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La communauté de Kałuszyn

 

La Communauté Juive De Kałuszyn

par Sholem Soroka –Tel Aviv

Traduit par S. Staroswiecki

En se basant sur les sources historiques, il apparaמt qu'une Kehila[1] existait déjà depuis la seconde moitié du 19ème siècle à Kałuszyn. A cette époque, le nom Mikhelson figurait parmi les dirigeants de cette communauté. Reb Shlomo succéda ensuite à Reb Motl Mikhelson. Ils furent tous deux, en leur temps, des administrateurs et des médiateurs de la communauté juive. Leurs noms sont mentionnés dans d'importantes affaires communautaires aussi bien pour Les efforts qu'ils ont entrepris auprès des autorités tsaristes afin d'abolir différents décrets relatifs aux impôts qu'en raison des différents combats qu'ils ont menés entre les différentes factions en ville autour pour le poste de rabbin, luttes qui répondaient naturellement aux nécessités et influences des multiples composantes de la population juive, chacune selon sa position sociale.

 

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Reb Reuven Mikhelson

 

Au tournant du siècle, Reb Mikhelson fut à la tęte du conseil de la communauté ainsi que les administrateurs : Yudel Aybeshits, Shaoulke Kramarsh, Yenkl Shteyn, Itzhok Munk, Natan Otsap, Szulem Zavielski, Leyzer Bornshteyn, Shmuel Eli Freylekh, Hershl Feldman, Israël Feygnboym, et d'autres encore. Le secrétaire de la communauté fut pendant des décennies : Aaron Butches Teytlboym.

C'est d'une main ferme et énergique que Reuven Mikhelson s'occupa des activités de la communauté. Il fut tout aussi bien un initiateur de projets qu'un administrateur à poigne. Il avait également de l'influence dans tous les milieux officiels. Pour tout ce qui concernait les affaires du Kałuszyn juif, la communauté voyait en lui un responsable dévoué aux intéręts juifs.

Le fait que 80% de la population de Kałuszyn ait été juive avait naturellement étendu le périmètre des missions et activités de la communauté juive .En plus des fonctions religieuses, la communauté devait s'occuper d'aide sociale, répondre aux appels des couches sociales déshéritées, et les indigents ne manquaient pas. La communauté se trouvait également confrontée en permanence à des problèmes sanitaires.. Il n'existait pas d'hôpital, et pas de dispensaire local. La ville entretenait des relations avec l'hôpital '' Czyste''[2] de Varsovie. On y adressait là-bas tous les pauvres. La communauté soutenait également toutes les ''confréries fraternelles'' locales. La Biker Kholim[3], la Lines Hatsedek[4], et d'autres, qui s'efforçaient de répartir l'aide médicale aux pauvres de la ville.

Parmi les besoins religieux, figuraient : L'entretien du bâtiment des institutions communautaires, du tribunal rabbinique, du salaire du rabbin, des juges rabbiniques, des juges et des bedeaux, de la grande synagogue, des maisons d'études, des écoles élémentaires traditionnelles, des yeshivot ainsi qu'en général la tâche de s'occuper de l'éducation religieuse, qui incombait à la communauté. Par contre, le conseil de la communauté ne s'occupait pas du tout de l'éducation laïque ni de la construction d'une école juive par crainte d'études impies.

Une place à part était réservée à l'abattage rituel,  dont la communauté se chargeait de l'administration. Les membres du conseil juif de la ville augmentaient toujours les impôts des abatteurs rituels et des bouchers, y voyant une contribution importante du budget de la ville .Les querelles entre abatteurs, bouchers et la communauté ne manquaient pas. Mais le dernier mot revenait toujours au rabbin.

La montée de l'antisémitisme polonais poussa la communauté à consacrer plusieurs fois toutes ses activités à lutter contre les décrets antisémites. La classe ouvrière juive de la ville aida beaucoup la communauté à se battre pour la préservation des intéręts juifs, malgré le fait que les partis ouvriers, en raison du fort caractère religieux de la communauté locale n'aient pas trouvé de terrain favorable qui leur aurait permis de travailler en bonne collaboration. Les partis ouvriers exerçaient également une pression sur les organes de la communauté afin qu'elle s'occupe des besoins quotidiens de la pauvre communauté locale.

La communauté devait supporter seule toutes les dépenses. Ni le pouvoir central, ni le conseil municipal ne contribuaient au budget de la communauté. Les rentrées principales de la communauté provenaient d'un impôt spécial, défini par l'état mais la répartition de l'impôt était dans les mains de la communauté. Du fait que des divergences d'opinion existaient entre les membres du conseil communautaire de la commission des impôts, chaque groupe '' restait sur ses positions '' et avait ses '' protégés ''…

Les riches ne voulaient pas donner et les pauvres n'avaient pas de quoi donner. On accouchait du budget dans la douleur et les déficits étaient ''considérables''.

La communauté était confrontée à des difficultés pour percevoir les impôts. Les juifs n'avaient pas de 'crainte divine ' de leurs propres institutions, et, sous différents prétextes, repoussaient à plus tard, et toujours à plus tard….

La communauté dut avoir recours à l'aide de la municipalité, à l'intervention d'exécutants non-juifs. Souvent, les percepteurs non-juifs saisissaient les chandeliers de la table d'un juif pieux la veille de Shabbat pour servir de caution au paiement de l'impôt de la communauté.

En plus des problèmes d'entrées et de sorties d'argent, les gens de la communauté gardaient également un śil sur la préservation du Shabbat. Ils faisaient attention à ce qu'on ferme les commerces à l'heure le vendredi ; plus d'une fois le rabbin en personne parcourait les rues accompagné des juifs observants, pour rappeler aux ''non pratiquants'' qu'il était temps de fermer les commerces. Souvent, des incidents se produisaient qui pouvaient se terminer au tribunal.

Au début du 20 ème siècle, la communauté fut témoin de nombreuses disputes à la mort des rabbins pour la succession au siège du rabbinat. Les disputes n'étaient pas toujours désintéressées. On peut en dire ainsi des luttes contre le chef de la communauté, Reb Reuven Mikhelzon.

Mais la puissance de sa personnalité, l'activité énergique qu'il déployait pour le bien de tous et l'autorité de son nom auprès des organes officiels ont toujours poussé ses opposants à faire la paix en ce qui concerne la direction de la communauté.

 

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A la fenętre de la Kehila- le conseil de la communauté juive-

 

Conformément à la tradition de ses parents et grands-parents, le rabbin Mikhelzon a dédié ses activités à la communauté de Kałuszyn. Avec l'extermination de toute la communauté juive des mains infâmes des nazis est mort également le fidèle militant, responsable des affaires publiques Reb Reuven Mikhelzon.

