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Lutte et destruction

 

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Martyrologie, Resistance et
Fin de la Communaute Juive de Kałuszyn

par le Dr. Yosef Kermish

Traduit par S. Staroswiecki

1. Vie des juifs sous le régime nazi. Le ghetto de Kałuszyn

A peine trois jours après que la guerre ait éclaté, un dimanche 3 septembre, le premier avion allemand fit son apparition. Il volait bas, effectuant une reconnaissance de la ville. Puis il a bombardé la gare de Mrozy, touchant une maison juive. Ensuite, les avions allemands surgissaient plus ou moins tous les jours, dès 5 heures du matin jusqu'au soir.

Dès les premiers jours de la guerre, les paysans cessèrent d'apporter leurs produits au marché. On ne pouvait plus se procurer de pain dans les magasins d'alimentation. Les premiers réfugiés de Varsovie ont commencé à faire leur apparition, eux qui s'enfuyaient vers leur ville natale dans l'espoir de pouvoir survivre plus facilement pendant la guerre. Mercredi 6, les camarades du comité central du Bund ainsi que des dirigeants d'autres partis en route pour Vilnius, sont arrivés en en ville. Ils nous annoncèrent que des milliers de personnes s'enfuyaient de Varsovie. Le lendemain, de nombreux autres réfugiés ont également         afflués à Kałuszyn. La chaussée était tout simplement submergée d'une marée humaine. Au sein de la foule en marche se trouvaient des gens qui avaient fui et revenaient, conséquence de la psychose de masse ayant saisi les gens fuyant dans une direction indéterminée.

Des milliers de personnes recouvertes de poussière, cassées et abattues arrivaient, s'allongeant à męme la pierre dans les rues tandis que les synagogues, les maisons d'étude ainsi que les maisons privées étaient déjà remplies de réfugiés juifs[1] .Pratiquement tous les foyers juifs hébergeaient des juifs sans toit, appliquant la règle du de l'hospitalité. Ils laissaient leurs lits aux étrangers, et allaient dormir sur le parquet. On terminait le peu qu'il y avait à manger et que l'on avait pu récupérer des champs. Les boulangers juifs avaient, avec l'accord du rabbin, travaillé toute la nuit du Shabbat (le 9 Septembre) afin de cuire du pain pour la masse affamée. Les boulangers étaient à court de farine.

Une longue queue s'était formée devant la seule boulangerie restée active, dans l'attente de pain. Bientôt les allemands se mirent à bombarder la ville (le dimanche 10 septembre vers midi). Une puissante bombe est tombée sur la rue Kościelna près de la pompe à eau, entre les maisons de Leyzer Gojalke et du père de Yossl Ovrontshik.

42 personnes sont mortes et de nombreuses autres ont été blessées. La maison de Gojalke s'est effondrée, n'épargnant pas sa famille (Leyzer Gojalke, sa femme Hanna, leurs filles Teme et Lola et leur enfant). Yehudit Frukht (Yides) et une de ses filles mariées faisaient partie des victimes ainsi qu'un enfant de trois ans, Yona Falifets, ses deux filles et un petit fils, et d'autres encore[2] .

De l'autre coté de la pompe à eau, sur le sentier qui menait des abattoirs à la maison d'Abraham Gordon, Itzhok Koyfman est tombé pendant ces bombardements.

Ce furent les premières victimes à Kałuszyn, auxquelles il faut ajouter les quatre hommes et trois femmes qui étaient arrivés le vendredi 8 de Mińsk-Mazowiecki ainsi que le journaliste et collaborateur du journal ''Moment'', le réfugié Shimon Horotshnik qui s'était suicidé le 9 au soir, soir de Shabbat[3].

En ville, des paysans des environs ont signalé que des parachutistes allemands et des espions étaient dans les parages. De jeunes juifs ont fait des patrouilles sous le commandement d'un soldat polonais à la recherche de ces espions.

On avait aussi organisé une protection civile pour venir en aide aux forces polonaises[4] .Il est à signaler que le jour où la guerre a éclaté (le 1er septembre 1939) on pouvait voir une foule innombrable de jeunes juifs, sac au dos, se pressant afin de rejoindre les rangs de l'armée.

Toute la population juive était venue prendre congé des personnes mobilisées, principalement la jeunesse ouvrière, qui était confiante.

On y allait en ayant conscience qu'il fallait aider à battre le fascisme et revenir victorieux au plus vite[5]

Lundi 11 septembre, à 13h 30, le premier avant-poste allemand a fait son apparition. Les premiers opérateurs de lances- flammes ont mis le feu à certains endroits de la ville et bientôt, toute la ville s'est retrouvée cernée par les flammes. Les gens abandonnaient leur maison en toute hâte, sans pręter attention aux fusillades qui redoublaient (les bombes incendiaires tombaient comme de la gręle). Les personnes âgées et les malades, qui ne pouvaient quitter leur appartement brûlaient vif.

Les cris humains se męlaient aux coups de canon, semblables au roulement du tonnerre et de l'effondrement des maisons.

Tandis que les flammes faisaient rage, les personnes brûlées (qui avaient perdu leur maison dans le feu, traversaient en courant, comme si on le leur avait ordonné, la rue de reb Naftali vers les grands champs marécageux pour y trouver protection. En passant près de l'abattoir et en traversant la rivière, les fuyards étaient abattus. Dans la ville męme, beaucoup de personnes perdaient la vie en tentant de sauver leurs objets personnels, principalement ce qui leur était indispensable, des vętements et de la literie. Il en résulta que les rues furent jonchées de morts.

Les personnes dont les maisons avaient brûlé qui se trouvaient dans les marais assistaient, à l'endroit męme où elles se trouvaient  au déploiement de canons dans toute la largeur de la nouvelle ville par l'artillerie polonaise. Les tirs de canon ont commencé à ce moment précis. La conséquence fut que de nombreuses personnes retournèrent en ville. Les personnes sans toit se sont réunies dans les cours de Royzman et de Berl Itshe Fuks ainsi que dans le moulin de David Rojé dans la synagogue et dans d'autres maisons avoisinantes.

Les Allemands, qui avaient pénétré en ville en empruntant différentes voies (principalement la route de Węgrów) avaient consolidé leurs positions en divers points de la ville, près de l'usine de Berman, vers la rivière ainsi que dans le cimetière chrétien où la palissade cimentée des tombes leur servait de protection, ce qui leur permettait de contrôler la route qui menait de Siedlce à Varsovie. À travers les champs de Mikhelson, ils pénétrèrent à Patok (à un kilomètre de la ville), occupant la route qui menait à la gare de Mrozy.

