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2. L'opération d'extermination : Liquidation finale de la communauté.

Quand les « déportations » ont commencé au ghetto de Varsovie, les juifs de Kałuszyn ont risqué leur vie en tentant de ramener le plus de frères et sśurs encore en vie. Cela n'a pas duré longtemps, et le temps des « Aktsion »[a] est arrivé dans les villes et villages autour de Varsovie : Mińsk Mazowiecki, Siedlce, Loshits et Mordy.

Au cours de l' « Aktsion » de Mińsk du 21 août 1942, les juifs de Kałuszyn furent saisis de panique. Le lendemain, le 22 août, le commando d'extermination fit irruption à Kałuszyn. Tous les juifs se sont cachés, y compris les membres du « Judenrat »  et de la police juive. Le ghetto est resté vide. Seul Kishelnitski et quelques policiers sont restés dehors, mais par chance, les assassins ont évité Kałuszyn. Par contre, des « Aktsion » ont été menées le męme jour à Międzyrzec et d'autres villages.

Suite à l' « Aktsion » de Mińsk, entre 800 et 1000 réfugiés ont trouvé un refuge temporaire à Kałuszyn. Les réfugiés de Mińsk étaient aussi dispersés dans les petits villages de la région : Mrozy, Kołbiel, Dobry, Stanisławów, Sienica et Latowicz.

Les juifs de Kałuszyn sont sortis de leur cachette, mais leur vie était remplie de peur et d'effroi. Certes, le conseil juif avait reçu la promesse des autorités allemandes de Mińsk Mazowiecki, que les juifs de Kałuszyn seraient laissés en paix jusqu'à la fin l'hiver ; mais personne n'y croyait. Et la fuite du ghetto s'est accélérée. On s'enfuyait vers les camps de Kuflew, Jeziorek, Mienie, Sucha et partout où il était possible de trouver du travail auprès des Allemands. Les gestapistes avaient multiplié par trois leurs exigences. Il était bien plus facile à présent de dévaliser les juifs qui s'étaient enfuis avec le peu de bien qui leur restait du ghetto.

A la veille de Yom Kippour, après le Kol Nidre, deux gendarmes sont descendus de leur véhicule devant le logement de Kishelnitski et ont exigé que 500 personnes se présentent le lendemain matin dans la cour de la synagogue. Mais après avoir retranché toutes les personnes occupées à différentes tâches, on ne put trouver dans le ghetto que 300 personnes environ (âgées de 14 à 60 ans). Les juifs furent mis immédiatement en demeure de se présenter jusqu'à 8 heures du matin sur la place. Ceux qui ne se présenteraient pas seraient abattus. Après l'heure convenue, les gendarmes et leurs aides, avec les policiers juifs et des brancardiers se sont mis à la recherche des hommes. Ceux qui furent trouvés furent abattus sur le champ. Deux personnes âgées furent abattues (une d'entre elle était le père de Michael Finkelstein), alors qu'elles étaient en prières Isrolik Teytlboym, Elboym et d'autres subirent le męme sort. Vers 10 heures, deux groupes, un de 200 hommes et l'autre de 100 furent amenés au camp de travail de Jeziorek (à 12 km de Kałuszyn), sous la surveillance de la police juive. Le commandant du camp, Kantz inspecta les nouveaux arrivants et, assisté de Goldstein, le commandant juif du camp, il rejeta 60 personnes âgées qui ne semblaient pas bien portantes. Ces personnes furent renvoyées au ghetto de Kałuszyn.

Ce jour de Yom kippour, les gendarmes, ainsi que des employés de l'office du travail allèrent de maison en maison prendre tout ce qui leur plaisait (meubles, vętements, machines à coudre.)

Dans le ghetto, le chef de la Gestapo, Schmidt fit son apparition, arręta et abattit Moshé Kishelnitski ainsi que trois voleurs. Sans tenir compte du danger, beaucoup de gens vinrent le lendemain à l'enterrement de Kishelnitski. Après l'enterrement, la nouvelle se répandit qu'une « Aktsion » de liquidation était en cours dans les villages environnants de Węgrów, Sokołów et Kosów. Cette nouvelle provoqua une fois de plus la panique parmi les juifs de Kałuszyn. Les plus aisés, les membres du conseil juif, leurs familles et amis partirent à la dernière minute dans des camps situés à proximité : Mrozy, Jeziorek, Sucha, mais la majorité se concentra dans le camp local du « Straßenbauamt »[b] (dirigé par Eisele).