 

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La famille Mikhelzon

Sholem Soroka –Tel Aviv


NdT

  1. Kehilah: Communauté juive organisée. Traditionnellement, les sujets matériels de la Kehila sont gérés par des membres de la communauté élus tous les quatre ans. Ils ont également le droit de proposer l'élection d'un rabbin qui sera en charge de tous les sujets rituels et halakhiques (lois, sentences et prescriptions religieuses). Le rabbin est habituellement élu à vie. Source : World lingo Return
  2. L'hôpital juif de Czyste : En 1902 on ouvrit un nouvel hôpital juif à Czyste. Il s'agissait de l'hôpital le plus moderne de Varsovie. Source : Virtual shtetl Return
  3. Confrérie Biker Kholim (de l'hébreu: Bikur Holim : visite aux malades) Return
  4. Confrérie Lines Hatsedek : (de l'hébreu Linat Hatsedek). La mission principale de la  '' Lines Hatsedek '' consistait à porter aide aux malades. Return


 

Rabbins, Maîtres et Administrateurs de la Communaute de Kałuszyn

par S. Arye

Traduit par S. Staroswiecki

Le Rabbin Yehiel Mikhal

Le premier rabbin de Kałuszyn, dont nous ayons connaissance à partir de sources historiques est le rabbin Yehiel Mikhel-Mikhelzon. A la fin du 18ème siècle et au tout début du 19ème siècle, il devint le rabbin de trois communautés juives dans trois bourgades limitrophes : Kałuszyn, Mińsk Mazowiecki, Siennica. Il fut le commentateur de la loi, et le dirigeant des trois communautés, mais il avait établi son siège à Kałuszyn.

La lignée de rav Mikhelson remonte à cinq générations de rabbins et de Kabbalistes (dont certains morts en martyrs) jusqu'au « Tossafiste Yom Tov »[1], le célèbre Gaon[2] Reb Yom Tov Lipman Heller[3], qui, à l'âge de dix huit ans (en 1597) occupait déjà la position de juge rabbinique au siège du tribunal, auprès du Maharal[4] de Prague, et sera, dans les années 1624-1627, le rabbin de Nikolsburg, et de Vienne. Il deviendra le rabbin de Prague après le Maharal.

Sous le nom de « Tossafiste Yom Tov », la famille avait coutume de se rassembler et de lire la « Megilat Evah »[5] , livre dans lequel le rabbin Yom Tov Lipman Heller racontait une histoire très douloureuse – les souffrances qu'il avait endurées alors qu'il était rabbin de Prague-, comment on l'avait dénoncé, combien il avait souffert en détention tout en étant menacé de subir la peine capitale, comment il avait réussi à s'échapper et ętre expulsé de Prague. Après cette expulsion, le grand Talmudiste, le « Tossafiste Yom Tov » fut le rabbin de plusieurs communautés, comme Nemirov, Ludmir, etc. jusqu'à son élection au poste de rabbin de Cracovie. Il est mort le 26 Elul 5414 (8 septembre 1654).

Issue de la lignée rabbinique prestigieuse du rabbin Reb Yehiel Mikhal, La famille Mikhelson, a dirigé la communauté de Kałuszyn jusqu'aux derniers jours de la destruction et de l'extermination menée sous la domination nazie.

 

Reb Mordekhaï Motl Mikhelzon

Reb Mordekhaï Motl, le fils de reb Shlomo, et petit fils du rabbin de Kałuszyn Reb Yehiel Mikhel, est né en 1800. Il a administré la communauté de Kałuszyn avec « Derzhava  »[6], ainsi que d'autres activités similaires à Varsovie, puis a écrit des livres.

Dans le traité « Maamar Mordekhaï » - constitué de commentaires de la Torah et d'écrits testamentaires de Reb Mordekhaï Motl Mikhelzon, édité par son petit fils le rabbin de Płońsk[7]- Reb Tzvi Yehezkel Mikhelzon, il est fait mention du rabbin Mordekhaï Motl comme « rav hamekhaber »[8] Il n'a occupé aucun siège rabbinique mais en qualité de « Ben Torah »[9], il fut une personne prestigieuse, un responsable associatif, un intercesseur et en son temps, son nom fut renommé dans toute la Pologne.

Reb Mordekhaï Motl, connu sous le nom de Reb Motl Kałuszyner reçut la médaille du Tsar Nicolas 1er pour ses mérites et le privilège d'avoir libre accès aux hautes sphères. A la demande des maîtres et rabbins, Reb Motl Kałuszyner rendait visite aux dignitaires (au gouverneur général, aux gouverneurs et commissaire de police) dans le but de révoquer des décrets. Reb Motl Kałuszyner passait la plupart du temps chez le rabbi de Warka, Reb Itzhak et menait à bien ses missions pour des sujets qui concernaient tous les juifs. Mais beaucoup de maîtres et rabbins venaient prendre conseil chez Reb Motl. Tous lui demandaient son aide auprès des autorités.

Les plus grands érudits de cette époque lui écrivaient des lettres. Reb Itzhak Meïr[10], le « Hidush HaRim »[11] de Ger demandait à Reb Motl son intercession, à cause du problème aigu causé par le recrutement dans l'armée. Une autre fois, il lui demandait de le conduire à Varsovie afin de mettre fin à la guerre qu'il menait avec le rabbin Gaon Jacob Gezuntheyt. On s'adressait de nouveau à lui pour des problèmes de recrutement dans l'armée : des demandes du rabbin de Radzymin, de Białe et Parysów. Tous lui demandaient sa bénédiction censée résoudre un problème. Reb Motl fut aussi celui qui porta secours au rabbin de Kotsk, qui avait été dénoncé et menacé d'ętre jeté en prison.

Reb Yossef, le rabbin de Serock, raconte au sujet de Reb Motl qu'il s'agissait d'une personne courageuse, qu'il parlait bien la langue des non- juifs et était rempli de sagesse. Quand des décrets étaient édictés dans le but de brûler les livres du « shuklhan arukh »[12] et des « s'kh » (Siftei Cohen)[13], Reb Motl intervenait et parvenait à les faire annuler.

Quand Reb Motl s'est rendu chez le notable Reb Zalmen Pozner, pour lui demander d'aller ensemble chez le comte Paskevitch afin de s'entretenir de sujets concernant tous les juifs, Reb Zalmen lui a conseillé de rester à la maison et de faire sa demande au « maître du monde » (à Dieu). Reb Motl lui a répliqué que la prière à la maison était bonne quand il s'agissait d'une personne seule mais pas quand il s'agissait d'affaires publiques.

