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[Page 466]

A la memoire de

Traduit par S. Staroswiecki

1.Avrohom GamzuDavid Felner (B. A.)466
2.Moshé KishelnitzkiShulem Soroka 467
3.Shmuel Lev
Le dernier Juif de Kałuszyn
Welv Sapirstein 469
4.Moshé GoldbergI. Granatovitch 470
5.Yeshayah GrodshitskiI. Grodshitski 471
6.NostalgieMordekhaï Grodshitski 473
7.LumièreShmuel Wulman 474
8.Notre “Gandhi”
(Borekh Trzebucki)
Rachel Auerbach 475
9.Shmuel LisShulem Soroka 478
10.Shmuel Leyzer SadowskiAvraham Goldberg 479
11.Leibush SapirsteinShulem S. 479
12.Simche FinkelsteinYosef Nayman 480
13.Aharon KotskiShulem Soroka 481
14.Leybl RosenfeldDavid Felner (kh. A.) 482
15.Henekh RusM. Klingsberg 483
16.Yocheved ReizmanPessah Finkelstein 484
17.Leyzer BornsteynItzhak Otzap 486
18.David GelibterYossef Zisholtz 487
19.Zysman ZhitelniA. Shem 488
20.Haïm Torbiner Paula Kaplan 490
21.Avrohom FelnerDavid Felner (kh. A.) 490
22.Reb. Israël Asher
(Felner)
le prédicateur
Yossef Zisholtz 491
23.Moshé PopovskiHaïm Kalusziner 492


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1. Avrohom Gamzu

 

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Avrohom Gamzu

 

Le dentiste Avrohom Gamzu s'est installé à Kałuszyn juste après la première guerre mondiale. Arrivé sans logis de Pinsk, il s'est immédiatement intégré à la vie associative grâce à ses compétences et à son dévouement.

Gamzu était attaché corps et âme à l'idéal sioniste et rêvait de partir pour Israël. Autour de lui se sont réunis les premiers sionistes actifs de la ville, Shlomo Leyb Felner, Netl Bronshpigl, Mordekhaï Koski et d'autres. Gamzu était le leader et le porte-parole de tous les sionistes généraux[1]. Sa maison était le centre des activités sionistes, des réunions et des délibérations, des institutions et des fonds destinés à Israël, le Keren Kayemet[2] et le Keren Hayesod[3].

Il s'efforça d'attirer la jeunesse de Kałuszyn, de les gagner à la pensée sioniste, et leur enseigner l'esprit de la culture hébraïque. Il mena à bien l'ouverture d'une école hébraïque suivi bientôt d'une bibliothèque hébraïque.

Cela fera bientôt quarante ans que j'ai vu et entendu Gamzu pour la première fois. Cela s'est passé à l'école Tarbut[4] que l'on venait à peine d'ouvrir. C'était sa première apparition devant nous, les élèves de l'école, le jour de Tisha Beav. Un juif chétif, de petite taille et au teint blanchâtre, un bâton à la main est monté à la chaire et nous a salués d'un « Shalom » sonore. Nous lui avons retourné son « Shalom », et lui, le directeur de l'école Tarbut, a immédiatement entamé son discours sur le sujet à l'ordre du jour, soit la destruction du Temple et l'espoir suscité par la terre d'Israël. Il a levé sa main droite, comme s'il voulait menacer quelqu'un et, tout en tremblant et trépignant des pieds s'est écrié : «  Si je t'oublie Jérusalem…que ma droite m'oublie  »[5]. Ensuite il nous a raconté la mise à sac de Jérusalem et parlé d'Herzl. « Si vous le voulez, ce ne sera pas un rêve … » Pour la première fois, j'ai été très secoué d'entendre ses paroles. Le serment « Si je t'oublie … » prononcé avec de tels trémolos, redonnait sens à ces anciens versets que le rabbin nous récitait au Heder. A partir de ce moment, j'ai écouté attentivement ses paroles et je suis vite devenu un fidèle dans sa maison, menant diverses tâches pour la cause sioniste sous sa direction.

Les actions en faveur du Keren Kayemet et le Keren Hayesod avaient sa préférence.

Il débordait d'initiatives et d'idées pour collecter de l'argent et faire rentrer les cotisations. Il le faisait avec enthousiasme : et encore un groschen, encore un bout de terre. Il organisait des ventes de fleurs, des loteries et des réunions pendant des fêtes. Il influençait aussi beaucoup de juifs afin qu'il leur fasse un versement régulier mensuel.

Il suscitait l'enthousiasme de la jeunesse dans cette œuvre. Nous avions l'habitude de nous réunir dans sa maison où nous recevions instructions et conseils, et organisions le travail. Il nous accueillait avec affection et nous introduisait dans son cabinet de travail où les patients gémissaient de douleur, et, tout en les traitant, il réglait avec nous toutes les affaires en cours. Comme nous exprimions notre souhait d'attendre qu'il en ait terminé avec les malades, il nous disait en blaguant :

« Le peuple juif souffre des dents et ne veut pas attendre. »
Tout à son dévouement à l'œuvre sioniste, nous réalisions que le serment : « Si je t'oublie… » était bien vivant pour lui et nous voyions en lui un modèle de fidélité juive, malgré toutes les différences idéologiques.