De tous les points d'entrée où ils étaient arrivés, ils se jetaient sur les habitants de Kałuszyn qui s'étaient cachés, et commençaient de suite leur śuvre bestiale de mort et de destruction. Les allemands ont également réuni des groupes de juifs et les ont amenés près de leur position afin de s'en servir aux barricades et comme otages.

Tard dans la soirée, les avant-postes allemands sont arrivés dans les champs marécageux et ont commencé à fouiller les personnes qui étaient rassemblées et à les regrouper dans divers points, séparant les hommes des femmes.

Tous les hommes furent rassemblés hors de la ville, dans le champ, qui était éclairé par les fusées allemandes. Un témoin oculaire a estimé à 3000 hommes les personnes rassemblées, principalement des juifs de Kałuszyn ainsi que des réfugiés. Un groupe de juifs, rabbin en tęte fut forcé de répéter plusieurs fois : ''Heil Hitler, que vive l'Allemagne !''. Ces appels étaient criés dans les appareils radio allemands qui retransmettaient à Wrocław une interview de la soi- disant foule enthousiaste. Sous peine de mort, les personnes rassemblées durent céder aux allemands tous leurs objets en or et en argent qu'ils portaient sur eux comme : des montres, des bracelets, des bagues etc…

Pendant ce temps, tard dans la nuit, un détachement militaire polonais avait percé les lignes allemandes et commença alors une guerre de position qui dura jusqu'au matin. Ainsi, comme un témoin digne de foi l'a rapporté, le légionnaire de Kałuszyn Kraouze et le caporal Mathis Laufer ont rassemblé les soldats qui s'étaient séparés de leur unité combattante ainsi que de jeunes civils sortis des rangs des réfugiés. Ils se sont organisés en unités combattantes et, en se battant à la baïonnette, ont réussi à chasser les Allemands de la ville. Beaucoup de victimes périrent dans cet assaut. Pendant les combats, beaucoup de personnes des camps de rassemblement furent blessés.

Après le retrait des allemands, la population civile retourna en ville.

Les Allemands, forcés de se retirer dans la nuit avec de lourdes pertes revinrent le lendemain matin avec des renforts (tanks et véhicules blindés) et prirent la ville. En signe de vengeance contre la résistance et les lourdes pertes qu'ils avaient subies (plus de 400 soldats étaient tombés vers la montagne, à 3 km de la ville et avaient été enterrés sur la route qui menait à Węgrów), ils ouvrirent le feu sur les juifs, qui étaient rassemblés au marché et le résultat fut qu'il y eut des morts et des blessés. Les forces d'invasion mirent le feu à la ville (seules quelques maisons sont restèrent debout) et Khaya Sadowki, Sara Loshitski, une des filles de Reuven Mikhelzon et d'autres furent emportés par les flammes.

L'ordre fut donné de réunir tous les juifs (les blessés également) à l'église.

La population civile fut chassée de la rue. Celui qui ne pouvait pas courir assez vite était abattu. Tous les juifs furent rassemblés au centre du marché, formant un cercle autour de 2 grands chars. Il fallait se tenir droit, ne pas bouger, ne pas parler. Celui qui n'obéissait pas aux ordres était abattu sur le champ.

Ce fut le cas de Yehezkel Perkal, qui, voulant dire quelque chose, reçut une balle dans le ventre, avant męme d'ouvrir la bouche, et resta étendu sur place.

A la tombée de la nuit, les gens furent amenés dans la rue de Varsovie en direction de l'église. Les Allemands se tenaient des deux côtés de la rue de Varsovie avec des bâtons, des pistolets et des fusils et les coups pleuvaient de droite et de gauche. Ils tiraient aussi dans la foule. Parmi d'autres fut abattu également le hassid Moshé Kutshkovski avec son fils unique, le petit prodige de 14 ans ainsi que Sarah Yedvab Kramarsh. Il était interdit de s'approcher de ceux qui étaient tombés. Le forgeron Yehudah Yosefzon a été immédiatement abattu parce qu'il n'avait pu s'empęcher de pleurer son fils qu'on venait d'abattre. Il en alla de męme pour Mendel Blat alors qu'il se penchait pour prier la Mehila[a] en faveur des 3 morts : Avraham Gordon et ses deux fils Haïm et Motl.

Jusqu'à minuit, Les gens restèrent debout, en rangées, dans la rue qui menait de l'église à la mairie entre les maisons en feu des deux rues. Après minuit, toutes les personnes rassemblées furent amenées à l'église où un nouvel enfer commença et de nouvelles victimes tombèrent. Afin de faire rentrer les juifs à l'église, on les aligna tous, rangée après rangée, le visage face au mur. Au dessus des tętes des masses frigorifiées crépitait à chaque fois une rafale. Ils étaient tous persuadés que le rang précédent était tombé et que leur propre destin serait bientôt scellé. C'est ainsi qu'on les maintint pendant des heures jusqu'à ce qu'on les entasse comme un troupeau de bétail dans l'église. Ensuite, les juifs ont vu du feu et de la fumée encercler le bâtiment de l'église. Les allemands avaient délibérément mis le feu à une maison près de l'église afin de semer l'effroi parmi les juifs emprisonnés. Ils se sont déchaînés ainsi un jour et une nuit sur ceux qui étaient enfermés dans l'église. Un groupe de juifs (parmi eux David Grinfeld) qui avait au début tenté de se cacher dans la cave d'un boulanger polonais Krzywobłocki et arrivés en retard à l'église fut immédiatement abattu.

Dans l'église, il n'y avait męme pas de place pour se tenir debout. Le vieux rabbin reb Naftali faisait partie des captifs, ainsi que son fils et le bedeau. Le rabbin eut la responsabilité de représenter la communauté.

Au début, les Allemands n'avaient pas autorisé les gens à boire ne serait- ce qu'une goutte d'eau. Les prisonniers s'affaiblissaient et commençaient à s'évanouir. Le lendemain quelques personnes furent sélectionnées pour apporter de l'eau du puits près de l'hôtel de ville (du fait qu'il manquait de l'eau au puits, on en puisait une eau boueuse).

Les gens furent consignés dans l'église pendant 3 jours et 3 nuits sans manger (les allemands n'ayant autorisé aucune nourriture) sans lumière et presque sans eau. Les personnes gravement blessées se tenaient près des murs, presque toutes sans chemise car elles servaient aux pansements.

4 personnes sérieusement blessées périrent dans les conditions inhumaines qui régnaient à l'église. Les allemands ne donnèrent pas l'autorisation d'évacuer les victimes.