Suite à la rencontre avec le comte Paskevitch, reb Motl, ainsi que de notables maîtres, rabbins et Reb Zalmen Pozner ont tous apposé leur signature au manifeste publié à l'attention des juifs, afin que des personnes d'origine modeste puissent s'installer sur des terres. Vraiment, Reb Motl ne se contentait pas de prier à la maison !

Malgré sa célébrité et son zèle, Reb Motl avait aussi beaucoup de soucis et de désagréments, surtout dans sa communauté de Kałuszyn. Reb Motl détenait le « Derzhava » de la ville, il menait d'une poigne de fer les affaires de la communauté et pour ces raisons, il s'avéra qu'il y eu beaucoup de conflits relatifs aux pauvres de la communauté de Kałuszyn.

Parmi toutes les lettres de Reb Motl qui seront remises comme suppléments au traité « Maamar Mordekai », on trouve également une lettre du rabbin de Kałuszyn Reb Shlomo Zalmen Altshuler, écrite la veille de Shabbat de la parasha de Noé tri'b  (1852):

« Honneur au célèbre notable. Son nom est connu de tous. Au vénérable érudit digne de louanges, héritier à la longue généalogie, Motl Mikhalzon au cśur généreux. De nous, les soussignés et ensemble avec le rabbin de cette ville, notre grande lumière. Ne déverse pas ton courroux sur ton peuple. Et męme si un de nous péchait, ton peuple de saints n'a pas péché. Nous te demandons et t'implorons, souviens toi de l'amour originel. »[14]
La lettre est signée de Reb Zalmen Shlomo Altshuler et de sept autres notables, dont le nom n'est pas mentionné dans le livre «  Maamar Mordekhaï ».

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Le contenu de la lettre témoigne de conflits, emportements et brouilles entre la communauté et ses administrateurs. Le rabbin demande au représentant qu'à Dieu ne plaise, il ne déverse pas son courroux sur tous à cause du péché d'un seul.
Le testament de Reb Motl est encore plus probant, Un document intéressant qui débute par un verset : « hasha miMeni vavliga beTerem eLekh veynenu ». On retrouve dans ce verset le nom Motl.

Avec les paroles des souffrances de Job : « Adam laamal yulad (Job 5-7) ktsar yamim vseva rogez » (14-1)[15], Reb Motl prenait de l'avance sur son testament. Il racontait que depuis son enfance déjà, il était sujet aux maladies et aux calamités dans la maison familiale. Il avait réussi parce qu'il n'avait jamais relâché ses efforts et avait toujours évité les ennuis de vains ennemis et dénonciateurs.

Il mentionne le rabbin de Warka, Reb Itzhak à qui il racontait ses soucis. Il repartait de chez lui, rasséréné et réconforté, s'occuper des affaires de la communauté.

La morale de sa vie remplie d'amertume, il la transmet à ses enfants. Il leur demande de fuir l'ivrognerie, l'hypocrisie, l'arrogance, et par-dessus tout, d'éviter les disputes relatives aux affaires publiques de la ville comme lui l'avait fait quand il détenait le « Dherjava » de la ville, et, conformément aux conseils du rabbin de Warka[16], il put vaincre avec patience, tous ses ennemis et apaiser les disputes.

Décrivant le comportement de ses enfants dans la vie, Reb Motl raconte dans son testament qu'ils ne se sont pas conduits comme il l'aurait voulu. Qu'il leur pardonnait, mais qu'en contrepartie, il exigeait qu'ils accomplissent tout ce qu'il leur demandait après sa mort, et que sinon, il se vengerait : « Faites ce que je vous demande. Si, à Dieu ne plaise vous ne m'écoutiez pas, je ne porterai pas vos péchés et je me vengerai »[17].

Voici ce que Reb Motl a ordonné à ses enfants :

Ses biens devront ętre divisés en 10 parts ; neuf parts iront à la famille et une part ira parfaire la réparation de son âme.

Ses livres de Torah, tous les livres et les candélabres en laiton iront à la maison d'études. L'emplacement qu'il avait acheté dans la briqueterie à Reb Nate Avner Shpald ira à l'oratoire de Warka, sa participation de 10% sera donnée en hypothèque et les intéręts perçus seront données sous forme de dot aux jeunes mariés sans ressources. La première année, les enfants étudieront six traités de la Mishna. Le Shabbat et les jours de fętes, on allumera deux bougies pour son âme dans la maison d'étude et à l'oratoire de Warka. En semaine, on allumera une lumière et les jours anniversaires, on boira du vin afin de se le rappeler en bien. Il dit également qu'il faudra éditer son livre, mais à Dieu ne plaise, pas pour en faire du commerce, mais pour en répartir les recettes entre la famille et les enfants.

Il signe son testament : «  Veille de Shabbat Nachamou[18] 1867 ici-męme à Kałuszyn » et en annexe : « Celui-ci nous apportera le repos de notre tâche et du labeur de nos mains, causé par la terre - Que les paroles de ma bouche et les pensées de mon cśur soient agréables à tes yeux Eternel, mon rocher et mon sauveur, soussigné Motl Mikhelzon de Kałuszyn ».[19]

Reb Mordekhaï est mort six ans après avoir écrit le testament, à l'âge de 72 ans. Son testament est un témoignage des grandes préoccupations personnelles que pouvait avoir un juif, un grand dirigeant de la communauté dont le renom et le respect furent portés très loin à l'exception de sa propre communauté. Parmi les compositions de Reb Mordekhaï Motl figure également un poème en hébreu :

Ecoute ma prière

Mon roi et mon dieu, j'ai osé te parler, O seigneur.
Qui suis-je ainsi que ma maisonnée ? Tu m'as amené jusqu' ici
L'Eternel réside dans les hauteurs et il voit celui qui est humble, comme moi.
Ah puissent mes pas ętre fermes devant toi, que je ne pęche avec ma langue.
Éloigne-moi de la voie du mensonge, j'implore ta loi.
Que la bonté et la droiture me protège, conduis moi dans les sentiers de justice
Car je n'ai rien accompli de ma propre main ;
Je savais que tout venait de toi et que ta main me le prodiguait
Que ma prière te soit agréable, que ma parole soit selon ta volonté
Comment t'honorerais-je moi qui ne suis que poussière et cendre ?
J'ai pleine confiance en ton secours et je serais toujours ton serviteur.
Que mon cśur soit sincèrement attaché à tes lois
En tout lieu, il prodigue de belles paroles
J'ai péché dans le passé. Pardonne mes péchés et ma détresse
Il en va de mon nom et ma mémoire
Tes statuts sont équitables à jamais, fais en moi comprendre le sens
Afin de préserver et accomplir ce qui est écrit dans le livre.
Mordekhaï Motl Shlomo Mikhelzon de Kałuszyn

Dans cette prière-cantique, l'auteur intègre son nom M o t l au cśur męme des versets, tandis qu'il écrit M o r d e k h a ï dans les versets externes. On trouve également dans cette poésie l'esprit testamentaire d'un juif pourchassé qui laisse parler son cśur devant Dieu.