La veille de l' « Aktsion », 40 hommes arrivèrent au camp de Jeziorek. Pendant la nuit, et à l'aube les derniers réfugiés de Kałuszyn et de Mrozy vinrent les rejoindre, en majorité des policiers. Ils passèrent l'information que ces localités étaient déjà cernées par des cordons de gendarmes, lettons et ukrainiens ainsi que par la police polonaise et des pompiers.

Au cours de l' « Aktsion » des personnes réussirent par miracle à s'échapper de la ville assiégée et arriver au camp. Le dernier réfugié fut le commandant de police Slomski qui avait réussi à s'enfuir lors de la marche des déportés vers la gare. Lors des premiers jours de l' « Aktsion » à Kałuszyn, quelques réfugiés parvinrent au camp de Jeziorek, de Latowicz, Kołbiel et Stanisławów.

Pendant que l' « Aktsion » se passait à Kałuszyn, les personnes travaillant à Jeziorek tremblaient de peur. Vers 10h, des véhicules allemands gagnèrent le camp. Ils mirent la main sur 8 femmes et enfants qui se trouvaient à proximité du camp et abattirent quelques jeunes personnes qui s'étaient enfuis dans les bois.

Entre-temps le conseil juif de Kałuszyn et la police étaient occupés à diverses tractations, prenant l'argent de ceux qui en avaient encore[1].

De l'autre côté, les juifs des villages avoisinants comme Mrozy, Dobry, Latowicz ainsi que des villages avoisinants étaient envoyés de force à Kałuszyn.

Les heures précédent l' « Aktsion » les juifs vendirent ou répartirent les objets qui leur restaient à leurs voisins polonais[2].

Vendredi, veille de Soukkot, le 25 septembre à l'aube, l' « Aktsion » débuta à Kałuszyn. D'effrayantes fusillades résonnaient de tous les côtés du ghetto (le ghetto était cerné par des centaines de gendarmes allemands et de policiers polonais). Les Allemands expulsèrent tous les Juifs de leurs logements et les emmenèrent sur la place du marché. Les malades, qui ne pouvaient pas suivre étaient tués dans les maisons męme. Celui qui essayait de s'enfuir était abattu. Les gens étaient défenestrés. Le sang juif se répandait de tous côtés.

Dès le premier coup de feu, le camp du « Straßenbauamt » d'Eisele pourtant considéré comme sûr à 100% partit le premier.

On donna l'ordre aux personnes rassemblées sur la place du marché, environ 3500 personnes, de s'agenouiller. Ces événements durèrent 10 heures. Sans manger et sans boire, à genoux dans la boue, jeunes et vieux étaient trempés par la pluie, et chaque tentative de se relever, ne serait ce qu'un instant, se soldait par une exécution.

Pendant que les juifs étaient rassemblés sur la place du marché, le Volksdeutsche[c] Sieradzinski, qui avait pris la direction de l'usine de fourrure de Berman et Gozhik, exigea que quelques dizaines de personnes, nécessaires à la confection de manteaux de fourrures pour l'armée allemande, restent en ville. Parmi elles : Alter Moshé Gozhik, le meilleur ouvrier spécialisé de l'usine, les trois frères Berman leurs sśurs et leur beau-frère Radzinski.

Soit-dit en passant, l'usine ne fonctionna pas longtemps. Une fois le travail fini, le directeur de l'usine, Sieradzinski déporta les 30 juifs restants. Certains, en route pour Auschwitz parvinrent à sauter du train. L'un d'entre eux rejoint les partisans dans les bois, les trois frères Berman, leurs sśurs et beau-frère Rodzinski se cachèrent dans un bunker.