Avec une certaine joie, il observait les défilés des jeunes du mouvement Haluts- Hachomer. Il acceptait avec enthousiasme toutes les invitations, quand nous faisions la fête avec nos amis sur le point de partir pour Eretz Israël.

Gamzu fut actif au conseil municipal en qualité de conseiller municipal et édile. Il travaillait aussi pour la communauté. Il donnait son temps partout pour les intérêts de la communauté juive. Et tous les membres de la communauté de Kałuszyn se référaient à lui avec amitié et respect.

Jusqu'au dernier jour de la destruction, Gamzu est resté à son poste. Comme tous les juifs, il a erré dans les ruines de la ville. Un certain temps, il a vécu dans la cour de Stachek et nous nous y rendions pour le retrouver. J'entendais de sa part des mots d'encouragement et de consolation. Il croyait en des temps meilleurs.

Les autorités allemandes l'ont nommé dirigeant du Judenrat. Il s'est comporté comme un juif fier et n'a jamais trahi les intérêts juifs. Quand les « Aktsion » ont commencé en 1942, et que la Gestapo a exigé qu'il mette à leur disposition un quota de juifs, il leur a répondu fermement par la négative. Il fut abattu à son domicile. Sa femme et ses enfants ont été menés aux camps de la mort avec tous les juifs de Kałuszyn.

Aujourd'hui encore, je me rappelle comme il tremblait en prononçant le serment.  « Si je t'oublie Jérusalem…. que ma droite m'oublie ». Lui non plus, nous ne l'oublierons jamais.

David Felner (Ben Avraham)


 

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2. Moshé Kishelnitzki

 

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Moshé Kishelnitzki

 

Le destin a voulu que soit confiée à Moshé Kishelnitzki la tâche de diriger les affaires juives sous le joug barbare des autorités allemandes. Quand le maire de Kałuszyn, Płiwaczewski a, en Novembre 1939, conformément aux ordres allemands formé un Judenrat à Kałuszyn, Moshé Kishelnitzki, a été nommé comme d'autres.

A peine le Judenrat[6] formé, les décrets et les tracasseries ont commencé. Et c'est à Moshé Kishelnitzki que revint la mission de négocier par différents moyens, afin de rendre moins pénible les malheurs des juifs. A chaque fois, il y avait de nouvelles brimades. A l'hiver 1939, l'ordre fut lancé de fusiller 10 juifs riches si une rançon de 10 000 zlotys n'était pas versée. Et le Judenrat dut se procurer cette somme. La semaine de Pessah 1940, 38 jeunes de Kałuszyn ont été emmenés à Biała Podlaska, et Moshé Kishelnitzki a tenté de les faire libérer. Il est revenu épuisé des négociations relatives à leur libération. Après avoir été malade pendant deux semaines, Moshé Kishelnitzki a tenté une nouvelle fois de les libérer. Il est parti à Biała et il a réussi à faire sortir les jeunes hommes des griffes allemandes. La joie fut grande alors en ville.


 

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Reyzl Kishelnitzki, la femme de Moshé

 

A l'été 1940, quand un décret fit de Kałuszyn un ghetto, Moshé Kishelnitzki réussit à faire en sorte que les juifs puissent rester dans leurs foyers. Tout Kałuszyn fut alors considéré comme une région administrative et un certain temps, les juifs reçurent l'autorisation de se déplacer hors de la ville. Un dimanche, la veille de Yom Kippour 1942, arriva l'heure de réciter le Kol Nidrei. On exigea du Judenrat qu'il mette à disposition 500 hommes, le matin de Kippour à 6h, pour qu'ils partent travailler. Ce nombre n'ayant pas été atteint, les gendarmes allemands, avec l'aide de la police polonaise  ont expulsé les juifs des maisons de prière et en ont fusillé un grand nombre. Moshé Kishelnitzki fut bientôt arrêté lui aussi. Les efforts des membres du Judenrat, Piêknawieœ et Rapoport n'ont rien pu y faire.

On les a informés que Moshé Kishelnitzki serait envoyé le lendemain à Varsovie et que sa femme et ses enfants pourraient venir lui dire adieu. Le fils de Moshé et les trois membres du Judenrat ont attendu la voiture qui devait conduire Moshé Kishelnitzki à Varsovie, mais ne sont pas parvenus à la rattraper. Ils sont partis à la maison d'arrêt en prenant une route secondaire et ont entendu en chemin des coups de feu. Quand ils sont arrivés, Moshé Kishelnitzki avait été abattu et on avait déjà enlevé son corps, comme si rien ne s'était jamais produit.

Le lendemain, tous les juifs sont sortis de leur cachette pour se rendre à son enterrement et, d'après les témoins, on pouvait voir sur tous les visages à quel point le défunt était apprécié.