Au quatrième jour de confinement dans l'église, à midi, les portes de l'entrée principale furent fermées. On n'autorisa męme pas à donner une gorgée d'eau aux personnes enfermées. La nouvelle se répandit comme l'éclair parmi les prisonniers, que les Allemands avaient dans l'idée de faire exploser l'église. Les juifs se sont réunis en groupe et ont commencé à réciter la prière des morts, mais par chance les allemands ne mirent pas leur menace à exécution et les personnes emprisonnées furent libérées (le deuxième jour de Rosh Hashana)[6] .

Les destructions étaient grandes. Les ruines étaient encore fumantes et tout avait été détruit jusqu'aux fondations. Il ne restait plus un toit dans toute la ville qui avait brûlé à 90-95%.

Une foule de gens restait assis à ciel ouvert. On allait dans les champs pour ramener quelque chose à manger. (Des pommes de terre, des betteraves) on disposait des briques dans la rue et on cuisait dans des ustensiles brûlés qu'on avait extirpé des ruines[7].

Il est difficile d'estimer le nombre de victimes de ces jours de guerre et des premiers jours de l'invasion allemande. Des chiffres précis étaient difficiles à donner après ces évènements du fait que les gens avaient fui de la ville en masse. Selon une première estimation il y eut, pendant les événements de la guerre elle-męme, à partir du 11 septembre au soir de la première incursion des allemands dans la ville jusqu'au 12 au matin, lors de la prise finale de la ville, environ 800 à 1000 victimes juives civiles mortes et brûlées[8].

Pendant ces 3 jours, les Allemands n'ont pas donné l'autorisation d'enterrer les morts gisant dans la rue. Par conséquent la détresse était grande pour les survivants dont les proches n'avaient pu ętre portés en terre. Mais chaque tentative de sortir dans la rue, de se montrer, était synonyme de danger et de mort. Malgré ces conditions, le Hassid Mendl Blat, qui collectait de l'argent chaque année pour le Talmud Torah, avait décidé de ne pas permettre que les morts soient humiliés. Il fut le premier à se sacrifier pour que les morts puissent ętre enterrés. Il est passé au travers des ruines, entre les morts, comme le prophète Jérémie, les larmes coulant sur son visage. Il a porté les enfants morts comme les rouleaux de la Torah, emmitouflés dans son manteau. D'autres juifs sont venus l'assister dans sa tâche. Avec Reb Mendl, ils ont pratiqué avec dévouement et sans relâche son śuvre sainte avec le boucher Gershon Varsha jusqu'à ce qu'un nazi abatte les deux juifs en train de porter les martyrs au cimetière, enterrés les Juifs de Kałuszyn depuis des générations[9].

Après avoir libéré les juifs de l'église, les autorités ont ordonné de dégager les rues des centaines de victimes sans égard pour Rosh Hashana.

Les Juifs, qui venaient de sortir de leur affreuse captivité dans l'église ont entrepris immédiatement de transférer les morts se trouvant dans les rues et de dessous les ruines au cimetière et de les enterrer. On chargea des charrettes entières de morts. Un homme était attelée à la charrette et poussait avec d'autres le véhicule jusqu' au cimetière polonais. Nous avons enterré ceux que nous aimions à proximité de la palissade du cimetière, près de la route[10] .

Les juifs avaient aussi été réquisitionnés pour enterrer tous les morts (des soldats polonais et des civils) et des cadavres de chevaux, qui gisaient dans les champs environnants. Sur l'ordre des allemands les humains et les cadavres d'animaux furent enterrés dans des fosses communes[11].

A présent, les juifs se concentraient sur les quelques maisons qui avaient résisté dans la rue de Varsovie (aux abords de la ville) ainsi que de la maison d'études. La maison de Yehuda Arie Slomki faisait partie des quelques maisons qui n'avaient pas été détruites (qui hébergeait le club bundiste et la bibliothèque Medem avant la guerre), là ou toutes les pièces étaient pleines à craquer de gens (15-20personnes par pièce). La cour de Shlomo Royzman était aussi pleine de gens. Dans une des pièces de Berl Itshe Fuks se trouvait le rabbin de Kałuszyn reb Naftali, abattu et brisé de peine et de douleur, la barbe et les mèches de leurs cheveux en lambeaux. De nombreux juifs éprouvaient les męmes sentiments. La synagogue qui – comme le croyait de nombreux Kałuszyner - avait été épargnée afin de rappeler qu'une communauté active avait vécu à cet emplacement peu de temps auparavant[12].

Plus terrible encore était la situation des dizaines de blessés allongés sur de la paille de l'hôpital provisoire qui avait été installé près de l'église. Parmi eux se trouvait l'écrivain Mordehaï Grodshitsky, blessé à la jambe (tous ses écrits avaient brûlés) qui était apprécié de Weissenberg et le petit fils âgé de 10 ans de Dina Hersh Heims dont la main avait été arrachée par un éclat, au moment ou il fuyait les flammes (Son jeune frère fut tué par ces éclats)[13].

Immédiatement après, les persécutions ont commencé et avant tout les réquisitions pour effectuer de pénibles tâches. Comme par un exemple, un certain jour, un groupe de 13 juifs fut réquisitionné (parmi eux se trouvait Moshé, Noah, Shlomo et Hersh Shtutman, Yenkl Gojalke, Motele Lifshits) qui durent, sous peine de mort, sortir d'un fossé un camion de marchandises de 10 tonnes.

Le départ soudain des Allemands suscita de grands espoirs. A la faveur de l'approche des Russes, des rumeurs avaient circulé disant qu'ils occuperaient les zones jusqu'à la Vistule. Cependant, la nouvelle que les russes s'étaient retirés de Siedlce et que la ligne de démarcation serait le fleuve Bug et non la Vistule provoqua la consternation. Et huit jours après, les allemands revinrent.

Tant que la ville avait été libre d'Allemands, l'ordre était assuré par une milice citoyenne composée de fonctionnaires municipaux[14]. Durant ces journées, on avait pu soulager la faim grâce aux provisions que les Juifs avaient volé du train polonais plombé qui était resté coincé en gare de Mrozy et était plein à craquer de nourriture et de vętements. Les Allemands avaient ouvert par la force les wagons et en vendaient les marchandises. Bientôt, près de la cour de la synagogue, à la station essence d'Ephraïm Shtutman se mis en place une sorte de marché de ces męmes produits et marchandises[15].

