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La jeunesse juive dans les écoles polonaises

par Paula Kaplan

Traduit par S. Staroswiecki

Dans l'enceinte de l'école, on nous enseignait qu'il n'y avait qu'une loi pour tous et que tous les citoyens étaient égaux. Mais hors de cette enceinte, nous nous étions tous heurtés à la haine à chaque pas que nous faisions. Les mêmes jeunes chrétiens qui fréquentaient l'école avec nous étaient remplis de haine. Ils nous balançaient des pierres et ne nous épargnaient aucune injure.

Se plaindre au “Kerovniki” ne nous aidait en rien .Déjà à l'époque, la question s'était posée de savoir si nous pourrions bâtir notre avenir dans une atmosphère aussi empoisonnée.

Dans notre école, 2 courants avaient commencé à se cristalliser, qui menaient d'âpres discussions sur la voie à prendre par la jeunesse qui la fréquentait. Rachel(Rakhtche) avait pris une part importante à la discussion. Elle faisait partie de l'organisation de la jeunesse Bundiste 'Di Tsukunft' (L'avenir) et avait une grande influence sur beaucoup de nos jeunes. Le mouvement halutsique -Hachomer avait également accru son influence. Leur travail sur le terrain, le fait de subir une formation et ultérieurement la montée en Israël avait drainé une partie importante des Juifs de l'école. Les solutions Bundistes de lutte sur place nous étaient apparues comme irréalisables, malgré le fait que le Bund exerçait une influence sur de nombreux étudiants. La question de passer à des actions concrètes se faisait plus pressante et ceux que ces questions tourmentaient se lançaient avec enthousiasme dans la reconstruction de notre pays.

Un fort courant antisémite s'était réveillé en Pologne. Ce qu'on nommait la “Ovchem Politik”. Les Polonais s'étaient mis à planter des piquets devant les commerces juifs et on en arrivera plus tard à des excès sanglants. En ce temps là, je venais de d'achever mes études à l'école Povshekhne de Kałuszyn et je les poursuivais à Varsovie à l'école secondaire. Je m'étais heurté aussi aux mêmes phénomènes de haine vis à vis des étudiants juifs.

A la surface, tout paraissait normal. On venait étudier quotidiennement, on s'efforçait de suivre toutes les directives du programme. Mais l'atmosphère était empoisonnée. Au cours d'une leçon sur l'égalité des citoyens, tandis que l'enseignant expliquait que tous étaient égaux, et que les Juifs jouissaient aussi de tous les droits, un élève juif eut le courage de dire qu'il n'en était rien, que dans les faits, la vie juive était opprimée. L'enseignant s'en est ému et s'est senti offensé . Il s'est ensuite efforcé de démontrer que les Juifs occupaient des postes importants dans l'administration et la vie culturelle. Mais comme tout cela sonnait faux. Après avoir fini l'école, et que diplômés, nous nous mimes à la recherche d'un emploi ou voulûmes poursuivre nos études à l'université, le “numerus clausus” fut appliqué ou que nous nous adressions.

En 1934, j'obtins le diplôme tant désiré. La Pologne était pleine de haine. Goering avait été invité en Pologne.

Dans les forêts polonaises, on entendait déjà les échos des premiers coups de feu et à l'horizon européen s'accumulaient déjà les nuages noirs. La montée de l'hitlérisme était en marche.


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Le Combat D'Un Etudiant Juif

par Haïm Reizman

Traduit par S. Staroswiecki

Après la première guerre mondiale, à l'aube de l'indépendance polonaise, la population juive des petits villages autour de Varsovie, extenuée par de longues années de souffrances sous l'occupant allemand, affluait vers Varsovie dans l'espoir de trouver du travail et un moyen de subsistance dans la grande ville. De la même façon, Eliezer Jelazne de Ka³uszyn s'est installé à Varsovie avec sa femme Pesse (une fille de Motl Reyzman  et Shimon leur enfant âgé de 4 ans).

Shimon fréquenta l'école juive hébraïque, et poursuivit sa scolarité au lycée polonais avec un zèle particulier pour l'apprentissage des langues. Il était également membre d'un cercle d'étudiants portant le nom de B.Borokhov. Dans les années 30, ce jeune homme assidu étudia au lycée polonais et, suivant la volonté de ses parents, qui soit dit en passant n'étaient pas aisés, ce fils unique a poursuivi ses études dans l'enseignement supérieur.

A cette époque, le gouvernement réactionnaire avait instauré le ''numerus clausus''. L'étude des professions libérales était quasiment interdite aux étudiants juifs. Ne pouvant étudier la médecine, Shimon s'était posé la question de savoir où il poursuivrait ses études supérieures.