Tous ressentaient une grande peine pour celui qui s'était, mis en permanence, en danger au service de la vie juive et était mort, avec dévouement, dans l'intérêt des juifs de Kałuszyn

Que sa mémoire soit bénie.

Sholem Soroka


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2. Shmuel Lev- Le dernier juif de Kałuszyn

 

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Shmuel Lev

 

Shmuel Lev est né dans une famille pauvre. Son père, Dovid Stoler, était un juif qui s'exténuait au travail et avait le dos courbé. Les durs efforts qu'il déployait pour assurer son existence se manifestaient par une toux peu sympathique. Certains de ses enfants sont morts de tuberculose.

Shmuel, me semble t-'il était le plus jeune et pas non plus un grand costaud. Quand la menuiserie ne fut plus suffisante pour assurer son existence, il fabriqua des semelles en bois pour les chaussures, et c'est ainsi que Shmuel devint un cordonnier expérimenté. Il était doué pour la peinture et le dessin. Mais on considérait ces activités avec mépris parce qu'elles n'apportaient rien de concret.

Il faisait partie des jeunesses communistes, travaillait et menait ses combats à Varsovie. Il venait souvent à Kałuszyn et nous aidait beaucoup à nous occuper des enfants pionniers.

Lors des événements de l'été 1929, il est tombé, avec moi dans les mains de la police. Il n'a cependant pas voulu quitter la Pologne et a écopé de quatre ans de prison. Ensuite, il a repris le travail et a lutté jusqu'à la guerre en 1939.

Tout le temps qu'a duré l'occupation allemande, il est resté caché, dans un bois, chez des catholiques avec sa femme Hadassa Rosenfeld. Dans la lutte quotidienne qu'ils menaient pour obtenir un bout de pain et une goutte d'eau, ils faillirent mourir de nombreuses fois. Lui et sa femme réussirent à survivre et il voulut retourner à Kałuszyn, réaliser son rêve pour, après la victoire contre les nazis, ouvrir un nouveau chapitre de l'histoire de notre shtetl.

Un matin de 1945, peu de temps après la guerre, lorsque sa femme, son enfant, un de ses amis et lui-même dormaient encore, des polonais en armes ont abattu Shmuel Lev et son ami. Sa femme et son enfant ont eu à peine le temps de se sauver. Les polonais avaient achevé le massacre des nazis, leur vieux rêve s'était réalisé. Kałuszyn était resté « Judenrein »[7]. Le dernier juif avait rendu son âme.

Velvl Sapirstein


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4. Moshé Goldberg

 

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Moshé Goldberg

 

Moshé Goldberg et sa femme Rakhetshe Lis ont fait partie des premiers dirigeants communautaires assassinés par la Gestapo à Varsovie la nuit du 18 avril 1942.

A cette époque, Moshé Goldberg était actif dans les cercles illégaux du syndicat des coiffeurs, qui était une des cellules du mouvement souterrain contre les nazis.

Depuis toujours, Moshé Goldberg supportait la charge du travail communautaire et dépensait ses forces pour un idéal socialiste.

Enfant de la pauvreté à Kałuszyn, la charge des soucis matériels lui tombe très vite sur le dos. Il tente différents métiers, et apprend finalement la fabrication de guêtres à Varsovie. Il souffre de la faim et sa couche n'est qu'un banc dur, mais plus les soucis s'accumulent, plus la vision d'un nouveau monde lui paraît lumineuse, ce monde qu'il désire tout comme ses grands-pères, rabbis hassidiques, aspiraient au messie.

Au début de la libération polonaise, la lune de miel de la démocratie polonaise dura quelques mois. Le mouvement ouvrier juif de Kałuszyn était dans la rue, manifestant en grand nombre et brandissant des drapeaux rouges et des calicots. Moshé Goldberg, le jeune prolétaire au front d'érudit, rejoint les rangs, fait entendre sa parole enthousiaste dans les rassemblements d'ouvriers et devient un dirigeant estimé du mouvement de jeunesse bundiste de la ville.

Chacune de ses apparitions fait grande impression.

La jeunesse l'idolâtrait tout simplement. Qui d'autre prenait en considération leurs misérables existences ? Moshé voyait l'essence de sa mission avec les jeunes, dans les cercles du SKIF[8]. Il leur permettait de sortir de leurs maisons où régnait la pauvreté et les emmenait dans les bois et les champs. Pour eux, il créait et chantait des chants d'espoir et de combat. Sa capacité à inspirer une joie de vivre fraternelle à chacun produisait un grand effet. Ces enfants laissés à l'abandon, tristes et courbés par la pauvreté, redressaient le dos et défilaient gaiement dans les sections sportives du Morgenstern.

Moshé Goldberg racontait toujours à la jeunesse l'histoire des grands héros populaires qui s'étaient sacrifiés pour la liberté. Lui même était un exemple d'abnégation et d'incorruptibilité. Il payait toujours le billet d'entrée de ses propres conférences, était toujours prêt à répondre à l'appel et n'épargnait pas sa santé. Même quand ses poumons atteints crachaient du sang, il ne cessait pas ses actions sociales.