Au cours de l'après midi, les personnes qui avaient été regroupées furent chassées vers la gare de Mrozy (les hommes à pied les femmes et enfants entassés comme des ballots sur des charrettes). Les Allemands étaient à cheval, pressant la foule et ne cessant de tirer tout au long du chemin. Il y avait du sang tout le long de la route. Un train de marchandises attendait à Mrozy. Tout le monde fut poussé dans les wagons aspergés de chaux. De nombreuses personnes moururent d'étouffement immédiatement en entrant dans les wagons. Beaucoup d'hommes et de femmes sautèrent du train de la mort qui menait à Treblinka. La plupart des personnes ayant sauté furent abattues par les gardes allemands qui accompagnaient le transport ou attrapées par les polonais et remises aux mains des Allemands. C'est ce qui arriva à un jeune homme qui avait sauté du train avec Abraham Viejbe (Wyezhba) et reçut un mauvais coup à la jambe en sautant. Il tomba sous les balles d'un polonais près du bois. Les rares personnes qui avaient réussi à s'échapper prirent la direction du camp de Sucha où ils travaillèrent un certain temps pour un propriétaire terrien polonais, jusqu'à ce que celui-ci reçoive l'ordre de les renvoyer à Kałuszyn. Quand ils arrivèrent en ville ils furent à nouveau arrętés et renvoyés au train[3].

Après l' « Aktsion », outre les trente ouvriers de l'usine de fourrures qui étaient moralement accablés et qui ne pouvaient se déplacer librement (ils étaient enfermés et cernés par des fils barbelés dans la cour de l'usine de fourrure de Berman et Gozhik, de nombreuses personnes s'étaient cachées dans divers lieux. Les pompiers polonais, avec ou sans les gendarmes, allaient de maison en maison munis de haches et de barres de fer à la recherche des juifs cachés et dévalisaient tout ce qui était resté. Les doubles parois étaient abattues ainsi que les caves dissimulées et d'autres caches. Toutes les personnes retrouvées furent envoyées à la maison d'arręt

A la tombée de la nuit, les policiers, assistés d'auxiliaires, emmenaient entre 150 à 200 juifs au cimetière. Là bas, ils les forçaient à se mettre torse nu, les jetaient dans une des 3 fosses communes où ils recevaient une balle dans la tęte chacun à leur tour. C'est ainsi que le 27 et 28 septembre furent attrapés et abattus au cimetière environ 1000 personnes parmi lesquelles les familles Kuperboym, Lutszker, Sadowski, Bernblum, Rozhe, les fils de Pessah Moshé Koski, Abraham et Hershl Gozhik la mère d'Adam Kamienny et d'autres encore.

Les polonais de la ville avaient aidé à trouver les juifs par des dénonciations et de leur propre fait.

Hersh Gorfinkl fut assassiné par un des ses amis polonais avec qui il était associé à l'usine.

Sur dénonciation, les Allemands trouvèrent dans sa cachette Shmul Leyzer Sadovski, qui avait longtemps été l'édile bundiste et conseiller municipal de Kałuszyn, le brave responsable communautaire, sa femme Sarah et sa belle sśur Nekhe (la femme de l'enseignant Hofman). Ils furent emmenés au cimetière pour y ętre abattus. Après avoir tué les deux femmes, ils annoncèrent à Sadowski qu'ils l'abattraient le lendemain, prolongeant ainsi son martyr d'une nuit.

Ils trouvèrent également Reuven Kohen et sa famille dans un bunker et ils abattirent toute sa famille sur place ainsi que Haïm Rodzinski qui était caché et malade du typhus. Dans tous les cas, des Polonais les avaient dénoncés. Dès qu'ils découvraient un juif dans une cachette, ils en référaient aussitôt aux autorités allemandes.

Le bunker pourtant bien caché de la rue Olszewica (Alshevitz) subit le męme sort. Dans la maison de Gothelf et Karmazin, on trouva trois générations : la vieille Rive Hendls, sa fille Dvora et son mari Simha Karmazin et leurs quatre enfants. La vieille femme, âgée de 80 ans fut descendue sur place. Les assassins allemands brisèrent la tęte des 4 enfants contre le mur. Quand à Simha, sa femme et ses parents, ils furent tués à un autre endroit.

