représentants de Minsk viennent nous voir avec des missions officielles du bureau juif du mouvement communiste, en raison du caractère fortement juif de notre ville.
Dans la seconde moitié des années 20, le mouvement communiste à Kałuszyn était déjà un facteur social stable, réactif à tous les évènements publics de la ville, et principalement aux syndicats professionnels. Dans les branches de la couture du cuir, nos fractions montraient fidélité aux intérêts des travailleurs. La direction des syndicats du bois et du transport était dans nos mains. Dans des cas, comme la cuisson de la matsa, nous prenions position, soit pour défendre les revendications des ouvriers qui étaient en faveur des employeurs, soit pour ce qui avait trait aux activités de bienfaisance menées par les dirigeants communautaires de la ville en faveur des familles nécessiteuses. Par conséquent, nous combattions les tentatives de découragement moral, que d'autres cherchaient à propager à cette occasion.
En 1927-1928, les partis ouvriers ont exigé un conseil municipal élu. Jusqu'à ce jour, la composition du conseil municipal dépendait d' un accord passé entre les dirigeants communautaires juifs et les autorités polonaises. On remaniait systématiquement des localités polonaises des alentours pour faire en sorte que Kałuszyn n'ait pas administrativement une majorité juive trop importante. L'autorité réactionnaire polonaise, malgré une démocratie boiteuse, devait prendre en compte les demandes des partis ouvriers. Pour notre mouvement ce fut un évènement d'une incroyable signification, pas seulement pour se mesurer aux autres partis, (ils étaient convaincus depuis longtemps de notre force), mais principalement en apparaissant comme un groupe autonome et en demandant notre participation au conseil municipal, vis-à-vis du pouvoir ouvertement policier du régime de Piłsudski.
Il fallait avant tout connaitre les lois pour éviter les divers obstacles administratifs et les pièges. Nous avons chargé notre camarade Itshe K de cette tâche. Il nous a tous impressionné par sa compétence et son fort sens de la précision grâce auxquels nos ennemis n'ont pas trouvé de prétexte juridique pour invalider notre liste.
Nous avions peur qu'ils nous écartent, à l'examen de notre candidature, en prétextant que nous ne connaissions pas suffisamment le polonais. Nous avons fait de gros efforts pour trouver des personnes incontestables en les personnes des camarades Ruzhe Shafran Rosenfeld, enseignante de profession, et Tsimrovski, un cordonnier polonais. Notre liste s'appelait : « l'Union des ouvriers et paysans ». Nous avions alarmé nos plus hautes instances de parti de cet évènement, nous avions élaboré un plan de campagne électorale avec des appels, des visites à domicile, des petits rassemblements et meetings. Nous étions en plein été, les élections devaient avoir lieu un dimanche de septembre, juste le jour de la jeunesse internationale. Pour nos meetings à ciel ouvert, de nombreux propriétaires avaient refusé de nous prêter leur cour et balcon. Et malgré tout, nous avons trouvé des emplacements, principalement dans la rue de Mrozy quelque part près de Dobzhinski.
Ensemble, avec d'autres partis, nous avons organisé un bon nombre de réunions avec des centaines de participants. Le parti nous envoyait des conférenciers de Varsovie dont : Dr Esther Strozheska, Adam Yeruzolimski, Isaac Krishtal, Eliahu Solnitski. Beaucoup d'entre eux hésitaient à venir à nos meetings rouges par peur, ou parce qu'ils pensaient que nous, communistes, nous nous intéressions moins aux questions concrètes d'un conseil municipal. Nos propres camarades, aussi étaient un peu étrangers aux pratiques légales, mais le début ne fut pas difficile. Nous avons eu deux conseillers, Ruzhe Shapiro Rosenfeld déjà mentionné, et Tsimrovski. Plus tard le conseiller polonais Lushkevitsh a rejoint notre groupe.