Sur la tombe de Reb Motl Mikhalzon, Son ami le rabbin d'Amshinov[20] lira un sermon qu'il aura composé et dans lequel il aura incorporé le nom de la personne décédée.[21]

Triste éloge. Versez vos larmes vous qui passez dans la vallée de larmes
Voyez un homme cher consolé à l'ombre de Dieu
Il a exigé le bien pour son peuple, il a fait le bien, et est source de bénédiction.
Comme Mordekhaï, c'est juif apprécié de ses frères qui sauve et libère
Unique dans sa communauté, il a soutenu les pauvres, et rassasié les affamés
Par la grâce de ses paroles, il s'est tenu ferme devant les nobles et les puissants.
Il a fait entendre au peuple la justice de Dieu
Son nom et sa mémoire figurent parmi les justes et les hommes honnętes
Il a appelé à la libération des prisonniers et les a sortis de leur captivité.
Il a libéré les enfants de l'asservissement et les a rendus à leurs pères.
Il les a dirigés dans la loi de Dieu jusqu'à épuisement de ses forces
Le souvenir de sa sagesse est gravé dans la pierre
Et, au terme de 72 ans, son âme a trouvé le repos
Ici est enterré un homme craignant Dieu. Mordekhaï Motil Fils de Shlomo du nom de Reb Motil Kałuszyner de la famille (de bienheureuse mémoire) enterré auprès de sa femme le vendredi 11 Av 5632 (15 Aout 1872)[22].

Toutes les qualités d'un intercesseur et d'un dirigeant de la communauté sont comprises dans ces versets – Sa position importante dans les affaires de l'état, parmi les souverains et les princes. Reb Mordekhaï Motl fut comparé à Reb Mordekhaï Hatsadik[23] en son temps.

Les qualités de Reb Mordekhaï en qualité de dirigeant de la communauté et intercesseur, qui savait quel comportement adopter avec les autorités dans les moments de détresse se sont également distinguées chez son petit fils, le chef de la communauté Reb Reuven Mikhelzon qui a dirigé la communauté de Kałuszyn pendant tout le début du vingtième siècle.

Qu'il soit consigné également que c'est dans les champs de Kałuszyn, que Reb Motl avait donné en héritage à ses enfants et petits enfants, que fut créée la première ferme -Hakhshara de l'« Hashomer Hatzaïr » de Pologne.

En son temps, Reb Motl avait signé un manifeste pour installer des juifs sur des terres, et, bien des générations plus tard, sa passion trouvera sa place dans l'histoire[24]. C'est dans les champs de Reb Motl à Kałuszyn que le « shomer »[25] a appris le travail de la terre et s'est préparé à partir pour la terre d'Israël.

 

Le Rabbin Reb Shlomo Zalmen Altshuler

On en connait peu sur le rabbin Reb Shlomo Zalmen Altshuler. Tous les anciens de la ville parlaient du grand rabbin Shlomo Zalmen, issu d'une famille qui avait compté des rabbins célèbres de cette époque.

Reb Shlomo Zalmen devint le rabbin de Kałuszyn à la suite de Reb Yehiel Mikhal Mikhelzon, au moment où la communauté était dirigée par le petit fils de Reb Mikhal, Reb Mordekhaï Motl.

Nous avons rapporté ci-dessus la lettre de Reb Shlomo Zalmen Altshuler au membre élu de la communauté Reb Mordekhaï Motl. Dans cette lettre, il est mentionné que Reb Shlomo Zalmen fut un bon défenseur de sa communauté et un bon intercesseur entre le Kahal[26] et le chef de la communauté.

Malheureusement, les compositions de ce grand rabbin ne nous sont pas parvenues et il est difficile de trouver d'autres documents qui donneraient un éclairage sur ce grand homme qui a laissé un sentiment de respect dans sa communauté pendant des générations,

 

Le Saint Rabbin, Rabbi Haïm Leyb Epstein

Le rabbin Haïm Leyb Epstein fut le rabbin de la localité de 1834 à 1874. Auparavant, il avait été rabbin à Horgel  (?), Czyżew, puis à Sokołów et ensuite à Kałuszyn.

Depuis son enfance, le jeune prodige Haïm Leyb était fortement impliqué dans les milieux érudits de Przysucha auprès du rabbin Simkhe Bunim[27]. En traitant une question talmudique ardue, celui qui n'était encore qu'un jeune homme et qui n'avait męme pas encore été salué par ses pairs, avait montré son érudition, répondu aux questions et provoqué l'admiration du rabbin de Przysucha. A la mort du rabbin Simkhe Bunim, Reb Haïm Leyb fit partie des proches du rabbin de Kotsk.

Rabbi Haïm Leyb était un grand étudiant. Jour et nuit, il « plongeait » dans la mer du Talmud ; Quand on lui demandait d'où il puisait sa force, il répondait :

-« Pourquoi ne me demandez vous pas d'où je puise ma force quand je n'étudie pas ? »
Grande était également sa simplicité et son sourire. Quand le rabbin de Kotsk faisait halte en ville, le rabbin Haïm Leyb disait : « Quelle merveille, qu'il existe des hassidim tels que lui ! »

A la mort de rabbi Haïm Leyb, son fils, le rabbin de Pultusk, Reb Simkhe publia deux livres (en 1903), l'héritage de son père : Le « Peri Haïm » et le « Birkat Haïm ».

 

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Une histoire concernant les deux rabbins, rav Shlomo Zalmen, rav Haïm Leyb et le dirigeant de la communauté Reb Mordekhaï a fait le tour de la ville.

Quelques années avant sa mort, Reb Mordekhaï Motl aurait racheté pour lui-męme une parcelle à côté de la tombe du rabbin Shlomo Zalmen Altshuler (de bienheureuse mémoire). Le rabbin Haïm Leyb désirait également ętre à proximité du Gaon (grand talmudiste) Reb Shlomo Zalmen et proposait, du fait qu'il n'y avait plus de parcelle pour une troisième personne, que Reb Motl lui cède la sienne. Ainsi, Reb Haïm Leyb a assuré à Reb Motl, que quand il aura atteint l'âge de 120 ans et qu'il aura fait son temps, il y aura de la place pour tous les trois. Et il en fut ainsi. Après la mort de Reb Motl, quand la Hevre Kadishe[28] est arrivée aux tombes des deux rabbins, on a trouvé de la place pour une troisième personne…

C'est ce qu'on racontait en ville et dans le vieux cimetière se trouvaient vraiment côte à côte les trois tombes de ces trois grands juifs. Il y avait de la place pour tous.