Les polonais remirent aux mains des Allemands Abraham et Hershl Gozhik, qui avaient sauté du train en partance pour Treblinka et étaient revenus en ville prendre diverses affaires dans leurs maisons[4].

Suite à une dénonciation des polonais, la cachette du grenier de la

«  Hakhnoses Kale »[d] fut découverte. S'y étaient réfugiés le directeur de la yeshiva reb Tzvi Dantziker, Moshé Aynbirger et sa femme Berl Beker, Benyamin Esikmakher, sa femme et sa fille. Ils furent tous massacrés au cimetière au bord des tombes creusées[5].

Un chapitre particulièrement tragique s'est déroulé au grenier de la « Hakhnoses Kale » où les fondateurs et gardiens de l'institution étaient venus se cacher dans un moment de détresse. Les Allemands ayant découvert la cachette des 50 juifs, ils se déchainèrent sur les victimes et les emmenèrent au cimetière. Les cris des personnes que l'on assassinait s'entendaient jusque dans les bois avoisinants. Un épisode est également lié à ce meurtre de masse. Après la découverte de la cachette par les Allemands, un gamin de deux ans, Pinhas Gap s'était retrouvé  dans les chiffons. Les cris abominables ayant cessé, l'enfant avait rampé hors de sa cachette et avait été laissé à lui-męme. Il resta deux semaines seul dans le grenier, se nourrissant de restes et tremblant à chaque bruit provenant du dehors. Quad les Polonais ont pénétrèrent dans la cachette à la recherche de biens que les juifs assassinés avaient laissés, ils remirent l'enfant retrouvé aux mains des allemands qui l'abattirent immédiatement[6].

Après l' « Aktsion », les gendarmes procédèrent à la vente aux enchères des maisons juives et des biens restés dans les appartements juifs. Tous les objets restés dans les maisons juives furent vendus ainsi que les maisons. Des maisons toutes entières furent vendues pour 500, 200 et 50 Zlotys avec tout ce qu'il y avait dedans. Les paysans venaient en ville de toute la région comme pour une grande fęte et participaient aux ventes aux enchères. On démontait les toits, les murs, les fondations et on cherchait des « trésors juifs » emmurés. Seuls les murs et la charpente avaient de la valeur. On les ramenait chez soi dans les villages pour construire des maisons. Des paysans se sont enrichis en démontant des maisons juives.

Après la destruction des maisons juives, le ghetto avait pris le visage d'un cimetière ravagé dans lequel des livres religieux et des livres ainsi que des photographies des personnes décédées étaient éparpillés.

Il n'est pas facile de savoir combien de Kałuszyner étaient restés travailler dans les camps de Mrozy, de Sucha, de Mienia, de Kuflew, de Jeziorek, de Lenk (villages autour de Kałuszyn) ; 500 personnes travaillaient au camp de Jeziorek. Dans ce camp, situé à une distance de 1 à 3 kilomètres des fosses asséchés, les personnes travaillaient dans de dures conditions. Une partie des ouvriers étaient agenouillés dans l'eau et nettoyaient le Dno. Une autre partie rejetait la terre et plantait. Chaque ouvrier devait creuser une fosse de 3 mètres de largeur et 1, 4 mètre de profondeur. 80% des ouvriers du camp étaient de pauvres gens, souffrant et dans un état d'hygiène déplorable (ils étaient couverts de poux), ils devaient se contenter de rations faméliques qu'ils recevaient dans le camp (200g de pain et une ration de soupe). Ces hommes ressemblant à des squelettes étant vite à bout de force et le nombre de victimes ne cessait de croitre. Elles étaient enterrées dans des fosses communes autour du camp.

Un groupe de femmes et jeunes filles, travaillant aux plantations, dormait dans un baraquement spécial.

Dans le camp, les petits enfants étaient maltraités sans pitié. Cependant, certains bénéficiaient de protection (les enfants du commandant et des policiers). Lors d'un contrôle inopiné des gendarmes allemands, ceux-ci trouvèrent un gamin de 4 ans, le fils d'un policier et l'abattirent sur place. N'ayant pas le choix, certains parents abandonnaient leurs enfants dans des villages éloignés.