Après de longues années d'un travail éreintant au shtetl, on lui a proposé d'être fonctionnaire au Centre. Mais Moshé ne le voyait pas d'un bon œil. Il serait payé pour travailler pour le parti ?

Et il préféra travailler pour un maigre salaire, dans un atelier de coiffure, au 4 de la rue Pawia. Il vivait dans une pièce à la cave, où ses deux frères, Yenkl et Aharon, moururent de tuberculose.

Quand la guerre éclata, des vagues de fascistes submergèrent toute la Pologne et des dirigeants expérimentés et activistes quittèrent le pays, mais Moshé resta et se livra à des activités souterraines illégales avec le même dévouement qu'il appliquait tous les jours. Je me souviens d'un poème de Moshé Goldberg dans le « yugent veker » l'organe du mouvement de jeunesse du Bund, « Appel à une sœur ». Il lui demande de venir avec lui :

« Ce n'est pas une route ou s'exhale l'odeur des roses
Mais un cimetière où sous les lamentations des chacals
Expirent des milliers de frères et sœurs.
Tes pieds délicats fouleront un sol jonché d'épines
Et ton sang coulera de blessures ouvertes. »
Moshé Goldberg a suivi cette même route amère couverte d'épines, mais au lieu de rencontrer les porteurs de la flamme, ce qu'il souhaitait ardemment, il a rencontré les sbires de la Gestapo un vendredi soir. En plein printemps, quand le renouveau s'annonçait, ils l'ont arraché de son lit, à Varsovie, dans la rue Novrolipki, et l'ont brutalement assassiné.

I. Granatovich


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5. Yeshaiah Grodshitski

 

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Yeshaiah Grodshitski

 

Il avait le profil idéal d'un dirigeant et d'un combattant dont la fidélité sans limite au Poalei Sion, fut un exemple pour des centaines de camarades, pas uniquement ceux de Kałuszyn, mais aussi ceux qui l'avaient rejoint dans un esprit d'adhésion au parti. Il est arrivé tout jeune, dans l'organisation de la jeunesse, et s'est vite avéré être un bon orateur, apte, grâce à ses connaissances, à exposer le bien-fondé théorique des problèmes du Poalei Sion. Cependant, il ne refusait pas de faire les travaux de la base, à coller des affiches et nettoyer le local du parti.

Il le représentait de manière très honorable lors des réunions internes ; rien ne se passait dans le parti sans sa présence. Il intervenait dans d'innombrables conférences, meetings et rassemblements internes. Il participait aux congrès de la jeunesse du parti où il prenait une part active aux débats.

Il y eut des époques où, portant cette charge sur ses épaules, il se négligeait personnellement. Après l'échec de l'invasion soviétique en Pologne et l'ascension de la réaction polonaise, qui semait la désolation dans les organisations ouvrières, et pendant les persécutions particulières de notre village de Kałuszyn, Yeshaiah fut celui qui, avec une totale abnégation, revint afin de reconstruire l'organisation.

Il est intéressant de noter que, dans la première lettre que j'ai reçue de lui pendant mon séjour en prison, à Siedlce, il m'a écrit dans ces termes :

« Borochov[9] vit à nouveau à Kałuszyn et il a de très sages enfants » Avec cette lettre, j'ai compris, du moins le pensait- il, que le parti et la jeunesse était encore actifs à Kałuszyn. et grâce à lui, et avec l'assistance d'autres camarades, l'organisation a grandi en prestige et en taille.

Il était très apprécié de ses amis, connu dans les cercles du parti de tout le pays, particulièrement des membres du comité central. Il débordait d'initiatives qui furent d'une extraordinaire utilité pour le parti.

Bon et doux de nature, il était prêt, au moindre appel, à rendre service et à venir en aide. Il était cependant très strict pour ce qui concerne la discipline et mettait à exécution les décisions du parti. Il n'avait pu éviter d'être arrêté et avait goûté à la prison. Cela s'est passé, me semble t-il, en 1927. Une émeute s'était produite dans la forteresse « la Citadelle » de Varsovie. Cet incident fut exploité par le gouvernement de Pilsudski, (qui avait déjà, à l'époque, révélé son visage réactionnaire) pour étouffer le mouvement ouvrier. Les arrestations et les perquisitions étaient quotidiennes. Une de ces perquisitions se passa chez moi et au domicile de Yeshaiah, mon cousin.

Chez lui, on a trouvé caché sous le toit, les archives du parti le Poalei Sion de Kałuszyn. Un procès politique fut instruit contre lui. A l'époque, il était déjà à l'armée, au régiment de cavalerie des hussards de Pilsudski. De là-bas, on l'a envoyé à la prison de Mokotów où il s'est présenté au procès, en tenue militaire.

Un des plus grands avocats de Pologne, Maître Berenzon, qui plaidait surtout dans les procès politiques, s'est chargé de sa défense.

Sur la table du juge se trouvaient tous les documents sur lesquels l'accusation s'appuyait : le livre de protocole du parti, différentes lettres, les écrits de Borochov et d'autres documents.