Dès leur retour, les Allemands reprirent les persécutions. Ils coupaient les barbes, frappaient avec sauvagerie et réquisitionnaient des gens pour le travail forcé. C'est de cette façon que Yehuda Obfal fut blessé, alors qu'il se tenait dans la queue pour acheter du pain à la boulangerie de Tokarski. Les Polonais antisémites de la ville écumaient avec les Allemands les maisons juives qui tenaient encore et les pillaient. Dans certains endroits, ils déchiquetaient les couvertures et balançaient les plumes dans la rue. Ces excès paralysaient toute la vie juive. Dans ces conditions, une foule de gens finit par s'enfuir de cet enfer en direction de l'Armée Rouge. Passant par des chemins détournés, les gens se sont dirigés par groupe vers Drohiczyn où on pouvait, pour un peu d'argent, passer en bateau de l'autre côté de la frontière, vers l'Armée Rouge. La route était pleine de réfugiés juifs. Tous allaient dans la męme direction. Malheureusement les Polonais qu'ils trouvaient sur la route avaient entrepris de détrousser les fuyards. Des dizaines de réfugiés de Kałuszyn purent trouver un abri à Siemiatycze chez Shlomo Kuperhand, un natif de Kałuszyn (Siemiatycze Podlaski était devenue une ville frontière et les réfugiés essayaient de rejoindre le côté russe). Certains s'enfuirent ailleurs (Bialystok, Volkovisk etc..)[16]

Ceux qui avaient pu s'échapper de Kałuszyn, allaient aussi en direction d'autres villes et villages comme Mrozy, Mińsk Mazowiecki, Kosów Podlaski, Węgrów, Mordy, Dobry, Rembertów ainsi que d'autres villages.

L'exode des juifs de Kałuszyn s'est poursuivi jusqu'à l'été 1940. A partir de juillet 1940, une partie des exilés juifs sont retournés, principalement en raison de l'interdiction d'habiter dans les villes environnantes, telles que Mińsk Mazowiecki et d'autres .C'est ainsi que fin 1940, la population juive de Kałuszyn s'est montée à 4000 personnes (Avant Septembre 1939, la population juive comptait 7000 personnes). Selon les sources officielles juives qui, pour des raisons compréhensibles tendaient à sous-évaluer le nombre de Juifs, on recensait 3490 juifs en Juin –Juillet 1941, parmi lesquels 324 réfugiés, et 4090[17] en Avril 1942. Pendant la période précédent les actions d'extermination, la population du ghetto s'est considérablement agrandie avec le flot de réfugiés de Mińsk  ainsi que ceux expulsés des villages environnants.

En Novembre 1939, le maire de Kałuszyn, Pływaczewski reçut l'ordre des Allemands de former un Judenrat[b] dans lequel seraient nommés les anciens membres du conseil communautaire ainsi que les anciens membres de la Kehilah[c] : Reuven Mikelhzon Avrom Gamzu, Yudl Pienknaviesh, Moshé Berman, Moshé Kishelnitski, Alter Moshé Nojik, Yenkl Goldvaser, Leyzer Bornshteyn, Hershl Feldman, Motl Aharonson, Shmuel Leyzer Sadovski, Dovid Batalin.

Le dentiste Gamzu fut élu à la tęte du Judenrat, le célèbre entrepreneur sioniste et fondateur de l'école et de la bibliothèque hébraïque, ancien conseiller municipal et édile de la ville. Toute la communauté avait beaucoup de respect à l'égard de Gamzu, parce qu'il s'acquittait de sa position terrible et impopulaire avec beaucoup de dignité. Juif fier, il ne trahit jamais les intéręts juifs.

Une police juive fut aussi instituée (service d'ordre) sous la direction d'un certain Dembrovitch, un réfugié de Łódź. La police juive qui était responsable du maintien de l'ordre dans le ghetto avait été soi -disant créée pour le bien de la communauté juive, en réalité, elle était forcée d'accomplir tous les règlements draconiens des allemands.

L'unité sanitaire juive devait préserver la propreté et administrer l'hôpital juif.

Immédiatement après la nomination du conseil juif, les Allemands ont publié une série de règlements discriminatoires anti -juifs. En plus des tracasseries et de l'arbitraire des autorités locales, le conseil juif devait aussi supporter les Allemands qui venaient de temps en temps en ville avec des exigences particulières. Des gendarmes allemands venaient pour voler -pour leurs besoins personnels- des meubles, de la literie, des vętements. Quand éclata l'épidémie de typhus, les gendarmes déménagèrent à Mrozy. Les Juifs de Kałuszyn durent en supporter tous les coûts afférents au transfert, fournir toutes les commodités et maintenir le commissariat de police allemand dans cette localité.

Dans d'autres bureaux allemands, les juifs furent forcés de leur mettre à disposition toutes les installations et les meubles.

En décembre 1939, fut décrétée l'obligation de porter des bandeaux blancs autour du bras ainsi que des étoiles de David bleues. Si on ne portait pas de bandeau, on s'exposait à de sévères punitions. Il fut également interdit aux juifs de voyager en train et il y eu d'autres décrets également.

Durant l'hiver 39/40, la police polonaise locale reçut l'ordre de procéder à l'arrestation de 10 juifs aisés et les abattre au cas où ils ne leur verseraient pas une rançon de 10 000 złotys. N'ayant pas le choix, Le conseil juif dut payer la somme exigée afin de sauver les juifs arrętés.

A l'arrivée des premiers froids, et l'hiver 1939-1940 était particulièrement froid, arrivèrent à Kałuszyn plus de 1000 juifs expulsés de Pabianice et de Kalisz, des pauvres, gelés dont beaucoup de malades et de petits enfants. La situation du logement, qui était déjà sérieuse auparavant empira encore. On se pressait, s'entassait comme on pouvait. On constitua un camp pour une partie des personnes sans toit, dans ce qui restait des bâtiments de l'usine de Royzman, les autres trouvèrent abri dans les villages voisins.

A la fin de l'été 1940, Kałuszyn acquis le statut de ghetto, une «  zone d'habitation juive », à la délimitation bien définie, autour duquel des panneaux d'avertissements furent apposés. Dans les premiers temps après la constitution du ghetto, les juifs étaient autorisés à se déplacer hors de ses limites. Mais cela ne dura pas longtemps et la fermeture du ghetto eut de très graves conséquences pour la population juive qui vivait en majorité de troc avec le village.

Petit à petit, les conditions de vie s'aggravèrent. Le niveau de vie ne cessait de baisser et les Juifs de Kałuszyn souffraient encore plus sous le joug des terribles décrets et des restrictions.