Autour du camp, dans le bois, se cachait un groupe de femmes âgées et d'enfants qui se nourrissaient de ce que leurs maris et fils leur rapportaient. Un jour, les Allemands procédèrent à une rafle et trouvèrent 8 enfants et quelques femmes qu'ils abattirent.

Pendant les pluies d'automne, les hommes furent forcés de travailler sans interruption. Restant 12 heures sous la pluie, les hommes retournaient trempés aux baraquements et devaient s'allonger ainsi sur la paille humide. Dans de telles conditions, le typhus se répandit et fit de nouvelles victimes tous les jours.

Le 30 novembre, les travailleurs reçurent l'ordre de se préparer à retourner à Kałuszyn, considéré à nouveau comme un ghetto. Mais avant le départ, les gendarmes sont arrivés et ont sélectionné 102 personnes : des malades, des vieux, des jeunes tout loqueteux. Ils les ont chargés dans leurs véhicules et les envoyés à Mrozy où ils furent tous tués. Le premier groupe de juifs également (environ 40 personnes) de Kuflew, ayant pénétré à nouveau dans le ghetto de Kałuszyn fut aussi tué[7].

En accord avec le décret du 28 octobre 1942 du chef de la sécurité de la police et du chef de la sécurité du gouvernement central le général Krüger, Kałuszyn fut intégré aux 6 villes du district de Varsovie, définies comme zone d'habitations juives (Varsovie, Kałuszyn, Kosów, Siedlce, Sobolew et Rembertóv). C'est ainsi que les juifs de Kałuszyn qui travaillaient dans les camps de Jeziorek, Sucha, Mienia, Siedlce où se trouvaient dans les bois environnants furent à nouveau regroupés dans le ghetto en cours de reconstitution. Aux Kałuszyner survivants, vinrent s'ajouter le 1er décembre des juifs en provenance de dizaines de camps dont Mordy, Latovicz, Sienica, Kołbiel et Mińsk Mazowiecki. La majorité d'entre eux était pieds nus, les chaussures leur avaient été arrachées, tout comme les vętements chauds.

Dans le ghetto que l'on avait ressuscité, il n'y avait pas suffisamment de logements pour 2000 juifs. Les maisons en ruines étaient encore plus détruites après l' « Aktsion » par les polonais, qui furetaient sans arręt, à la recherche de trésors que les juifs auraient laissés. Sur toute la surface, destinée à 3000 juifs, il y avait en tout 10 maisons (environ 50 chambres) habitables et dans toute une rangée de maison, il ne restait plus que les murs nus, les fenętres, les portes, les parquets, les poęles et les cuisines ayant été retirées. 30 à 40 personnes vivaient dans une pièce et parfois męme 60 personnes. Les gens dormaient aussi dehors dans le froid, nus ou pieds nus[8].

Une grande partie des habitants du ghetto était affamée et crasseuse, à la barbe sauvage. Beaucoup étaient aveugles.

Sur ce, le « Judenrat «  nouvellement créé tint une réunion et décida immédiatement de procéder à une répartition de nourriture pour l'hôpital, le conseil juif, la police et les plus pauvres et ensuite pour toute la population. On procéda à un recensement de la population.

En raison des conditions effroyables régnant dans le ghetto, dans lequel il n'était pas question de se laver ni de changer de vętements, les gens étaient pleins de poux et le typhus se propageait à grande vitesse. Les malades n'avaient pas un morceau de pain, ne bénéficiaient d'aucune assistance ni de surveillance médicale. Par conséquent, on comptait une vingtaine de morts tous les jours, que l'on enterrait dans la quatrième fosse commune du cimetière, entièrement nus, parce que les membres de la famille ou les voisins retiraient des morts tous les vętements afin de les vendre pour un bout de pain.

Dans les fosses communes on trouvait aussi les personnes tuées par les gendarmes, souvent sans la moindre raison, parfois pour avoir simplement dépassé les limites du ghetto. Le jeune gendarme Graf s'est particulièrement distingué dans ces exécutions ainsi que le policier polonais Zakrzewski.