 

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L'école ''Pows zechna''

 

A cette époque, le gouvernement polonais avait ouvert une école d'ingénieurs automobile et aéronautique, en assurant que des places seraient garanties pour les ingénieurs de cette école. Sur les 50 étudiants de cette école, on avait attribué 2 places à des étudiants juifs qui devaient effectuer un travail particulier et être qualifiés par une commission constituée d'enseignants.
Aucun candidat n'avait été retenu. Shimon Jelazne, un des candidats n'avait pas été accepté, malgré que le travail écrit qu'il avait présenté avait été considéré comme le meilleur. Shimon avait présenté un travail relatif aux deux pilotes Bagiñski and Wieczorkiewicz, morts dans un accident d'avion. Malgré que son travail ait été considéré comme le meilleur, on avait quand même émis des réserves….

Le professeur lui a glissé à l'oreille qu'après les études, il ne pourrait pas trouver de poste. Shimon n'est pas resté décontenancé, mais lui a répondu courageusement qu'il partirait alors pour la terre d'Israël et qu'il travaillerait là- bas. Tous les candidats juifs présents dans la salle ont admiré l'audace de Shimon et il fut accepté à l'école d'ingénieur.

Au sein de l'école, Shimon eut à subir beaucoup de problèmes d'antisémitisme, mais son zèle à apprendre lui valut le respect et également la camaraderie des meilleurs étudiants polonais. Shimon fut même invité avec ses parents à la résidence d'été de ses camarades polonais , qui l'avaient assuré, que malgré toutes les chicaneries et tous ces sales antisémites, il aurait des perspectives de recevoir un poste, parce que la Pologne avait besoin de bons spécialistes, de professionnels et que sinon, il faudrait les faire venir de l'étranger.

C'était au début de l'année 1939, Shimon était avec ses camarades et écoutait leurs promesses. Quelques semaines plus tard Hitler attaquait la Pologne et tous les plans furent réduits à néant. Shimon et sa mère sont morts dans leur appartement au 37 de la rue Muranowska. Son père, qui par hasard, n'était pas au domicile à ce moment avait trouvé la maison en flammes. Il s'y était précipité pour sauver sa femme et son fils et y avait également perdu la vie.

 

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4ème section de l'école '' Powszechna '' avec le professeur Niemtchik-1919

Haïm Reizman


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Le home d'enfants

par Rivka Bergman (Abramski) – Kvar Saba

Traduit par S. Staroswiecki

A l'automne 1930, je suis arrivé à Kałuszyn afin d'y ouvrir une maison d'enfants. Deux hommes enthousiastes, Avrohom Goldberg et Milgrom (des responsables bundistes) se sont attelés avec moi à cette tâche. Nous avons loué un appartement avec un jardinet à un chrétien, et nous en avons fait un charmant et confortable foyer pour les enfants.

Les parents qui accompagnaient leurs enfants y prenaient plaisir et beaucoup étaient prêts à rester avec eux, pour participer aux activités de jeux et de chants et goûter à nouveau aux joies de l'enfance.

 

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Le « Kinderheim »

 

Il y avait beaucoup d'enfants capables et doués. Khanele et Berish, les enfants de Milgrom, montraient une grande intelligence et je me souviens d'une jeune fille, Feye Popovski aux capacités artistiques incroyables, à la diction hors du commun et à la voix chantante. C'était une belle plante, poussant sans eau et sans soleil, fille de la pauvreté juive. Je me souviens de Pesele Shpantser, Paula Zylbersteyn et d'Iserl Ring. Iserl était un des enfants les plus intelligents.

A 5 ans, il prenait déjà les échecs très au sérieux.

Nous n'avions pas de budget pour entretenir le home d'enfants, et moi et les enfants avons décidé ensemble d'entreprendre une action pour survivre en ces temps difficiles. Nous avons organisé une représentation dans une salle publique et invité les édiles du conseil municipal afin qu'ils viennent voir les enfants et qu'ils leur attribuent peut être une subvention. Les enseignants chrétiens sont également venus voir la représentation.

Les enfants ont très bien joué et fait grande impression sur le public. Plus tard, les enseignants chrétiens ont rendu visite au foyer d'enfants. Ils ont observé la fa çon dont ceux-ci travaillaient et jouaient. Ils ont dit avec émerveillement qu'il n'était possible de le faire qu'avec des enfants juifs.

Comme je travaillais au home d'enfant, j'avais l'opportunité de voir les gens de la ville et la jeunesse : c'était un pauvre shtetl. Les juifs ne savaient pas s'ils auraient de quoi donner à manger à leur femme et leurs enfants le jour suivant, et malgré cela, je n'ai jamais rencontré une jeunesse qui soit plus chère à mon cœur.

Quelle que soit leur prise de position sociale, les intellectuels agissaient avec beaucoup de dévouement. L'héritage de leurs parents avait pris racine, l'amour de la Torah. A Kałuszyn, on ne jouait pas aux cartes comme dans les autres villages qu'il m'était arrivé de croiser. Mon cœur saigne quand je me rappelle ce qui n'est plus.