Pour nous, le résultat fut satisfaisant. Notre but immédiat avait été atteint-nous étions devenu un facteur officiellement reconnu en ville. Lors de la séance publique solennelle du nouveau conseil municipal élu, notre camarade Ruzhe, ainsi que les représentants de toutes les fractions de parti ont soumis la déclaration du programme élaboré par le parti, que toutes les personnes présentes avaient écouté avec beaucoup de curiosité et de respect. Le gouvernement polonais entama un procès contre la camarade Ruzhe et la condamna à une peine de prison de 6 mois, en raison de sa courageuse déclaration. Cela ne l'empêchera nullement de remplir son devoir également plus tard.
Comme déjà mentionné, les élections étaient tombées le jour de la journée internationale de la jeunesse. L'un ne pouvait représenter le second. Nous nous sommes occupés toute la journée à ce que tous nos proches supporters aillent rendre leur bulletin de vote. En même temps, nous avons préparé une manifestation, plus solennelle et plus imposante que toutes les précédentes. Cette fois ci nous n'avons pas lancé les drapeaux rouges sur les poteaux. Dès la fin de la journée d'élection, à la nuit tombée, un groupe non négligeable de nos camarades et sympathisants s'est réuni à l'entrepôt de bois de Moshé Lam. Nous portions en tête un très beau drapeau rouge, éclairé par une lanterne qui y était accrochée, dont l'éclat se reflétait aussi sur les premiers rangs de la manifestation, en harmonie totale avec le chant de « l'International ».
Joyeusement, la foule a marché dans la rue de Varsovie, animée ce soir en raison des élections. Parmi la foule se colportait un léger bruissement d'étonnement, de curiosité et de sympathie. Nous sommes tous allés jusqu' au puits de Yehoshua Lubliner. Sur place, Mendel Gotthelf (Roytman) a pris la parole. Il avait oublié que dans une telle occasion, il fallait parler « avec concision » et vite, il avait une casquette baissée sur les yeux, et commen çait comme à son habitude par ses mots :
-« Ceux-là ».
On a entendu un fort sifflement. Yoel Sadovski, qui n'était pas communiste, avait remarqué la police s'approcher de la manifestation et avait donné le signal. Quelques personnes âgées ayant participé aux évènements révolutionnaires de 1905, voyant le tableau, se sont rappelées leur jeunesse héroïque avec émotion et nostalgie et ont observé leurs successeurs avec plaisir.
A cela s'est ajouté un autre champ d'activités, la direction de la fraction du conseil municipal. Il était évident qu'Itshe K. devait s'en occuper. En plus de ses compétences, en tant qu'employé municipal, il avait une grande connaissance des affaires intérieures de la mairie et avait des contacts personnels avec presque tous les collaborateurs.
Le train vers Mrozy était un sujet particulièrement délicat. Mis à part la question des fonds nécessaires à sa construction et son administration, se posait une question importante : les calèches. Elles étaient menacées de disparaitre, et par conséquent, un certain nombre de familles perdraient leur moyen de subsistance. La question se posait: fallait-il construire un train, introduire le progrès et en même temps mener le combat, ou ne pas permettre le danger de la concurrence contre les conducteurs de charrettes et protéger l'existence des calèches ? Une question essentielle pour le mouvement ouvrier, malgré qu'elle ne soit pas véritablement nouvelle. Le Bund était d'avis qu'il ne fallait pas construire le chemin de fer. Nous avons entamé une discussion de fonds sur le principe du progrès, soit, de ne pas empêcher l'introduction de nouvelles techniques dans le transport comme dans l'industrie et poursuivre notre lutte. Dans ce cas concret, il fallait donner aux familles des charretiers touchés la préférence à un travail dans le train et éventuellement donner des dédommagements pour les dommages.
Protégeant nos anciennes et nouvelles positions nous nous sommes, en accord avec la position du parti, dévoués avant tous aux intérêts des travailleurs du syndicat professionnels. Parmi les nombreux conflits, nous avons eu à faire à une certaine sorte d'aristocratie ouvrière dans les fabriques de fourrures chez Berman et Gozhik, où le travail bien payé était réservé aux propres membres de la famille et à quelques personnes d'exception. (Les frères Steinberg, surnommés les « Gogelekh » et Popovski) qui dans leurs maisons, employaient des personnes moins bien payées. Nous avions aussi à faire aux petits dirigeants « socialistes », qui n'avaient pas compris qu'il faillait exiger à la justice chez eux.