En plus des gendarmes de la ville et des environs, les Juifs de Kałuszyn souffraient beaucoup de la Gestapo de Varsovie qui se rendait chaque semaine à Kałuszyn. Tous leurs ordres et règlements devaient ętre exécutés. Dans le cas contraire, ils prenaient des otages et menaçaient de les exécuter. C'est de cette façon que furent arręté Reuven Cohen et ses deux filles ainsi que Haïm Milgrom. Tous les efforts du conseil juif pour libérer les détenus se soldaient par un échec. Les personnes arrętées étaient fusillées dans un petit bois entre Kałuszyn et Węgrów. Sans pręter attention à l'interdiction de les enterrer à Kałuszyn, le conseil juif les ramenait afin de les enterrer au cimetière[18] .

Conséquence de ces dures conditions d'habitation, (Les juifs vivaient à la synagogue, au Talmud Torah, dans les locaux des bains rituels, dans la cour de Royzman, dans la tannerie etc..) dans une promiscuité grandissante (des réfugiés d'autres localités ne cessaient d'arriver), la situation sanitaire au ghetto devint insupportable. Dans ces conditions, le typhus commença à se propager à partir de l'hiver 39/40. Cette situation dura deux ans. Beaucoup de gens mouraient de cette épidémie à l'hôpital de Rudki ainsi qu'à l'hôpital qu'avait ouvert le conseil juif (contre beaucoup d'argent qu'il avait réuni à cet effet). Pendant l'hiver 1941/42, la mortalité atteint 40-45 personnes par mois sur une population totale de 4000 personnes à cette époque[19] .

Les travailleurs forcés, hommes et femmes souffraient beaucoup ainsi que les personnes faibles qui étaient réquisitionnées pour diverses tâches telles que creuser des canalisations, couper du bois. Souvent, les personnes mouraient à la tâche, battues par les gardiens, des Allemands ou des Polonais. Celui qui ne pouvait pas travailler vite ou montrait une quelconque fatigue était attrapé, fusillé dans le bois ou jeté dans la rivière. Dans le camp de travail du camp de Lonsk se trouvaient beaucoup de juifs de Kałuszyn. A Pessah 1940, on ramena quotidiennement des dizaines de morts.

Les Juifs de Kałuszyn travaillaient également dans les camps de travail de Mrozy et entre Mrozy et Jelekhov. Le camp, situé entre Mrozy et Jelekhov était réputé pour sa barbarie. Dans ce camp, tuer un juif était tout à fait banal. C'est ainsi qu'un jour, un allemand a abattu deux juifs (l'un des deux étant Moshé Geler)[20] .

A Pâques 1940, les allemands ont exigé du conseil juif qu'il mette 150 jeunes juifs à leur disposition afin d'accomplir des travaux forcés. Grâce à l'intervention du conseil juif (Kishelnitski) leur nombre descendit à 38, emmenés faire de durs travaux à Biała Podlaska Dans ce camp, les Juifs étaient affectés à de dures tâches d'assainissement : creuser des fossés, assécher des marais ainsi que réguler le cours des rivières. Les conditions cruelles de ce travail et les persécutions de Biała Podlaska effrayaient  la population juive de Kałuszyn et le conseil juif faisait tout son possible pour retirer les 38 jeunes gens de ces camps. Après de longs et durs efforts, ils obtinrent des résultats. Mais parmi ceux revenus, nombreux revinrent malades et exténués.

Durant l'été 40, les réquisitions pour le travail se durcirent. On payait 5 złotys pour une journée de travail, ce qui permettait de se procurer 500g de pain.

Au début de 1941, en conjonction avec les préparations fébriles d'invasion de l'Union Soviétique, des civils allemands (portant chapeaux verts à plumes) de la tristement célèbre société, « Wolff et Goebbels » ont fait leur apparition. Leur mission était de reconstruire la ligne Varsovie -Brisk (Brest-Litovsk) avec tous les ponts .Tous les hommes juifs ainsi que des personnes âgées de 70 ans furent forcés de se mettre au travail. Tous les juifs qui s'étaient cachés et qu'on avait trouvés étaient frappés sauvagement. Il faut rappeler les lourdes tâches effectuées par 600 juifs de Kałuszyn jeunes et vieux y compris les membres du conseil juif qui étaient attrapés par les Allemands à Mińsk Mazowiecki et jusqu'à 11km de la ville afin de dégager la neige de la chaussée, sur la route de Mińsk à Dobry. En effectuant ce travail, les juifs étaient constamment battus. C'est à cette époque que fut abattu Haïm Neeman, que les allemands avaient trouvé hors de la ville.

Au męme moment, la rumeur se répandit que l'on faisait des préparatifs pour envoyer les Kałuszyner au ghetto de Varsovie. En fait, le conseil juif avait reçu l'ordre de reconstruire les installations du bain rituel. Cette prescription allait de pair sans le moindre doute avec les efforts du docteur local Bashtshik qui, s'était plaint à plusieurs occasions aux autorités du conseil juif des conditions sanitaires déplorables du ghetto.

Les rumeurs de transfert ont semé la consternation parmi les juifs. Car on avait réalisé qu'un transfert au ghetto de Varsovie signifierait le début de la fin. Les juifs de Kałuszyn savaient bien ce qu'il était arrivé aux juifs des villages environnants à l'ouest de Varsovie. Ils avaient été expulsés au ghetto de Varsovie. Ils étaient tous morts de faim et d'épidémie les uns après les autres.

Dès que les travaux de réaménagement du bain furent terminés, les rumeurs concernant le transfert devinrent réalité. Une unité sanitaire arriva et mis à exécution les ''décrets d'assainissement ''. Dans le bâtiment vide de la synagogue près de l'église, on procéda à ''la quarantaine'' (centre d'isolation). A n'importe quel moment, un bâtiment entier était cerné et on envoyait tout le monde au bain pour procéder à ''la désinfection des poux''.

Cette Aktsion (février 1941), que les Allemands avaient justifié comme un moyen de lutter contre le typhus fut dirigée par le docteur allemand Kaman, par le Volksdeutsch[d] Neuman, ainsi que par l'antisémite polonais Z. Yaniak. Selon le récit narré par le témoin oculaire Melekh Kishelnitski, les policiers et infirmiers juifs ont pris part à cette rafle afin qu'elle ne passe pas aux mains de la police polonaise, qui attendait cette occasion pour l'exploiter à des fins de terreur et de vol. Il nous faut constater avec regret que ceux qui n'avaient pas les moyens ou ne voulaient pas payer le montant exigé (la rançon), étaient désignés à la fois par le conseil juif, les autorités sanitaires juives et le service d'ordre et étaient raflées dans la rue et dans leurs maisons, puis mis en ''quarantaine'' pendant deux semaines. Męme les enfants aux pieds nus et sans habits étaient arrachés les jours de grand froid à leurs foyers et mis en quarantaine.