Je me rappelle, qu'après la plaidoirie de l'avocat de la défense, quand on a demandé à Yeshaiah de se défendre, avec quelles paroles empreintes de dignité, il a soutenu sa plaidoirie ! Il a cité des extraits d'une brochure de Borochov où il était question de la Pologne, qu'il était nécessaire que la Pologne soit indépendante et libérée sur le plan national, et il a posé la question : « Toute l'accusation repose sur le fait que, soit j'appartiens au parti du Poalei Sion, soit que nous suivons l'enseignement de Borochov. Et alors ? Parce que j'appartiens à un parti dont le programme demande l'indépendance nationale de la Pologne, je suis un ennemi de ce pays ? »

Dans la salle, on a entendu des applaudissements. Résultat : on jugea qu'il devait être libéré.

Il s'investit à nouveau, avec plus de ferveur et de joie encore, dans les activités du parti. Il ne se reposait pas et courait d'un travail à un autre. Il fut également actif à la préparation des élections au conseil municipal. Il organisa également la grande cérémonie d'adieu pour mon départ. J'entends encore résonner dans mes oreilles son discours d'adieu enflammé et son souhait que nous nous retrouvions dans la lutte pour la terre d'Israël et, bien sûr, en Eretz Israël. Malheureusement, je ne l'ai plus revu. Il n'a pas vécu assez longtemps pour assister à la réalisation d'un de ses principaux idéaux pour lequel il avait consacré tant d'années de combat : la création de l'état d'Israël. Il a partagé le destin de millions de martyrs. Que les mots servent de larmes pour un ami et un cousin à sa sainte mémoire !

I. Grodshitski


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6. Mordekhaï Grodshitski

 

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Mordekhaï Grodshitski

 

Mordekhaï Grodshitski, le fils de Miske Rochl, était très estimé au shtetl. Il était connu de la jeunesse comme l'écrivain qui envoyait ses écrits à Varsovie et avait du succès chez Weissenberg[10].

Les thèmes principaux de ses poèmes étaient la nostalgie du shtetl et la solitude de l'homme jeune. De temps en temps, Weissenberg les imprimait dans son journal « Indzer Hofning » (notre espoir) où trouvaient de l'encouragement ceux qui (d'après le jugement de Weissenberg) étaient de « véritables » écrivains des petits villages polonais, pas des lituaniens.

Ses amis du shtetl ont vu, pour la dernière fois, Mordekhai Grodshitski, à l'hôpital, gravement blessé, lors du bombardement nazi, au moment où les allemands avaient pénétré dans la ville détruite de Kałuszyn. Tout à ses souffrances, Mordekhai Grodshitski parlait de ses écrits, consumés dans le feu et la fumée de Kałuszyn en flammes.

Nostalgie

Tu regardes les étoiles avec inspiration,
Exalté par l'éclat de l'éternité.
Mais des méandres de ta vie jaillissent des larmes.
Tu n'es qu'une infime poussière de l'infini.

Tu n'as qui aimer ou haïr.
Tu n'as pas senti le bras d'un être aimé.
Et tu ne cesses de soupirer
Dans la nuit qui fait souffrir et te recouvre..

Tu lui racontes tes souffrances.
Elle t'écoute calme et paisible.
Mais ton cœur n'est pas heureux
Refroidi qu'il est par le froid humus du sol.


[Page 474]

7. Shmuel Vulman

 

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Shmuel Vulman

 

Shmuel Vulman est né à Kałuszyn en 1886, alors que la bourgade était encore imprégnée du mode de vie juive à l'ancienne. Du shtetl, il est parti à Varsovie et a vécu ses dernières années dans le quartier Praga.

En 1939, après l'invasion des allemands à Varsovie, Vulman est parti à Białystok, chez les soviets. De là-bas, il est allé dans un village de l'ouest de la Russie blanche où il a été tué après l'attaque des allemands sur l'Union Soviétique.

On ressent dans ses poèmes une profonde nostalgie pour la lumière et le printemps ;

-«  Je n'aspirais qu'à un rayon, une infinie lueur !

Peut-être est-ce encore le souvenir du shtetl que l'on trouve dans son poème « lumière »

-«  Qu'il est bon d'avoir une mère, chaude et lumineuse, qui se moque de l'air et regarde avec sincérité dans tes yeux. 

-«  Dans l'anthologie « Dos lid iz geblibn »[11] (édité en Pologne en 1951 par Binem Heler) se trouve le poème testament du poète décédé Shmuel Vulman « Lumière ». Ce poème qui nous est resté, parle de la lumière du souvenir et de la peine, de la douleur vu par Shmuel Vulman. Que sa mémoire soit bénie.

Lumière

J'ai enfermé l'obscurité rien qu'avec moi.
Afin qu'elle gèle dans sa propre ombre !
J'avais pris froid dans ses grottes.
Je n'aspirais qu'à un rayon, une infinie lueur !

J'en suis sorti les yeux ouverts, à boire la lumière.
Mes épaules – découvertes- ont plongé dans ses rais.
La pluie s'est posée délicatement sur moi
Et à présent mon visage baigne dans les baisers.