Rivka Bergman (Abramski)- Kvar Saba


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Le jardin d'enfants

par Miriam Shimri

Traduit par S. Staroswiecki

Un mardi de 1927, je me suis présentée en qualité d'enseignante à mon poste au jardin d'enfant hébraïque de Kałuszyn. C'était une journée glaciale et ma première rencontre avec Kałuszyn se passa avec des charretiers juifs à la gare de Mrozi. Ils m'ont questionné avec curiosité. Pour qui et pour quoi ?

Ils se réjouissaient d'entendre que ma destination était le jardin d'enfants juifs de la ville.

Tout le long du chemin entre Mrozi et Kałuszyn, à travers forêts et jusqu'à mon arrivée à Kałuszyn, le cocher s'affaira à mon confort et me demanda sans cesse en quoi il pourrait être utile. Il me conduisit droit au restaurant de Berishev qui était plein à craquer de Juifs et de non-Juifs venus pour goûter aux boissons alcoolisées et se réchauffer du froid mordant.

 

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Le jardin d’enfants

 

Au village, c'était jour de marché. Les charrettes crissaient sur la neige verglacée, dans les commerces et les stands de marchandises (ustensiles, vêtements) on s'agitait et, couvrant le bruit des crissements, le porteur d'eau criait : “Eau de la rivière !”. Une maigre jument tirait le tonneau d'eau et autour du tonneau pendaient des prises d'eaux gelées comme des stalactites, des vieilles juives achetaient des seaux d'eau et les enfants aimaient détacher les stalactites du tonneau contenant l'eau de la rivière. La bourgade avait un air familièrement juif avec ses rues blanches, ses petites maisons et tout le monde suivait avec curiosité le nouvel hôte qui n'était pas venu pour commercer un jour de marché. Tous s 'étaient empressés de montrer le chemin qui menait à Gamzo que je devais rencontrer et avec qui je devais fixer les conditions de mon travail.

Gamzo était une personne active, membre du conseil municipal. Grâce à lui les autorités avaient attribué une aide financière au 'jardin d'enfants'. A l'époque, c'était déjà un home d'enfants appartenant à la congrégation religieuse de Beth Yaacov.

C'est dans le cabinet du dentiste Gamzo que je rencontrais Leib Rosenfeld, les frères Batalin, le docteur Hofenstat et les activistes de la jeunesse Halutsique-Hashomer.

Ils avaient tous montré un intérêt pour recevoir une éducation hébraïque. Rachel et Itzhak, les enfants de Gamzo laissèrent éclater une joie peu commune en apprenant que leur maîtresse resterait habiter chez eux.

Qu'il il était bon de commencer à travailler dans cette atmosphère d'hospitalité chaleureuse avec Abraham Gamzo, sa femme et ses enfants.

Le jardin d'enfants était situé dans la cour de Berl Itche Fuks, une pièce et une véranda très sommaire, des bancs et des tables basses, une vieille armoire et un piano qui avait oublié ses sons depuis bien longtemps. Mais le plus important, c'étaient les enfants adorables et il en venait sans arrêt des nouveaux, les parents les amenaient avec de la joie dans les yeux. Certains se distinguaient par leur intelligence naturelle, d'autres par leur camaraderie. Ils avaient tous trimé dur et appris l'hébreu avec amour, lettre après lettre par des chansons et des jeux au jardin d'enfants et pendant les promenades.

Le long des “glinkes” gelés, on s'amusait à glisser comme les grands et en été on allait à la rivière et les enfants allaient volontiers se promener au village même pour voir les bandes de cuir à l'atelier. Chez le tanneur, de quelle façon habile et secrète, on tissait les Taliths et comment fabriquait les chauds manteaux de fourrure. Mais les enfants ne se sentaient plus de joie quand ils se promenaient dans la grande “cour” des Stacheks. Entre les arbres, face à la rivière, les enfants étaient heureux d'être dans ce monde paradisiaque et s'y rendaient à grandes enjambées à chaque fête : Pourim, Tou Bishvat et Hanoukka.

 

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Groupe d’enfants

 

La femme de Gamzo prenait soin que les enfants baignent dans une atmosphère de fête.

Elle préparait avec largesse des collations et des cadeaux. Et chaque année, la bourgade se modernisait. On avait introduit dans chaque maison d'études l 'électricité et les trains commençaient rouler entre Kałuszyn et Mrozi.

Les enfants vivaient avec ces nouveautés, s'étonnaient de chaque ampoule électrique et le sifflement de la locomotive suscitait l'enthousiasme.

Dès l'inauguration de la ligne, nous avons commencé à nous promener et nous aimions raconter aux enfants que la voie du train avait été pavée par des Halutzim.

Dans la même cour de Berl Itsche Fuks, il y avait aussi le club des jeunesses Halutsiques-Hashomer.

Et souvent les enfants du jardin d'enfants se retrouvaient pour se promener avec la jeunesse, qui chantaient des chansons sur le même air que le “Eretz avoteinu” (la terre de nos Pères).

 

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Le verger de Stachek

 

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