L'inauguration de la quarantaine se produisait selon le cérémonial défini par la puissance occupante allemande. On faisait venir des hommes et des femmes aisés qui devaient se dévętir entièrement et se gratter pendant qu'on les photographiait.

Pendant la désinfection męme, on torturait les gens physiquement et moralement. On coupait les cheveux des femmes, on rasait la barbe des vieux juifs religieux. Le peu de biens que les personnes prenaient avec elles à la hâte, lorsqu'on les expulsait de leurs foyers était brûlé lors de la désinfection. Après avoir monté toutes les marches de l'enfer, les personnes désinfectées étaient emmenées dans le bâtiment de la synagogue, où des centaines de gens étaient détenus depuis deux semaines et plus. On ne pouvait faire rentrer que de la nourriture et nul n'était autorisé à sortir. La femme de David Pshene, mère de six petits enfants, qui souffrait de terribles maux de ventre et avait demandé une aide médicale fut abattue sur le champ.

Dans ces conditions, les juifs qui étaient encore 'libres' ont commencé à quitter la ville pendant la nuit tant qu'ils pouvaient dans les bourgades avoisinantes et les villages.

Ces męmes jours, les juifs de Mińsk Mazowiecki accueillaient le rabbin de Kałuszyn et le chef de la yeshiva reb Tsvi Dantsiger et sa famille. Peu de temps après, le reb Naftali mourut. Reb Dantsiger mourut au cours de la rafle à Kałuszyn.

En conséquence de l'action contre le typhus, on scinda 1000 personnes en deux groupes qu'on expulsa à Varsovie .Le premier groupe comprenait 500 personnes, le second deux semaines plus tard : 450 personnes. La majorité des personnes transférées moururent dans le ghetto de Varsovie de faim et de diverses épidémies. Seule une petite partie des expulsés réussit par diverses façons à se faufiler pour revenir[21] .

Les juifs ayant fui le ghetto de Varsovie se sont d'abord cachés dans la région de Kałuszyn. Les Allemands ont ensuite placardé des affiches disant que les juifs de Kałuszyn avaient le droit de retourner dans leurs foyers.

Mais immédiatement après, le quartier juif de Kałuszyn fut clôturé et commença alors le temps du ghetto fermé. Le ghetto était matériellement tombé en ruines après leur déportation[22].

Presque tous les juifs, aussi bien femmes qu'enfants ont pris part au processus du travail. Le conseil juif avait reçu l'ordre de mettre à la disposition des allemands des centaines d'hommes au travail.

A cette époque, des soldats de Janów près de Minsk sont arrivés à Kałuszyn et on a commencé à démonter les maisons juives qui avaient été dévastées au début de la guerre. Les briques des ruines étaient utilisées pour l'aérodrome que les juifs construisaient à Janów. C'est dans ce but que furent également démantelées les structures des murs brûlés des deux maisons de culte. Le 5 mai 1941, on fit exploser le bâtiment de la synagogue vers 4h de L'après midi. A cet effet, on employa des personnes âgées juives et des femmes ainsi que des enfants de 10 ans[23]. '' Toute la ville avait été transformée en usine géante ou tous les juifs étaient attelés à la tâche de démolir des montagnes de pierres. On ne pouvait plus distinguer ni ciel ni terre mais que des pierres et une masse de juifs martyrisés''. Le travail était en majorité effectué sur les trottoirs, les ponts et d'autres travaux de construction. Les juifs survivants mettaient du cśur à l'ouvrage afin d'éviter leur anéantissement.

Quand la guerre germano- soviétique a éclaté (22 juin 1941), un rayon d'espoir a filtré dans l'obscurité juive. Mais au lieu de recevoir rapidement de l'aide et le salut, vinrent des déceptions encore plus grandes. Après les premières victoires de la puissante machine de guerre allemande, un sentiment d'apathie a dominé la perte de tout espoir parmi les juifs de Kałuszyn.

Le 7 Novembre 1941, 300 jeunes filles ont été réquisitionnées pour travailler à Zaleshtshik ainsi que des dizaines d'hommes dont on ne reçut plus aucun signe de vie.

Hiver 1942, on reçut l'ordre de se débarrasser, sous peine d'ętre abattu, de tous les objets en fourrures en l'espace de quelques jours. A la fin de l'hiver, des rumeurs, relatives à l'extermination physique de la population juive (À l'aide de gaz) dans les régions polonaises annexées au 3ème Reich. se propagèrent

De mauvaises nouvelles commençaient à arriver des villages juifs du Gouvernement Général lui-męme, où les SS avaient abattu un certain nombre de juifs selon des listes préparées auparavant. Les nouvelles relatives à la rafle de Lublin (Mars 1942) faisaient régner une pesante atmosphère.

D'ailleurs, on était au courant de la déportation, mais on ne savait pas où les personnes de Lublin étaient emmenées. A Kałuszyn, on avait eu vent également des évènements sanglants de la nuit du 17 -18 avril 1942 dans le ghetto de Varsovie où, parmi le grand nombre de juifs abattus figurait le militant Bundiste de Kałuszyn Moshé Goldberg et sa femme Rakhtshe Lis, également de Kałuszyn. Les SS étaient également venus à Kałuszyn et avaient emmené Reuven Kohen (katshke) à la sortie de la ville avec ses deux filles ainsi que Haïm Milgrom et les avaient tués tous les quatre.

En ai 1942, des rumeurs insistantes se sont répandirent disant que tous les juifs seraient emmenés dans les territoires russes pour accomplir divers travaux.

Pendant ce temps, on travaillait à plein régime à l'usine de pierre et on ramassait les pierres de tous côtés. Męme les morts n'avaient pas été laissés tranquilles. On avait démonté la palissade de pierre du vieux cimetière. Les pierres tombales aussi. Le champ vide fut ensemencé de patates. Il en alla de męme pour le vieux cimetière juif dont toutes les stèles en pierres furent retirées[24].