Qu'il est bon de jouir un instant,
D'un chaud rayon riant et caressant
Je te regarde dans les yeux avec confiance !
J'ai enterré l'obscurité dans le noir,
Me surprenant à courir à travers les rayons
Riant à gorge déployée, tout à mes cris et mes chants.


[Page 475]

8. Borekh Tshebutski (Trzebucki)

Enfant de la pauvreté à Kałuszyn, d'une famille qui n'avait pas les moyens d'assurer sa subsistance, enfant de la faim et de la misère, le pauvre Borekh avait, en plus, une propension accentuée à souffrir de paralysie. La pauvreté poussa Borekh à partir pour Varsovie. Là-bas, il se démena, malgré toutes les difficultés pour gagner sa croûte, et, tout en luttant, réussit à mettre un peu de joie dans sa vie grâce à la littérature.

Ses récits, tout comme sa vie, portaient le sceau de la pauvreté, de la lutte et du rêve. Son livre « Ombres », paru en 1938, décrivait beaucoup Kałuszyn et une célèbre famille, les « Gogelekh », les porteurs d'eau, les artisans et musiciens.

Malheureusement, tous ses efforts ont été vains, et nous n'avons pas retrouvé le livre « Shotens » (ombres), ni aucun des récits que Borekh Trzebucki avait publié.

Rachel Oyerbakh s'ajoute à la liste de ceux qui ont décrit ce personnage, elle qui a eu l'occasion de voir de nombreux écrivains juifs pendant les dures années du régime nazi et partager, avec constance, leurs soucis et leurs peines.

Notre Gandhi

Celui qui, avant la guerre, a connu l'union des écrivains de Varsovie, n'a pas été en contact qu'avec l'élite. Des intellectuels plus modestes et aux positions sociales plus basses faisaient partie de la communauté. Borekh Trzebucki était un des « pauvres lettrés » les plus populaires, celui que l'on appelait, déjà avant la guerre, par allusion à ses cures de jeûnes chroniques : Gandhi. Je me rappelle une soirée en l'honneur de Trzebucki à l'Union des Ecrivains. Sur l'affiche et les annonces, on pouvait voir « Soirée littéraire pour notre Gandhi ».

Trzebucki - Gandhi était un thème perpétuel de raillerie littéraire. Doté d'un modeste mais véritable talent, Trzebucki avait souffert de nombreuses années auparavant d'une maladie (peut-être la narcolepsie), et était resté à moitié infirme toute sa vie, un invalide vivant de la soupe populaire, de la presse et littérature yiddish. Mais que Dieu nous garde et nous sauve, quel pain c'était. Comme un éternel fantôme, Trzebucki passait son temps à vagabonder en ville, au local de l'union littéraire. Un ombre errante… Il tombait souvent malade au milieu de la nuit, on prévenait le président de l'Union des Ecrivains. Trzebucki donnait l'impression qu'il allait s'évanouir ou qu'il était sur le point de s'endormir.

La langue de ce pauvre homme était blessée. On comprenait à peine ce qu'il disait et c'est ainsi que Trzebucki, avec son bégaiement, avec sa petite silhouette caractéristique était l'objet de diverses railleries de bon aloi et d'autres coups tordus de ses camarades du groupe. Nohem Bozme était passé maître dans l'art d'imiter les paroles à peine compréhensibles de Trzebucki. Quand I.I Trunk devint le président du club littéraire, Trzebucki se mit à le suivre comme un toutou et, de même qu'un jeune homme est la prunelle des yeux de sa mère, il rappelait toujours :

-«  Allez, fais comme pour les autres membres du cercle littéraire, publie-moi un livre ». Trzebucki était comme un enfant qui ne voulait pas rester en retrait des autres enfants.

-« Fais-moi une couverture, fais-moi ! » Il se plantait, se présentait tous les jours devant Mendel Rayf, dont les couvertures et la disposition graphique des livres lui avaient beaucoup plu.

Le livre était encore loin d'être publié. Il n'avait même pas de titre. Mais comme d'autres écrivains avaient commandé la couverture de leur livre chez Rayfn, Trzebucki voulait aussi qu'il la lui fasse.

Et malgré cette situation, Trzebucki a eu une femme et des enfants et a mené une vie de famille plus normale qu'aucun autre des écrivains importants. Sa famille avait même pour lui beaucoup de compréhension, étant fier qu'il fasse partie de l'Union des Ecrivains.

Quand la guerre a éclaté, la situation de Trzebucki et de sa famille est devenue très difficile. En Octobre 1939, dés le début de l'occupation, on a ouvert une soupe populaire comme au 40 de la rue Leszno, et il était de notoriété publique que j'en étais la directrice. Trzebucki s'est ajouté au nombre de nos bénéficiaires de l'aide alimentaire. Bien entendu, il n'avait jamais de quoi payer les 20 groschens nécessaires à la distribution d'une soupe de pommes de terre, et, ne voulant pas démoraliser le personnel, je devais tous les jours trouver une autre combine pour lui verser une ration de soupe sans reçu.