 

Rabbi Elhanan et Rabbi Zeligl

Dans le vieux cimetière, à l'emplacement de l' « Ohel »[29], les deux tombes de rabbi Elhanan et rabbi r. Zeligl, père et fils furent entretenues durant de longues années. Les deux faisaient partie de la dynastie Mogelnicia. Ils furent les premiers maîtres de Kałuszyn au 19ème siècle. Rabbi Zeligl succéda à Rabbi Elhanan.

Dans le grand silence du cimetière, face au monument, les juifs confiaient leurs malheurs en gémissant, déposaient les suppliques qu'ils avaient écrites et repartaient, leur foi renforcée et avec un sentiment de soulagement. Une miséricorde infinie émanait de ces deux tombes et les juifs eurent toujours du respect pour ces deux maîtres légendaires : le père et le fils.

Des années plus tard, le gendre de Reb Zelig, Reb Naftole Shapiro (un petit fils de Reb Naftole Ropshitser) bénéficiera de cette révérence. De juge rabbinique à ses débuts, il obtiendra ensuite le titre de rabbi.

 

Reb Haim Meïr – un Jeune Rabbin

Il n'existe pas de témoignage précis sur le rabbin « dem bokher »[30], mais comme en témoignent ceux qui ont de la mémoire il aurait obtenu le poste de rabbin à la suite de Reb Haïm Leyb, un jeune homme, un prodige.

Il n'était pas d'usage qu'un jeune homme porte la couronne d'un rabbin, mais dans ce cas (comme on le raconte), il était si érudit qu'on la lui avait attribuée.

Il est mort jeune et d'après les récits, son nom a traversé les distances à travers les villes et villages de Pologne

 

Reb Moshé David

Jusqu'à la dernière décennie du 19ème siècle, Reb Moshé David de Kozienice fut rabbin et maître à Kałuszyn. C'était un oncle de Reb Shmuel Kopl Ha Cohen Klingsberg, qui deviendra plus tard le rabbin de Kałuszyn.

Reb Shmuel Kopel fut juge rabbinique au tribunal rabbinique de son oncle.

Reb Moshé David était un strict observant de la cacherout et de la préservation du Shabbat. Il fut considéré à cette occasion comme un « baal mofet »[31]. On raconte à son sujet qu'un vendredi soir, au moment d'allumer les bougies, il est sorti en ville voir comment se passait le Shabbat et a rencontré un restaurateur juif, qui, malheureux, se tenait devant trois non-juifs et tremblait de profaner le Shabbat, parce qu'ils prenaient leur repas trop lentement. Reb Moshé David a immédiatement emmené le juif « de l'autre côté de la rivière », là où vivent les non-juifs. Il est rentré avec lui dans leurs maisons et lui a dit : -« Les voilà les trois non-juifs. Ils ne sont pas du tout venus chez toi. Il n'y avait que leurs ombres, envoyées par Satan pour te mettre à l'épreuve… »

Les charretiers de la ville racontaient qu'un pauvre charretier qui était venu se plaindre de son sort avait trouvé, en se retournant, un trésor dans sa charrette qui s'était transmis jusqu'aux enfants de ses enfants…

En męme temps que ces histoires miraculeuses, on racontait que Reb Moshé David qui avait divorcé d'une des filles du rabbin de Mogielnica aurait été maudit par le rabbin de Mogielnica et que plus tard, il aurait perdu la raison.

Dans le vieux cimetière se trouvaient à proximité les deux pierres tombales de ces deux rabbins étranges, le jeune prodige Haïm Meïr et Rabbi Moshé David, le maître des prodiges aux voies particulières.

 

Reb Meïr Shulem

En 1896, La ville eut le privilège d'accueillir une personnalité importante en la personne du rabbi Meïr Shulem qui fut engagé comme rabbin de la ville. Rabbi Meïr Sholem, qui était auparavant à la tęte du rabbinat de Garwolin et de Żelków était un petit fils du Saint Juif-le rebbe de Przysucha et du rebbe de Lublin- le Hoze[32].

Il fut entièrement fidèle à la voie tracée par son grand-père, le rabbin de Przysucha .empli de réflexion, pensée et d'une grande flamme morale, il faisait entendre sa voix parmi les juifs, s'inclinait devant tout le monde, sensibilisait au « tikkun hanefesh »[33] et donnait du courage aux gens.

De 1896 à 1902, quand rabbi Meïr dirigea la  « hoyf »[34] et le rabbinat à Kałuszyn, ces années furent pour les juifs de Kałuszyn une période d'élévation de l'âme. Dans la grande enceinte de la synagogue, entre les arbres, les juifs se réunissaient pour entendre la parole de rabbi Meïr et les mélodies émouvantes du musicien Abrahamke Waynmakher. La mélopée ajoutée à la réflexion élevait alors l'âme et on était purifié.

La renommée de rabbi Meïr Sholem s'étendit également à d'autres pays. De Hongrie męme, les hassidim allaient voir le rabbin de Kałuszyn. Des âmes en errance y recherchaient réparation. On venait s'épancher et on repartait guéri et revigoré.

Les juifs voyaient en lui un grand frère et un guide et grande fut la tristesse quand le rabbin nous quitta soudainement. Cela survint un vendredi, à la tombée de la nuit au moment de l'allumage des bougies, à Józefów, où le rabbi était parti avec le juge Shmuel Hakopel Hacohen Klingsberg pour une fęte. Il est mort Le 11 tevet 5662 (21 décembre 1901).

 

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Rabbi Meïr a laissé un livre « Nahar Sholem » (le fleuve de la paix) composé par son fils le rabbin de Parysów Reb Yehoshua Acher. Dans ce livre, des paroles de sagesses et de connaissances, de profondes pensées philosophiques, des visions poétiques et des considérations réflexions modernes ressortent des commentaires de la Torah. Ces paroles témoignent que ce grand craignant dieu, dont les racines venaient de Przysucha restait à l'écoute et avait pleinement conscience des temps nouveaux.

Pendant de longues années, on garda en mémoire dans la cour de la synagogue la légende de Meïr Sholem.

Après son décès son fils Reb Yehoshua Acher s'est rendu à Kałuszyn à chaque anniversaire de sa mort pour résider pendant un mois dans la maison de son père (de bienheureuse mémoire), et de s'unir à l'âme du défunt. Reb Yehoshua a aussi voulu poursuivre la voie de son père et ultérieurement accueillir les fidèles à sa table et ętre le rabbin de la shulhoyf[35], mais la ville n'a pas accepté et Reb Yehoshua Acher est parti et est devenu le rabbi de Parysów.