Notre fraction a pris l'affaire en main, et avec le plus grand sérieux a défendu les revendications des ouvriers
Un jour, je me suis trouvé dans un appartement avec Shmuel Lis et Mordechai Tenenbaum pour mettre au point un « manifeste ». Soudain, on a frappé à la porte et avant que nous ayons pu répondre, les policiers ont fracassé la porte. Nous avions subi un échec. Sans le moindre doute, une dénonciation….
Après quelques interrogatoires au commissariat, et 24 heures dans la prison de Kałuszyn, nous avons été envoyés à Minsk un Shabbat à l'aube. Les policiers n'avaient pas osé nous faire traverser Mrozy par peur d'être attaqué par nos camarades. Par un chemin vicinal, après le pont de Varsovie ils nous ont trimballé jusqu'à Tseglove. En montant sans le train, nous avons été surpris de rencontrer un grand nombre de Kaluszyner. Il y avait parmi eux, ma chère mère, Etel, que la paix soit sur elle. Elle n'avait pas fait attention que nous étions Shabbat, mais était partie de suite par Mrozy pour sauver son fils ainé d'une longue captivité. Ses efforts ont été couronnés de succès. Par des connaissances bien placées et de l'influence, on est arrivé jusqu'au juge chargé de l'enquête, et, grâce à lui, j'ai été partiellement libéré contre caution, avec l'obligation de rester sous surveillance policière.
En sortant de la prison de Minsk, des dizaines de camarades nous ont attendus. Parmi eux se trouvaient Shmuel Miretek et Gitl Minski. On nous avait affamé, puis donné à manger, et après avoir discuté entre nous que la libération ne devait pas être une occasion pour la police de nous jouer un tour, il fut décidé de retourner à la maison, et que par précaution, personne ne nous accompagnerait au train.
Nous sommes arrivés sain et sauf à Mrozy, nous avons pris une calèche pour revenir et, bien avant Kałuszyn, nous avons vu venir à notre rencontre une foule jubilante de camarades, de proches, et tout simplement de personnes. Les plus jeunes chantaient, les ainés criaient de joie. Ma mère, que je ne peux oublier, a re çu les compliments qui lui revenaient. Un peu confus par l'accueil inattendu, nous sommes rentrés en ville accompagnés par toute une foule radieuse.
La foule ne faisait que grandir et n'était que plus joyeuse. En approchant de la ville, nous avons décidé, nous, les trois personnes libérées, par mesure de précaution, de nous séparer. Je me suis rendu chez le notable juif David Gelibter, que la paix soit sur lui, en empruntant les marais et la cour du rabbin. Chez lui, la famille, le personnel de son usine de papier à cigarettes ainsi avec ma camarade Haye-Eta Drit ont fait cercle autour de moi. A table, une des personnes présentes a fait la comparaison entre cet évènement et un autre, similaire ,qui s'était passé en 1905, quand la garde du tsar avait voulu éloigner un groupe de révolutionnaires, Sholem Psheni en tête, et qu'une foule de juifs de Kałuszyn leur était tombé dessus ,avait coupé leurs liens et libéré les détenus.
Nos juifs immortels de Kałuszyn ont une nouvelle fois augmenté les mérites de leur noble lignée.
|
JewishGen, Inc. makes no representations regarding the accuracy of
the translation. The reader may wish to refer to the original material
for verification.
JewishGen is not responsible for inaccuracies or omissions in the original work and cannot rewrite or edit the text to correct inaccuracies and/or omissions.
Our mission is to produce a translation of the original work and we cannot verify the accuracy of statements or alter facts cited.
Kaluszyn, Poland
Yizkor Book Project
JewishGen Home Page
Copyright © 1999-2013 by JewishGen, Inc.
Updated 02 Dec 2012 by JH