Dans la boîte de conserves, il y avait des cornichons. Au moment du siège de Varsovie et des incendies des entrepôts de nourriture, la ville avait été inondée de boîtes. L'adaptation à cette nouvelle vie sous l'occupation a commença par une boîte de cornichons. On y avait percé deux trous sur les côtés, passé une ficelle, suspendu la boîte comme un seau au dessus du bras et tiré de l'eau de la Vistule ou de la soupe à la cuisine populaire.

Il y avait partout de longues queues. Trzebucki attendait patiemment, boîte au bras, et tenait, dans sa main, un reçu spécial que je lui avais donné. S'il me tirait le tablier en passant, cela signifiait qu'il voulait avoir sa soupe en dehors de la rangée. Ce n'était pas par impatience, mais parce qu'il désirait, plus que tout, qu'on lui accorde un minimum d'attention, qu'on souligne sa convivialité, qu'on le soutienne pour qu'il soit plus fort dans cette effrayante et inquiétante situation qui s'abattait sur nous.

Mais Trzebucki, lui-même, répandait une chaleur. Il ne partait jamais sans me lancer un « zey gezunt ».[12] Quand il ne me voyait pas, après avoir reçu ses rations de soupe, il s'asseyait dans le corridor devant le bureau administration, patientait jusqu'à ce que j'en sorte, et me glissait un mot de remerciement. Parfois, il me faisait part, en murmurant à demi-mot, de réclamations et de souhaits qu'il était facile de contenter en lui versant une louche de « ragoût », où en lui serrant la main. Un bon mot, un sourire apaisé, il me remerciait et s'en allait.

Avec le temps, les murmures et les bégaiements de Trzebucki sont devenus inaudibles et incompréhensibles. Jusqu' à ce qu'un jour, il ne soit pas dans la queue. Après la distribution de soupe, sa femme est venue, un papier dans la main. J'avais gardé une certaine image de l'écrivain, et j'ai été vraiment surprise par son contenu, sa clarté, sa belle écriture, ses écrits au style correct.

La femme de Trzebucki, une maîtresse de maison virile, bien bâtie est devenue veuve en peu de temps. Une partie de l'héritage que l'homme lui a laissé et, de loin le plus important, était le titre d'obtention de la soupe gratuite. Vraisemblablement, Trzebucki avait légué un double héritage. La famille prendrait sa place dans la queue pour la soupe et il nous laissait également, en héritage, la famille elle-même. Je recevais de tels héritages au décès des bénéficiaires. Les survivants venaient me raconter leurs malheurs, cherchaient la compassion et me demandaient des conseils.

La femme de Trzebucki est venue me voir avec une jeune fille, qui, au cours des premières années d'occupation avec ces misérables soupes et du pain de misère était passée d'enfant à belle jeune fille, avec une douce et typique grâce juive. Combien de fois je l'ai vue, avec ses tresses à l'ancienne sur les épaules et les beaux yeux noirs timides et baissés d'une jeune fille juive. Je me rappelais les paroles de Thomas Mann à propos de Rachel qu'il mettait dans la bouche de Jacob qui était amoureux  « Et les yeux tordus de son père étaient devenus beaux sur son visage... »

La jeune fille était tellement semblable à son père, blessé et caricatural, et elle était d'une telle beauté !  Elle avait également héritée de la grâce tranquille de l'esprit de son père. La grâce brillait de l'intérieur et rayonnait sur son jeune visage, de tout son être délicat.

Il fallait voir comment la mère et la fille gémissaient, combien de larmes elles versaient à chaque fois qu'on mentionnait leur père. Quel écrivain juif n'aurait pas souhaité laisser au monde quelqu'un qui le mentionne aussi chaleureusement et le regretter. Le problème était que Trzebucki n'aurait pas droit à sa part au monde futur pour longtemps. Rapidement après l'expulsion, sa femme et sa fille disparurent de la queue. Je n'ai même pas eu le temps de m'en rendre compte à quel moment…

Je me rappelle une nouvelle de Trzebucki que j'avais lue dans une sorte de journal. On y parlait d 'un tricoteur au chômage qui recevait parfois du travail. Mais son émoi était si grand quand il apprenait qu'on allait l'aider que son esprit s'embrouillait, de sorte qu'il n était pas en mesure de saisir le modèle qu'on lui avait donné à l'essai. Il enchevêtrait les fils, et rien ne sortait de son travail, il perdait sa place à nouveau. Je me rappelle le beau rêve que l'homme faisait dans la nouvelle, au moment où il semblait qu'il allait à nouveau gagner normalement sa vie : un peu de pâtes et avec du bouillon, un peu de bonne compote.

Déjà en temps de paix, Trzebucki connaissait ce phénomène : la faim. Il éprouvait une intime proximité avec ce petit homme. Lui-même était un petit homme chaleureux, avec une petite âme tranquille et douce. Mais le moment arriva où les petites aspirations d'être un tant soit peu rassasié devinrent un mirage inaccessible et notre Gandhi partit exactement comme il avait vécu. Il est mort de faim, en silence.