 

Un Rabbin « Mitaam »[36]

A la mort de Meïr Sholem, la ville est restée sans rabbin. La ville n'a pas voulu de Reb Yehoshua Acher, le fils de rabbi Meïr Sholem. A nouveau, le rav Shmuel Kopl Hacohen Klingsberg, le juge rabbinique de rabbi Meïr Sholem qui était apte au rabbinat n'a pas obtenu de papiers justificatifs officiels. En attendant, les autorités ont mis en place un rabbin ''Mitaam'' qui n'a pas du tout plu à la ville.. On ne rendait pas à sa table et on ne lui posait aucune question. Ce rabbin '' Mitaam '' est parti aussi vite qu'il était venu à tel point que personne ne s'est souvenu de son nom.

 

Le Rabbin Reb Yehezkel Shtulman

Après avoir cherché pendant longtemps, la ville a fait venir le rabbin de Stanislavov, le rabbin Reb Yehezkel Shtulman.

Le nouveau rabbin était très versé dans la Torah et son action principale, hormis les affaires du tribunal rabbinique consistait à enseigner la Torah. Reb Yehezkel s'occupait beaucoup de l'association des « Mishnaies »[37]. Il enseignait une page, rédigeait les ordonnances de la confrérie s'occupait pour elle de toutes ses affaires avec les responsables (de la confrérie).

Il revint à Reb Yehezkel d'ętre le rabbin de Kałuszyn au moment où se déroulait la révolution de 1905, quand Kałuszyn connaissait une grande agitation et que le petit peuple relevait la tęte contre les préceptes et les règles religieuses. Barukh Shtulman, son fils (aujourd'hui en Argentine) raconte un épisode intéressant de la rencontre entre son père et un révolutionnaire dans les pages de ce livre. On y apprend avec quel tact et fierté Reb Yeheskel Shtulman a occupé le poste à cette époque et à quel point il a montré de la compréhension pour les nouveaux « poskim »[38] : les révolutionnaires.
Reb Yehezkel est mort soudainement en 1911.

Livres de guemara[39] ouverts, les élèves du Talmud Torah se sont rendus à son cercueil. Les livres étaient ouverts à la page de la dernière leçon qu'il avait donnée à ses élèves.

Après sa mort, la ville est restée longtemps sans élire de nouveau rabbin.

Les enfants de Reb Yehezkel Shtulman, Meïr (de bienheureuse mémoire) et Barukh (que Dieu lui pręte longue vie) ont emprunté toutes les caractéristiques de pertinence et d'intelligence des propriétés et d'enseignement de leur père mais vers d'autres fins et d'autres cercles. Les deux furent les premiers dans le domaine culturel et de la vie sociale au sein du mouvement ouvrier juif de Kałuszyn.

 

Le Rabbin Shmuel Kopl HaCohen Klingsberg

Dans les années 1880, Reb Shmuel Kopl fut juge rabbinique à Kałuszyn auprès de son oncle le rabbin et maître Moshé David. Il était également juge rabbinique auprès du rabbin et du maître Meïr Sholem. A la mort de Meïr Sholem, le juge rabbinique Reb Shmuel Kopl aurait du ętre rabbin, du fait que le fils de Rabbi Meïr Sholem, Reb Yehoshua Acher n'ait pas été jugé apte à obtenir ce poste à Kałuszyn, essentiellement en raison de l'opposition des hassidim de Ger, qui auraient voulu un des leurs. Mais il manquait à Reb Kopl des papiers officiels et ni son érudition, ni sa renommée qu'il avait d'ętre un génie de Kozienice, qui s'était formé et avait étudié auprès du rabbi de Kuzmir ne lui furent d'aucun secours

 

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Par conséquent, Reb Shmuel Kopl fut juge rabbinique au tribunal rabbinique de Lublin et devint plus tard le rabbin de Modzjitz[40]. Cependant, Reb Shmuel Kopl déménagea à Kałuszyn après la mort du rabbin Reb Yehezkel Shtulman, car il voulait ętre le rabbin de la ville. Une grande dispute éclata à ce sujet, jusqu'à ce que Reb Yehiel Meïr, le célèbre rabbin d'Ostrowsk, le maître du jeûne s'en męle. Il réussit à faire la paix entre les parties et finalement, en 1913, le rabbin Shmuel Kopl fut élu rabbin de Kałuszyn. Il a occupé la cour de la synagogue, là ou auparavant il dirigeait le tribunal rabbinique auprès du rabbi Meïr Sholem (de bienheureuse mémoire) et qui entre-temps s'était agrandie, avec des oratoires et des yeshivot et avec une nouvelle grande synagogue concourant à la renommée de la ville.

La maison de Reb Shmuel Kopel était également la maison de la communauté, le centre de la vie communautaire et coopérait beaucoup avec les institutions communautaires dans le but d'aider les nécessiteux de la communauté.

Dans la bibliothèque de Reb Shmuel Kopel se trouvaient une quarantaine de ses compositions dont peu seulement ont été imprimées. Reb Shmuel Kopl était toujours assis, penché au dessus de la table en train d'étudier une question talmudique ou en train d'écrire.

Reb Shmuel Kopel était fier de son oncle Berish, un Kabbaliste qui siégeait à Jérusalem et lui envoyait toujours un fruit d'Israël afin qu'il le goûte et récite le shehekhianu[41].

Reb Shmuel Kopel fut le dernier rabbin de Kałuszyn jusqu' en 1935. A sa mort, les sujets relatifs au rabbinat furent traités par rabbi Naftole Shapiro.

Le temps que la ville se choisisse un nouveau rabbin, les bombes d'Hitler tombèrent et incendièrent les rues du Kałuszyn juif ainsi que les maisons d'études et l'enceinte de la synagogue.

 

Rabbi Naftole Shapiro

Rabbi Naftole, le petit fils de Ropshitser, le gendre de rabbi Reb Zeligl avait organisé un repas dans sa maison avec une grande simplicité et attention, il priait dans la maison d'études devant le pupitre et émouvait les juifs ordinaires par son enthousiasme et son imposante physionomie. Sa fière allure à travers les rues de la ville provoquait crainte et respect.

Il fut le dernier rabbi de Kałuszyn Il a subi avec sa communauté l'oppression et les tourments infligés par l'oppresseur nazi. Dans l'église ou on avait rassemblé et tourmenté tous les juifs, se trouvait également le rabbi Naftole. Là bas, il a pleuré avec eux et saigné avec sa communauté. Selon certaines sources, rabbi Naftole aurait été dans le ghetto de Mińsk Mazowiecki et aurait là bas rendu son dernier souffle zts'l[42].

Reb Reuven Mikhelzon L'Administrateur

Reb Reuven Mikhelzon fut le dirigeant de la communauté de Kałuszyn du début du vingtième siècle jusqu'aux derniers jours. Il était le petit fils de Reb Mordekhaï Motl Mikhelzon, le chef de la communauté de Kałuszyn au 19ème siècle.