Par le Dr. Yosef Kermish


NdT

  1. Prière demandant le pardon Return
  2. Judenrat : Les Judenräte (ou Judenrats,conseil juif en allemand), étaient des corps administratifs formés dans les ghettos juifs, sous l'ordre des autorités nazies. Source Wikipedia Return
  3. Kehilah: Communauté juive organisée Return
  4. Volksdeutsche (littéralement « allemand par le peuple ») est un terme allemand, forgé au début du XXe siècle et ultérieurement investi de connotations idéologiques, qui renvoie à des populations vivant hors des États à population majoritairement allemande dont elles n'ont pas la nationalité, mais qui se définissent (ou sont définies) ethniquement ou culturellement comme allemandes. Source Wikipédia Return

  1. Haïm Rayzman: “Der Onhoyb fun Khurbn” (Le début de la destruction), Archives de Yad Vashem, Collection de recueils de témoignages N° : 0-3/506; Yaakov Gojalke: “Azoy hot es zikh Ongehoybn” (comment tout a commencé). Return
  2. On a extrait vivant un petit garçon, Haïm Dovid et sa petite soeur des ruines de la maison de Gojalke Gojalke: ibid; Comp.: Chroniques de Kałuszyn des premiers jours de guerre, Archives Ringelblum N° : 823, 1142. Return
  3. Horontchik se suicida parce qu'il n'avait pas retrouvé son fils. – Les victimes furent enterrées le dimanche 10 septembre. Moshé Zoyerer: L'horreur à Kałuszyn, “Notes d'un Réfugié” – “Nayvelt”, Tel-Aviv, 9 Mai 1940. Comp: Yaakov Kener: “Kvershnit” Return
  4. Rayzman: ibid. Return
  5. Rayzman: ibid. Return
  6. Chroniques de Kałuszyn : ibid. Comp. Dovid Felner: (Ben Avraham), “La résistance à l'invasion des Allemands ”, Moshé Kurtzboym,'' Di likht dermonen'' (se rappeler la lumière) et aussi Rayzman, Gojalke, ibid.Aryeh Lavan (Dr A.Boyminger), '' Par conséquent la guerre'' (en polonais), un chapitre de souvenirs. Archives de Yad Vashem. Editeur : Egalement recueil de témoignages D'Alter Zaydman, Archives de Yad Vashem, collection Perlman et le ''Sefer Hazevaot »(le livre des horreurs), tome 1. sous la rédaction de Benjamin Mintz et du Dr. Israel Kloyzner. Jérusalem Comité de sauvetage auprès de l'Agence Juive 31''10, 1952, 102-01. Return
  7. Felner: ibid; Chroniques de Kałuszyn : ibid; David Felner: “La Communauté de Kałuszyn à Białystok”, le Judenrat de Kałuszyn au Présidium de l'entraide sociale juive (daté du) 20 Janvier 1941. Return
  8. Chroniques de Kałuszyn: ibid. Comp. Kurtsboym: ibid. Yehuda Obfal (5 jours de destruction de Kałuszyn) mentionne 800 victimes. – D'après une des premières estimations, 175 familles ne souffrirent pas des conséquences de l'incendie de la ville. Yekhiel Granatovitch (“Résistance et martyr”) évalue le nombre de morts à “ presque un quart des résidents”. M. Zoyerer: (ibid.) évalue le nombre de morts à 530, presque tous juifs. Return
  9. Granatovitch: ibid. Comp. Chroniques de Kałuszyn: ibid. Aussi Zeydman: ibid. Return
  10. Gojalke: ibid. Le groupe comprenant David Felner, Avrohom Yankev Gelbard (le fils de Yekhiel Gelbard) et un troisième jeune homme (dont nous n'avons pas pu déterminer le nom) creusa, sur l'ordre des allemands, une fosse commune le long de la barrière cimentée du cimetière chrétien, près de la route menant à Sieldce. Ils y enterrèrent trente corps d'hommes et de femmes environ qu'ils avaient ramenés de la ville et des villages environnants. Parmi les morts figuraient: Nekhama, l'épicière (la tante de David Felner), tuée dans la maison de Moshé Kishelnitzki avec Pelte Koval quand un nazi a jeté une grenade dans la maison; La cadette d'Avrohom Faygnboym fut tuée près de la rivière près de la peausserie des Berman ainsi que d'autres. David Felner: “L'enterrement”. Return
  11. Gojalke: ibid. Return
  12. Obfal, Gojalke, Zaydman: ibid. Cf. aussi Haïm Popovski, “De Kałuszyn à Landshut” Archives de Yad Vashem, collection ג”ע, No.0-3/505. Return
  13. Obfal: ibid. Return
  14. Return
  15. Return
  16. Obfal, Zaydman, Gojalke: ibid. Shloyme Kuperhand: “ Dans les Bunkers et les bois“. Le groupe de Shtutman était constitué de huit personnes (Noah, Hersh, Leah, Borukh, Brayndl Shtutman, Yekheskel Feldman, Note Visipki et Yankev Gojalke. En arrivant à Bialystok, un groupe de réfugiés de Kałuszyn (Shmul Lev, Isroel Tayblum, Hadassa Jondjinsky, Hadassa Rozenfeld, David Felner et d'autres) établirent une communauté (et ouvrirent quelques ateliers) ou d'autres réfugiés de leur ville trouvèrent assistance. Felner, “La Communauté de Kałuszyn ”, ibid. Return
  17. T. Brustin -Bernshtayn: “ Les expulsions et la destruction des villages juifs dans la région de Varsovie ”. Notes pour l'histoire, Avril-Juin 1951, B iv, H 2. Tables 10, 11. Comp. Bulletin Polonais de l'institut historique juif de Pologne No. 13, Juin 1952, table No.9; le nombre de réfugiés et d'exilés de Pabianice et Kalisz se montait le 15 Février 1940 à 624, le 1er Juin 1940 à 210, ibid. Cf. Avrohom Goldberg: “Shmul Layzer Sadovski '', dans les Chroniques de Kałuszyn (ibid), la population juive de Kałuszyn avant la guerre était estimée approximativement à 1500 familles. Pour les juifs de Kałuszyn à Rembertów cf. E. Ringelblum, Notes du ghetto de Varsovie, Yiddish Bukh 1952, Pg 138. Return
  18. Kishelnitzki: ibid, Mendl Berman: “Kałuszyn à l'heure de la destruction finale ”, Dovid Felner: Avrohom Gamzu. Return
  19. La délégation de Kałuszyn du Jewish Social Self-help (comité d'entraide juif) au Présidium de cette institution du 17 Mai 1942. Documents du JSS dans les Archives de l'institut historique juif de Varsovie. Return
  20. Rayzman: ibid; Laybl et Ephraïm Shtchapovitch: ג”ע Archives de Yad Vashem N°.8.0 - 3 /842. Return
  21. Chroniques de Kałuszyn: ibid; Mémoire d'Adam Kamienny (Archives de Yad Vashem No. 0-3/842; Berman, Kishelnitzki, Shtchapovitch: ibid. Les coûts de mise en place d'une unité de désinfection évalués par le Judenrat lors de la soumission le 20 Janvier 1941 au présidium ou J.S.S.se montaient à 6000-7000 złotys. A contrario, la chambre à gaz mise en place par le Judenrat à l'été 1940 a coûté plusieurs milliers de złotys. – Selon les données du département statistiques du Judenrat de Varsovie, 532 juifs de Kałuszyn sont arrivés le 5 et 6 Mars 1941. Return
  22. Shtchapovitch: ibid. Return
  23. Kishelnitzki, Kamienny: ibid. Le 5 Mai 1941, Les gendarmes sont venus à Kałuszyn pour la destruction de la synagogue. Vers 2h, l'armée est arrivée. Alors, les gendarmes ont commencé à faire partir les gens de la ville. Ils ont d'abord écarté les personnes vivant aux abords de la synagogue .Ensuite, ils ont stoppé la circulation. Vers 4h, une terrible explosion a secoué le reste de la ville. On aurait dit que la synagogue s'était élevée dans les airs et se transformait en tas de gravats. Rapporté par le Polonais Sieradziński Return
  24. Berman: ibid. délégation de Kałuszyn du JSS au présidium de cette institution à Cracovie, 19 Juin 1942. Return