Le lundi 7 décembre, une commission constituée de nombreux membre visita le ghetto du district et de la région administrative. Ensemble, avec le maire et le docteur de la ville, ils inspectèrent les habitations, les bains, qui avaient été dévastés pendant l' « Aktsion » tout comme l'hôpital. La commission décréta l'agrandissement de l'hôpital et promis d'envoyer du linge pour les malades, d'attribuer une somme de 200 zlotys et de reconstruire les bains. Le ton apaisant du représentant du gouvernement fit croire aux juifs que le ghetto ne courait pas de risques les jours prochains.

Il s' avéra rapidement que cette visite faisait partie d'une tactique criminellement hypocrite et délibérément trompeuse de propagande des dirigeants nazis qui voulaient dissimuler leurs intentions d'extermination jusqu'à la dernière minute .

Le 9 décembre, à 4h du matin, 9 jours après avoir recréé le ghetto, celui-ci fut encerclé par les gendarmes et la police. Des le lever du jour, les membres de toutes les formations policières (la Gestapo, la gendarmerie, la police polonaise, les Ukrainiens, les Lettons et les pompiers polonais) rentrèrent, un jour de grand froid dans chaque maison et en expulsèrent les gens vers le marché où tous durent attendre en position assise que les 2500 juifs soient alignés en rang par 3. Les enfants et les malades furent embarqués dans des charrettes de paysans qui avaient été réquisitionnées par la gendarmerie. Les allemands et les ukrainiens, pendant la marche vers Mrozy tiraient sur tous ceux qui restaient sur le chemin. Les juifs abandonnaient les paquets sur la route ainsi que les pardessus afin de s'alléger au maximum. Sur la route menant à la gare des dizaines de morts étaient étendus, la tęte et le ventre défoncés.

Vers le soir, les personnes évacuées furent entassées dans les wagons (il y avait de 100 à 120 personnes par wagon). Le train démarra vers 7 heures. Une fois de plus, beaucoup tentèrent de s'échapper et sautèrent du train. Ils furent tués par les gardes allemands. Des dizaines de morts gisaient des deux côtés de la gare. Seuls quelques uns purent se sauver. Les frères Ephraïm et Velvl Shtchapovitch survécurent. Avraham Viejbe, Adam Kamienny et sa fiancée Pesie, et d'autres qui s'étaient cachés dès le début dans le bois, se rendirent plus tard au camp de Mińsk ou se cachèrent chez des polonais.

Quelques uns aussi trouvèrent un refuge temporaire dans le camp de Mrozy (jusqu'à sa liquidation en Mai 1943), et męme dans le ghetto de Varsovie.

Parmi ceux qui purent se sauver, il me faut mentionner un groupe (parmi eux Tukhhendler, Shlomo Piasetzki) qui avaient réussi à s'échapper du camp de Mińsk Mazowiecki dans l'école Copernic, pendant que l' « Aktsion » se déroulait à Kałuszyn.

Les survivants de Kałuszyn qui s'étaient sauvés dans le camp de Copernic moururent brulés un mois plus tard avec les 400 juifs du le camp le 10 janvier 1943 après avoir opposé une résistance, mais cernés par les flammes de tout côté.

Les Allemands organisaient souvent des rafles, avec l'aide des « Volkdeutsche » et des dénonciateurs polonais, contre les juifs qui se cachaient dans le bois ou chez des polonais. C'est ainsi que les allemands trouvèrent la famille Rotman à l'aide de chiens renifleurs. Ils ont d'abord trouvèrent d'abord Eliezer Rotman qu'ils tuèrent puis sa femme Yokheved et sa fille aînée Sime qui, ne pouvant se maitriser à la vue de l'assassinat d'Eliezer, étaient descendues de l'arbre où elles s'étaient cachées[9].