La renommée de l'ascendance de sa famille (Reb Reuven, neuvième génération des ''Tossafistes Yom Tov'') lui assurait le prestige dans ses actions en qualité de chef de la communauté et son grand père Reb Mordekhaï Motl, Reb Reuven aimait aussi diriger les affaires de la communauté d'une main de fer mais avec beaucoup de compréhension pour tous les milieux de la ville aussi bien laïques que religieux.

Reb Reuven Mikhelzon fut également un entrepreneur en bâtiment, il construisait dans beaucoup de villes et villages de Pologne. Il regorgeait d'énergie et d'initiatives. Il fut celui qui consacra de nombreuses années de sa vie à la construction de la nouvelle synagogue dans la grande cour.

Il aidait également toutes les confréries dans la construction de leurs institutions et particulièrement le bâtiment de «  l'Hakhnosses orhim »[43] , qui était également un centre d'enseignement de la Torah, la yeshiva de Reb Tzvi Dantsiger.

Reb Reuven Mikhelzon participait à toute affaire ayant trait à la communauté. C'est grâce à son aide, que les cercles de gauche, purent bénéficier d'un club après des années d'illégalité.

Il est aussi allé à la rencontre des camarades de la ferme, des shomrim, qui avait été créée sur les champs de Mikhelzon à proximité de la ville dans les années vingt.

Il ne doutait jamais de sa fonction. Il était le chef du Kahal et également actif au conseil municipal local .Une fois, lors d'un vote au cours d'une assemblée, dans la vieille maison d'étude reb Reuven avait lancé un appel de la tribune : - « Je n'ai pas besoin de tenir de discours, vous me connaissez ici depuis de nombreuses années ». Il était tout seul sur sa liste, et il réussit (à ce qu'on vote en sa faveur).

Reb Reuven s'occupait à sa façon de tous les décrets édictés contre les juifs, et, comme son grand père le grand « intercesseur » Reb Mordekhaï Motl, il aimait fréquenter les « élites » et les solliciter…

Tous les juifs de la ville étaient convaincus que Reuven Mikhelzon ne resterait pas inactif.

Reb Reuven Mikhalzon a également montré sa détermination face aux nazis. Quand ils ont exigé qu'il mette la grande synagogue à la disposition des militaires, il a répondu par un grand – « NON ! ». C'est moi qui ai construit la synagogue et je ne la leur donnerai pas ! »

Comme tous les membres de sa communauté, Reb Reuven Mikhelzon a terminé sa vie dans les souffrances.

C'est ainsi que le destin de la communauté de Kałuszyn fut scellé, une longue lignée de maîtres, de rabbins et d'administrateurs, d'érudits talmudiques, craignant dieu et amoureux d'Israël (de bienheureuse mémoire) Que leur mémoire soit bénie !