[Page 372]

Les réfugiés de Kałuszyn

par Yankev Kener

Traduit par S. Staroswiecki

Toute la journée du jeudi 7 Septembre, une foule humaine innombrable, s'est étirée sur environ 80 à 100 km, le long de la route de Minsk et Kałuszyn d'un côté, et dans la direction de Lublin de l'autre.

Les hommes avaient perdu leurs épouses et les femmes leurs enfants.

Les cris et les hurlements atteignaient les cieux. Les « fuyards » avaient jeté leurs chaussures et courait sur leurs pieds nus égratignés. Un fils dévoué poussait sa vieille mère dans un landau. Une jeune mère portait dans un petit coussin, son bébé de six mois emmitouflé. Mais courant ainsi dans la peur, sans se reposer, elle venait soudain de réaliser que son enfant était tombé du coussin.

- « Où est mon bébé? » Se lamentait-elle...

- « Où est ma femme? » Lui répondait comme en écho le cri lointain d'un

Jeune homme désespéré.

La route était jonchée de manteaux, de chaussures et toutes sortes de paquets que la foule en fuite avait abandonnés afin de pouvoir courir plus vite.

Les gens couraient par-dessus les personnes tombées et mortes d' 'épuisement et les piétinaient sans pitié. Lorsque la foule repérait un puits, elle se jetait dessus comme une meute de loups, comme un essaim de sauterelles - pas comme des êtres humains assoiffés. On se poussait et se bousculait et on arrachait pratiquement la tasse d'eau de l'autre … En haut, au-dessus de nos têtes, volaient les oiseaux sauvages faits d'acier, les avions allemands qui crachaient des flammes et le feu, des bombes incendiaires qui mettaient le feu aux villages alentour, des bombes destinées à tuer en masse, tuant des milliers de personnes, aussi bien les personnes marchant à pied que les personnes en voitures ou en charrettes.

Pas tous ceux qui fuyaient n'avaient eu la force ou le courage de continuer à fuir. Beaucoup, vraiment beaucoup d'entre eux faisaient demi-tour pour revenir à Varsovie. Les jours suivants, plus nous étions loin de Varsovie, plus nous rencontrions une nuée de juifs fuyant les villes qui étaient notre destination. Ils nous ont raconté que leurs villes brûlaient, que leurs maisons étaient en ruine, et que les avions allemands semaient la mort et la destruction.

Ce qui arrivé le vendredi, le 8 Septembre, sur la route de Minsk-Mazowiecki à Kałuszyn, fut l'épreuve la plus horrible que les réfugiés ont vécu. Que l'on regarde à gauche ou à droite, les gens étaient tombés comme des mouches.

Les villages et les petits bois des deux côtés de la route étaient en flammes. Nous étions couchés à même le sol, dans le sable et la boue, dans l'espoir de rester invisible aux avions, mais les bombes tombaient et explosaient autour de nous avec une telle puissance qu'elles nous soulevaient d'un mètre pour nous faire retomber précipitamment au sol avec la même force…

épuisés, couverts du sang des blessés autour de nous, tout à fait résignés, nos nerfs étaient tendus jusqu'à la folie et, résignés, mais ayant néanmoins miraculeusement survécu- nous avons atteint Kałuszyn.

Nous fumes accueillis par les juifs de la ville - Les pauvres ouvriers, les travailleurs et les boutiquiers, les charretiers et les commer çants, les instruits et les pieux, les vieux et les jeunes.

Ils se tenaient en devant le seuil de leurs humbles maisonnettes, nous invitant tous, les milliers de réfugiés - nous tirant presque à l'intérieur, offrant de l'eau et des serviettes, pour que nous puissions nous rafraichir. Ils nous laissaient leurs repas du Shabbat, leurs lits, leurs couches, leurs greniers, afin que nous puissions reposernos os fatigués et reposer nos nerfs à vif.

Ce samedi, 9 Septembre 1939 fut un shabbat gâché c'est le moins que l'on puisse dire. Dans la cour de la synagogue de Kałuszyn se trouvaient un certain nombre de cadavres recouverts de tissus noirs, que la confrérie « Hessed shel emes [1]» avait ramené des environs de la ville. Il s'agissait des cadavres de personnes tuées en masse par les bombardiers allemands, des réfugiés civils qui étaient déjà près de Kałuszyn.

Les boulangeries juives, avec l'approbation du rabbin local ont travaillé toute la journée du Shabbat pour nourrir la foule affamée. Au-dessus des toits bas du shtetl (où à ce moment-là, ne se trouvait même pas un seul soldat polonais), les oiseaux de proie d'acier ont bourdonné, semant la terreur dans les cœurs des jeunes et des vieux. L'Ange de la Mort planait dans l'air, faisant grincer ses dents avec insolence… On sentait que les jours suivants seraient encore plus horribles que l'enfer vécu jusqu'à présent. Craignant le pire, des milliers de réfugiés ont quitté la ville par petits groupes sous les ailes protectrices du crépuscule.

Yankev Kener
Extrait du livre « Kvershnit ».

Velvl Sapirstein- Paris

NdT

  1. Hessed shel emet : société de bienfaisance préparant le mort aux rites de l'enterrement. Return

 

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