Rachel Oyerbach –Tel AVIV


[Page 478]

9. Shmuel Lis

 

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Shmuel Lis

 

Shmuel Lis est né en 1907 dans une famille pratiquante. Son père Leybl, fabriquant de taliths était propriétaire d'une usine de taliths ; entre les métiers à tisser, le petit Shmuel avait déjà un aperçu des relations entre les ouvriers et les patrons.

Ce fut sa première école politique et sociale qui l'influença tout au long de sa vie.

Jeune déjà, il intégra la section jeune du  Poalei Sion. En dirigeant l'organisation de jeunesse du  Poalei Sion, en ville, il donnait beaucoup de son temps aux œuvres culturelles, et ses conférences étaient les plus appréciées au sein des cercles de la jeunesse, qui travaillaient alors dans des conditions illégales, en ayant peur, sans cesse, que la police ne leur fasse un mauvais coup. On sentait ses initiatives dans tous les domaines, y compris dans le travail professionnel. Il a occupé une place très importante dans l'organisation du syndicat des ouvriers du textile. Il était à la tête du secrétariat de la jeunesse où nous travaillions ensemble toute l'année jusqu'à mon départ pour Israël.

Il participait aussi aux conférences centrales des jeunes du Poalei Sion de Pologne.

Il prenait une part active aux actions en faveur du fond ouvrier de Palestine. Il aspirait à monter en Israël.

Jusqu'à la fin de sa vie, il fut un ouvrier militant fidèle et un ami dévoué. Il saluait, avec enthousiasme, les victoires ouvrières et, avec tristesse et douleur, chaque échec et trébuchement. Lors du régime policier de Sanacja[13] , nous avons été arrêtés ensemble un premier Mai. Je vois encore ses yeux remplis de tristesse et de douleur, non pas à cause des coups assénés par la police mais parce qu'il ne pouvait pas célébrer la fête avec tous les ouvriers et la jeunesse.

Il ne put se réaliser son rêve d'aller en Israël. Avec tous les martyrs, est mort un des ouvriers les plus fidèles, honnêtes et cadre de la jeunesse- Shmuel Lis

Shulem Soroka


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10. Shmuel Leyzer Sadovski

Né en 1900 à Kałuszyn, le père était couvreur. La mère Breyndl vendait des articles de mercerie les jours de marché.

Les parents étaient des gens très simples. La mère, particulièrement, voulait que son fils soit un étudiant appliqué, parce qu'elle avait pu avoir son fils grâce aux prières du rebbe.

A l'âge de 14 -15 ans déjà, à l'oratoire des Parysów[14], en apprenant une leçon de guemara, il se mit à lire des livres profanes qu'il avala littéralement. A 18 ans, à la fin de l'occupation allemande de la première guerre mondiale, il fut déjà un membre actif de l'association culturelle, le « Tsukunft »[15], précurseur du Bund à Kałuszyn.

Après l'invasion bolchévique de 1920, Sadovski fit partie du premier groupe de 9 bundistes qui, à partir d'un conseil secret, renouvelèrent l'organisation bundiste.

De 1927 à l'arrivée des assassins allemands, environ deux semaines après l'éclatement de la seconde guerre mondiale, Sadovski, délégué par la fraction bundiste au conseil municipal, en devint membre. Jeune homme encore, il acquit vite le respect de tous.

Les premiers jours, quand la guerre a semé la panique, il a fui avec la grande masse des réfugiés en direction de la frontière orientale de la Pologne. Les nouvelles lui parvenant de chez lui, disant que les allemands avaient entièrement mis le à feu à Kałuszyn, maison après maison, et que sa femme Sorele Kramarsh errait au loin sans moyen de subsistance, l'avaient troublé au plus haut point. Le sens du devoir ne le laissait pas en paix. Il décida de traverser la frontière, en contrebande, par le fleuve Bug, pour retourner à la maison. Shmuel Leyzer Sadovski a fait partie des derniers groupes de juifs abattus le 28 septembre 1942.

Avrum Goldberg


[Page 479]

11. Leibush Sapirstein

 

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Leibush Sapirstein

 

Leibush est né à Kałuszyn en 1911. C'est dans l'atelier de tournage de bois, chez son père, que se détermineront ses relations au travail. Dans sa jeunesse, il obtient des qualifications de coiffeur pour dames.

Fils d'une famille d'origine ouvrière, le jeune Leibush trouve sa place dans les rangs des jeunes du  Poalei Sion. Débordant d'initiatives, il déploie ses activités dans tous les domaines jusqu'à devenir un membre actif du comité de la jeunesse.

Au début de la guerre, il s'enfuit de Kałuszyn. Il réside un certain temps à Białystok, avec d'autres réfugiés de Kałuszyn et dans la « commune de Kałuszyn  »[16], il entretient l'espoir de jours meilleurs, mais tombe sous les mains des assassins.

Les espoirs de Leibush ne se réaliseront pas. Ses parents mourront aussi de faim et de souffrances dans le ghetto de Varsovie.

Shulem Soroka

 

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