NdT

  1. Les tossafistes (en hébreu בעלי התוספות, baaléi hatossafot, auteurs des Tossafot) sont un groupe d'environ 300 rabbins médiévaux du XIe au XIVe siècle, et pour la plupart localisés dans le centre historique du judaïsme ashkénaze, en France et en Allemagne, mais aussi en Angleterre et en Italie. La plupart sont anonymes. Ils ont réalisé des tossafot, gloses et commentaires de plus de 30 traités du Talmud qui doublent le commentaire de Rachi. Source Wikipédia Return
  2. Le mot hébreu gaon (pluriel : geonim) était, à l'origine, le titre porté par les chefs des académies de Sura et de Pumbedita en Babylonie. Les geonim étaient reconnus par les Juifs, de la fin du VIe siècle au milieu du XIe siècle, comme les plus hautes autorités en matière d'enseignement religieux. Au Xe et au XIe siècle, le titre fut donné également aux chefs des académies de Palestine. Au XIIe et au XIIIe siècle, après la période gaonique au sens strict du terme, il fut étendu aux chefs des académies de Bagdad, de Damas et d'Égypte. Plus tard encore, il devint une distinction honorifique pour désigner un rabbin ou quiconque avait une grande connaissance de la Torah. Source Encyclopédie Universalis Return
  3. Yom-Tov Lipman ben Nathan HaLevi Heller est un rabbin et talmudiste bohémien du XVIIe siècle (Wallerstein, Bavière, c. 1578 - Cracovie, le 19 août 1654).Considéré une sommité en matière d'érudition talmudique au cours de l'âge d'or de la Pologne, il est principalement connu pour son commentaire sur la Michna, appelé Tossafot Yom Tov.Source Wikipédia. Return
  4. Rabbi Juda fils de Betsalel Loeb, surnommé le Maharal (acrostiche de Notre Maître Rabbi Loeb) est né à Posen, (Pologne). Jusqu'à l'âge de quarante ans, il reste un érudit discret dans sa ville natale. Remarqué par son savoir et sa sagesse, il est alors invité à occuper le poste rabbinique de la communauté de Nikolsburg en Moravie. Durant vingt années il se consacrera à ses frères et sśurs, tout en préparant son śuvre de vieillesse. Car si jusqu'à présent, le Maharal n'a rien écrit, ses notes sur la Torah, le Talmud, le Midrash sont exceptionnellement nombreuses.
    A l'âge de soixante ans, il décide de s'installer dans le vieux quartier juif de Prague, où il rédige une śuvre considérable, qui ne sera publiée qu'à partir de son soixante-dixième anniversaire. Source Akadem Return
  5. Vers 1645, Heller écrivit un mémoire, le «  Megilat evah » -Le livre de l'Hostilité- (existe en hébreu et yiddish), destiné sans doute à ętre lu lors des observances familiales annuelles. L'ouvrage se concentre sur les événements de 1629. Une deuxième section décrit les accrochages d' Heller avec les autorités de Włodzimierz en 1641. L'ouvrage se termine par l'histoire de l'installation d' Heller comme rabbin de Cracovie. (Une troisième section, un faux daté du XIXe siècle, est attribuée au fils d' Heller).Source Yivo Return
  6. Derzhava : du russe Держава, puissance. Dans l'empire russe, symboles de l'autorité du Tsar (Un sceptre, un globe, une couronne d'or (ou une croix). Par extension, le rabbin avait beaucoup d'autorité. Return
  7. Płońsk : Ville du centre de la Pologne (Voïvodie de Mazovie), sur la Płonka. Return
  8. Rav hamekhaber : de l'hébreu : le rabbin, le maître compilateur Return
  9. Ben Torah : Personne dont la Torah est au centre de sa vie. Return
  10. Itzhak Meïr Alter (également Rottenburg, Rothenburg ou Rothenberg) (1799 – 10 Mars 1866), est considéré comme le premier rabbin de la dynastie hassidique de Ger, qu'il a fondé dans la ville de Góra Kalwaria ("Ger" en Yiddish). Il était également connu comme le Hidushei HaRim pour ses écrits sur la Torah. Return
  11. Hidushei HaRim ; recueil d'écrits sur la Torah composé par Itzhak Meïr Alter Rottenburg, dont HaRim est l'acrostiche. Return
  12. Le Shulkhan Arukh (שולçן ערוך) est une compilation de toutes les lois énoncées par le Talmud, ainsi que des opinions et commentaires des grands légalistes et décisionnaires qui les ont examinées. Il fut rédigé par le Rav Yossef Karo, appelé traditionnellement le Mehaber (le compilateur). Source Wikipédia Return
  13. Siftei Cohen : Ecrits du rabbi Shabtai Cohen (1622-1662) Return
  14. Lettre rédigée en hébreu Return
  15. L'homme naît pour souffrir, sa vie est courte, sans cesse agitée. Return
  16. Warka : Wurk en Yiddish : Ville de Pologne centrale située sur la rive gauche du fleuve Pilica. Le rabbin Israël Itzhak Kalish de Warka (Itzhok de Wurk en yiddish) (1779–1848) fut le premier rabbin hassidique de Warka. Return
  17. En hébreu dans le texte «  rak temleou retsoni, veim halila taavrou vetomrou lo essa lipshiekhem vekeh nokem mikem » Return
  18. Le Shabbath Nachamou est le Sabbat qui précède le jeûne du 9 Av (jeûne en souvenir de la destruction du Temple) Return
  19. En hébreu dans le texte : «  Zeh inachamou mimaasenu ubeitsavon yadenu beadama- Vayehi leratson omri pi vehigayon libi leganeykha tsuri vegoali, anokhi hametsave Motl Mikhelzon bkaluszyn ». Extraits de versets de la Genèse 5 :29 et du psaume 19 :15. Return
  20. Amshinov : Nom d'une dynastie hassidique fondée par Rabbi Yaakov Kalish Dovid. Il tire son nom du nom yiddish de Mszczonow, une ville de Pologne. Return
  21. Les initiales Mordekhaï Ben Shlomo constituent la première lettre des versets (composés en hébreu). Return
  22. תהà נשמתו צרורה בצרור החיי ם תנצב"ה initiales des mots de la prière : "Que leurs âmes soient associées au faisceau de la vie (éternelle)''. Return
  23. Mordekhaï : Héros de l'histoire de Pourim. Il élève sa cousine orpheline, Esther qui deviendra reine de Perse. Le premier ministre du roi, Haman  ayant ourdi un complot visant à exterminer les Juifs, Mordekhai encouragea Esther à demander au roi d'arręter les plans d'Haman. Esther fera appel au roi. Haman et ses fils seront tués au lieu des Juifs. Mordekhaï, ayant révélé un complot contre le roi, sera ensuite promu au poste de Premier ministre. Return
  24. Dans ce cas, allusion au retour des juifs sur la terre d'Israël. Return
  25. Shomer : (de l'hébreu : gardien) Membre du mouvement Hachomer Hatzaïr. Return
  26. Kahal : Institution qui gouverne la communauté juive d'Europe orientale traditionnelle. Return
  27. Rabbi Simkhe Bunim Bonhart de Przysucha (1765-1827) fut l'un des principaux dirigeants du judaïsme hassidique en Pologne. Après avoir étudié la Torah dans les yeshivas de Mattersdorf et Nikolsburg, il fut introduit dans le monde du hassidisme par son beau-père, et devint un hassid (fidèle) de Rabbi Israël Hopsztajn (Magid de Kozenice), puis du rabbin Yaakov Itzhak de Lublin (Le Hoze), et du rabbin Yaakov Itzhak Rabinowitz (HaYid Hakodosh, le Saint Juif). A la mort du Saint Juif, la plupart des Hassidim suivirent rabbi Simkhe Bunim qui fut leur Rebbe. Return
  28. Hevre Kadishe : Confrérie du dernier devoir, responsable des rites d'enterrement juifs Return
  29. Ohel : Monument construit sur la tombe d'un personnage important. Return
  30. Bokher : De l'hébreu Bakhour (jeune homme). Selon la loi religieuse, jeune homme de plus de 13 ans (apte à accomplir les commandements) non marié. Return
  31. Personne sainte accomplissant des prodiges. Return
  32. Reb Yaakov Itzhok ben Avrohom Eliezer HaLevi Horowitz, connu comme le Hozeh de Lublin ou le Rebbe de Lublin, est mort en 1815. Il était élève du Magid de Mezritch, du Magid de Zlotchov, de Reb Levi Itzchok de Berdichev et du Rebbe Reb Shmelke de Nikolsburg. (1726-1778). Return
  33. Tikkun Hanefesh : La réparation de l'âme. Notion de la pensée juive provenant d'Isaac Louria, un Kabbaliste du 16ème siècle. Contribution à la réparation ou perfection du monde Return
  34. Hoyf : cour, école rabbinique. Return
  35. Shulhoyf : cour de la synagogue qui comprenait toutes les institutions religieuses Return
  36. Rabbin Mitaam (hébreu : au gout de, agréé). Le gouvernement tsariste nommait des rabbins ayant fait leurs études dans des établissements russes. Ils étaient les représentants officiels du gouvernement russe et étaient responsables de la communauté religieuse juive. Il la dirigeait en bon serviteur de l'Etat. Ils n'étaient pas appréciés de la communauté juive. Return
  37. Mishnayes : (de l'hébreu mishanyot) Mishna : Codification de la loi orale. L'association des Mishnayes se consacrait à l'étude des commentaires de la Torah. Return
  38. Posek פוסק (. hébreu: pluriel poskim) Poskim : traditionnellement les légistes de la communauté. L'épisode est relaté page 136; Return
  39. Guemara : Commentaires du Talmud. Guemara, rédigée au V° siècle de l'ère commune, présente les commentaires suscités par la Michna, rédigés au III° siècle. Return
  40. Demblin-Modzjitz : Dęblin, Poland. 75 km au Sud Est de Varsovie. Return
  41. Prière de remerciement. Return
  42. Zts'l, zatsal est l'abréviation des lettes initiales de zékhér tsaddiq livrakha : "Que le souvenir du juste soit une bénédiction". On le dit après avoir prononcé le nom d'une personne décédée qui avait des mérites, comme dans le cas précédent mais il y a une insistance sur sa valeur reconnue dans la vie de Torah. Source : Modia. Return
  43. Hakhnoses Orhim : Société d'entraide accordant l'hospitalité aux gens de passage. Return

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