La liquidation du ghetto de Siedlce (fin novembre 1942) et de Kałuszyn (fin novembre 1942) produisit un terrible effet sur les survivants du ghetto de Varsovie et parmi les localités juives encore existantes du Gouvernement Général, car tous se demandaient si les ghettos allaient subsister où ętre entièrement liquidés. Siedlce et Kałuszyn faisaient partie de la catégorie de villes qui, selon le célèbre décret de novembre devaient conserver le statut de ghetto, et voilà qu'à présent on procédait à leur liquidation comme le docteur Emmanuel Ringelblum l'avait noté dans son journal. Pour Siedlce, le prétexte était que les juifs pratiquaient la contrebande et pour Kałuszyn parce que des conditions sanitaires déplorables y régnaient[10].

C'est ainsi que la destruction de la communauté de Kałuszyn devint totale. De cette localité autrefois florissante, seul un tout petit nombre de juifs restés dans leurs cachettes où qui s'étaient enfuis en Russie avait survécu. Les petits villages juifs de la région comme Kołbiel, Mrozy Siennica, Latowicz, Dobry Stanisławów et tous les autres avaient aussi été rayés de la carte. Ils furent détruits et réduits à néant comme les vies juives avec leurs synagogues, leurs maisons d'études et leurs oratoires hassidiques. Les bâtiments du Talmud Torah de Kałuszyn. Les bibliothèques, les unions professionnelles et les locaux du parti, les coopératives, les clubs sportifs réputés dans la région étaient partis en flammes. Męme les cimetières avaient été démolis et réduits à néant. Le cimetière de Kałuszyn fut entièrement rasé, sans barrière, sans pierre tombale et sans arbre.

L'extermination physique des juifs alla de pair avec la destruction de leur maison, à l' exception de celles utilisées par les aryens. Seules quelques maison juives restèrent debout, comme derniers témoins (la maison de Joseph Yavrovski, Hertske Kuperboym, Tsimerman, Moshé Kishelnitski, Menashé Baal-Agole, Kurapotve, Mendl Shpantser, Getzl Aharonson, le petit Shmuel Elie, Goldshteyn et Shenitzki ; le moulin de Rozhe aussi subsista[11].


NdT

  1. Aktsion : Campagnes meurtrières contre les Juifs afin de les déporter ou de les exécuter. Return
  2. Office d'administration de la voirie. Return
  3. Terme caractérisant les « Allemands ethniques ». Return
  4. Hakhnoses Kale : confrérie procurant une dot aux jeunes filles nécessiteuses. Return

  1. Kamienny, Kishelnitzki, Berman: ibid. A propos de la destruction de Mińsk A.Gamzu a écrit au présidium du JJS- Jewish Social Self-help (l'entraide sociale juive) le 7 Septembre 1942. Return
  2. Berman: ibid. C'est ainsi que la famille Kamienny a distribué ses effets personnels et d'autres objets à leurs voisins Polonais: Marta Mroczkówna et Henryk Peczak prirent les ustensiles et les biens et leur payèrent 1000 złotys au titre de la dette. Kamienny: ibid. Return
  3. Kishelnitzki, Shtchapovitch, Rayzman, Kamienny, Berman: ibid. cf aussi Yekhiel Granatovitch: Témoignage, Archives de Yad Vashem No.0-3/503. Return
  4. Berman, Rayzman, Kamienny: ibid.. Avrohom Goldberg: Shmuel Layzer Sadovski. Return
  5. Shlomo Kuperhand: Dans les bunkers et les bois. Return
  6. Granatovitch: ibid. Le récit du męme auteur publié dans le “Yiddishe Tsaytung” Tel-Aviv, 4 Janvier 1955. Return
  7. Kamienny, Berman, ibid. Leyb Rochman: ibid. ''In dayn blut zolstu lebn''. Pages 19-20 Return
  8. Kishelnitzki, Kamienny, Bernshtayn, ibid. Rochman: ibid. Page 83. Return
  9. Kamienny, Berman, Shtchapovitch: ibid.. Rochman: ibid. Page 281, 8. Egalement Ephraïm Shedletski: Le combat et la mort des 400 derniers juifs de Mińsk Mazowiecki, “Dos Naye Lebn” (la nouvelle vie) No.2, 1946. Return
  10. Ringelblum: ibid, pages 278-279. Return
  11. Kuperhand, Obfal: ibid. Return

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